10 -13 avril - REQUIEM POP d’Helen Simard

Gloire et déchéance

Denis-Daniel Boullé
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REQUIEM POP
Photo prise par © REQUIEM POP

Tout est question de point de vue. Et la multiplication des points de vue permet une diffraction du sens ouvrant des perspectives nouvelles. Et c’est exactement ce que poursuit la chorégraphe Helen Simard dans son troisième opus autour de la figure légendaire du chanteur Rock Iggy Pop. Après The Trouble of The Reality/No Fun (2015), Idiot (2017), Helen Simard arrive avec REQUIEM POP présenté à l’Agora de la danse en avril prochain. 

Bien évidemment, on ne décide pas de s’attaquer à Iggy Pop sans avoir une admiration et un amour pour le chanteur qui a marqué et marque encore l’histoire de la musique pop dans le monde. Mais Helen Simard plus que de rendre hommage ou de créer un triptyque hagiographique s’est plutôt intéressé au phénomène de la « starisation » et de le déconstruire pour en révéler non pas les secrets mais des hypothèses de lecture. Celles d’Helen Simard bien sûr, mais aussi de toutes celles et tous ceux qui travaillent avec elles. « J’ai toujours pensé et cru au travail d’équipe dans une création. Chacun y apporte sa force, et aussi crée la chimie entre les danseurs, les musiciens, ceux qui s’occupent de la création de la lumière, du son », avance Helen Simard. 
 
Dans son processus de création Helen Simard tente de gommer toute forme de hiérarchie entre chorégraphe, danseurs, musiciens, et public, se fondant sur l’interdisciplinarité et l’improvisation. En somme faire sauter tous les verrous qui confinent chacun dans sa sphère. Une démarche de plus en plus explorée par les artistes de la scène pour réduire les distances entre tous les protagonistes, dont le public.
 
Pourquoi Iggy Pop ? La réponse d’Helen Simard renvoie à la personnalité emblématique du chanteur « Quand on explore l’être humain dans toutes ses dimensions, Iggy Pop est un exemple parlant. L’homme d’excès, sa dépendance aux drogues, ses problèmes de santé mentale, de celui qui est le chanteur dès qu’il sort de chez lui. Aujourd’hui beaucoup connaissent plus l’image de l’homme excessif que sa musique, explique Helen Simard, mais on peut se poser la question de l’homme loin des projecteurs. Aujourd’hui, il mène plutôt une vie tranquille, un peu en retrait, sauf quand il remonte sur scène pour des spectacles, ce sont tous ces aspects qui m’intéressent ». 
Au départ, Helen Simard ne devait faire qu’une création autour de la figure de la rock-star, mais devant la richesse de la thématique, d’autres avenues se sont dessinées qui l’ont convaincue de poursuivre sa recherche. « C’est une aventure de plusieurs années avec mes collaborateurs. Bien sûr, il y a eu des contraintes pas seulement de financement, mais aussi de disponibilité de chacun pour embarquer de nouveau dans ce projet, mais au bout du compte, nous y sommes arrivés ».  
 
De la notoriété à la déchéance, à une gloire iconique aujourd’hui, des bouleversements qui parsèment une vie hors du commun et qui fascinent celles et ceux qui mènent une vie un peu moins tumultueuse. « Quand on parle de culture populaire, il y a souvent un mépris que l’on oppose à un art plus élitiste. On crée faussement une hiérarchie. Et pourtant si l’on prend l’exemple de la musique, il est facile de comprendre que cette opposition n’existe pas. C’est pour cela que dans mes créations la musique est importante. Tout le monde s’y retrouve, elle crée un lien, et un lien aussi plus fort avec ce qui se passe sur scène, crée un rapprochement du public avec celles et ceux qui sont sur scène », conclue Helen Simard. 
 
Avec REQUIEM POP, déroutant et séduisant, Helen Simard joue sur des échos qui se répondent, des textes tirés d’entrevue avec la star, des musiciens sur scène jouant des musiques inspirées par les grands succès, les neuf danseurs incarneront les affres d’une vie plus grande que nature, ses excès, transfigurées par la création.  
 
REQUIEM POP, de Helen Simard, les 10-11-12 AVRIL 2019 – 19 H ET LE 13 AVRIL 2019 – 16 H, à  AGORA DE LA DANSE | ÉDIFICE WILDER

Notez qu’il y a une halte-garderie dansante, le samedi 13 avril, de 15 h à 18 h, en parallèle donc de la représentation. agoradanse.com