Coup de coeur / Fugues 35

Lesbiennes et visibles dans les médias

Julie Vaillancourt
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Florence Gagnon

Si plusieurs femmes demeurent au placard malgré la visibilité médiatique de leur profession, d’autres n’hésitent pas à en parler. En 2007, l’animatrice radio Monique Giroux devient porte-parole de Gai Écoute alias Interligne, puis fait, par la même occasion, son coming-out. Au fil des ans, nombre de femmes des plus jeunes générations, actives dans la sphère médiatique, s’affichent. Il y en a encore trop peu, selon beaucoup, mais Judith Lussier et Florence Gagnon représentent des modèles positifs visibles.

judith lussierSi la visibilité lesbienne passe par le fait d’investir plusieurs médias, Florence Gagnon y a grandement contribué. La fondatrice de Lez Spread the Word (LSTW) a d’abord investi la toile, le petit écran, puis le magazine imprimé.
 
«Lorsqu’on a constaté que ce qu’on faisait sur le web intéressait les gens, on a voulu utiliser d’autres médias où l’on ne se sentait pas du tout représenté pour essayer de s’y tailler une place, car la culture passe par ces médias et il y avait un manque de visibilité.»
 
Bien que différents, ces médias utilisés conjointement, dans un contexte d’autoproduction, permettent un pouvoir décisionnel: «Si nous avions attendu que quelqu’un nous laisse de la place, nous serions encore en train d’attendre…»
 
Si Florence mentionne l’accessibilité du web, il n’en demeure pas moins que la télévision fut le médium de prédilection pour donner une visibilité à ses initiatives, à commencer par les deux saisons de la websérie Féminin/Féminin réalisées par Chloé Robichaud.
 
«C’est un double combat, car en plus de mettre de l’avant des femmes, ce sont des femmes de la diversité. Faire du contenu féminin, qui ne cadre pas dans la case à laquelle les gens s’attendent du féminin, c’est un combat.»
 
De toutes ces initiatives, Florence Gagnon est aujourd’hui un mo-dèle positif d’entrepreneure ayant réussie à se tailler une place, tant dans les médias mainstream (télé, magazine) que dans la communauté LGBTQ+ québécoise (soirées LSTW, implications communautaires). Influenceuse à ses heures, elle n’aurait jamais pensé que son «identité lesbienne» pourrait devenir un produit marketing: «Être approchée de la sorte est tout nouveau pour moi, bien que cela fait 8 ans que je travaille dans le domaine. Ce n’est plus uniquement les gens de la communauté qui s’intéressent à mon travail. On peut dire que les choses changent dans le monde mainstream, ce qui fait que j’accepte certaines opportunités… C’est important d’être visibles socialement, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la communauté.»
 
Bien avant de remporter un Gémeaux pour l’émission Les Brutes, Judith Lussier fait sa marque à titre de journaliste, en collaborant notamment pour Urbania, Elle Québec, En Route et Sélection du Reader‘s Digest, en plus d’être chroniqueuse au journal Métro.
 
«Dans mon cas, les médias ont été accueillants, dans le sens où on ne m’a jamais dit de ne pas parler de mon homosexualité. En tant que personnalité publique, j’ai évolué par rapport à cela. Par exemple, il y a 10 ans, lorsque j’écrivais pour Elle Québec, j’avais peur qu’on ne se reconnaisse pas dans mes reportages, car je suis lesbienne…»
 
Aujourd’hui âgée de 36 ans, Judith est consciente du pouvoir de ses tribunes, privilège qu’elle désire utiliser à bon escient. D’ailleurs, avant même de débuter l’entrevue, elle annonce qu’elle sera de l’animation du spectacle-bénéfice de l’Astérisk (8 avril), organisme pour lequel elle s’implique depuis plusieurs années. Judith fait ses premières armes dans le communautaire à 24 ans au GRIS-Montréal.
 
«À l’époque, j’étais peu sensibilisée aux injustices et pas tant féministe, mais cette implication a allumé quelque chose en moi. J’ai fait de l’intervention en classe, mais à partir du moment où je suis devenue plus connue, il m’était difficile de répondre aux questions plus sensibles des jeunes.»
 
Dans ce contexte, notre conversation bascule vers les personnalités publiques qui demeurent au placard.
 
«Avant ça me fâchait, car je trouvais que c’était une opportunité manquée pour ces femmes-là d’être des modèles, dont j’aurais eu besoin… Aujourd’hui, j’ai plus de compassion envers elles, puisque je comprends le contexte dans lequel elles ont évolué. Je pense que pour les personnalités publiques qui viennent d’une autre génération, c’est différent. C’est facile pour moi d’être ouverte, transparente par rapport à mon orientation sexuelle, car ça a toujours été comme ça, tandis que je me mets dans la peau d’une personnalité publique, qu’on ne nommera pas, qui est dans le placard depuis des années, et j’ai l’impression qu’elle aurait la sensation d’avoir trahi son public, à force de non-dits.»
 
À juste titre, mentionnons que le sujet du plus récent ouvrage de Judith, On peut plus rien dire, est une réflexion sur la prise de parole à l’ère des médias sociaux. 
 
Suivez Florence Gagnon et LSTW: www.lezspreadtheword.com 
Judith Lussier coanimera avec Tranna Wintour le spectacle de l’Astérisk le 8 avril. https://lepointdevente.com/billets/asterisk   Son livre «On peut plus rien dire», en librairie dès le 20 mars.