INDESIGN inc CONRATH architecte

La maison évolutive Berges des glaces

Yves Lafontaine
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Photo prise par © MARC?CRAMER
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En 2013, une senior requiert les services de Gary Conrath. Elle et lui se connaissent bien. C’est Indesign qui a réalisé le petit immeuble détenu en copropriété où la dame occupe, depuis une dizaine d’années, un logement sur trois étages. Tel quel l’appartement ne convient plus. Elle veut vivre de plain-pied, dans un cadre anticipant la future évolution de ses besoins.  La commande était pour le moins inusitée : «Dessinez-moi une vieillesse indépendante». 

 Sur les conseils du maître d’œuvre, la cliente fait l’acquisition d’un terrain vacant à Verdun, un quartier dont l’histoire remonte aux débuts de la Nouvelle-France. Sa localisation remplit l’un des prérequis, soit des solutions alternatives à la conduite automobile. Le bus, transport collectif privilégié par les personnes âgées, s’arrête devant, le métro est à quelques minutes de marche. 
 
Orientée est-ouest, la parcelle étroite (30 pi) s’étend en profondeur (120 pi). Au lieu de remplir toute la partie constructible, l’architecte opte pour un gabarit décalé sur la largeur de manière à ouvrir un passage le long de la façade sud. En plus de permettre une entrée principale à l’abri des regards, cette implantation aérée contribue à identifier le projet en rapport avec l’alignement congestionné des voisins. Dans le but de faciliter les déplacements en fauteuil roulant, un dallage sans différence de niveau relie la rue à l’intérieur d’îlot, desservant au passage le stationnement et la porte d’entrée. 
 
Berge des GlacesProjection vers le futur
À propos de son approche, Gary Conrath évoque un but paradoxal : «Mettre au défi les formes urbaines existantes en contrariant le moins possible le paysage bâti». Celui de Verdun révèle une typologie récurrente — le duplex — adoptée dans les années 30 pour des raisons budgétaires. Au besoin, le propriétaire rapatriait sa famille au rez-de-chaussée et louait l’étage. 
 
La formule du logement adaptable aux aléas de la vie trouve un écho dans le projet, et cela passe par l’organisation sur deux niveaux d’aires ouvertes à surface plane. Au premier sont situées pièces à vivre, commodités et chambre. L’étage abrite salle de musique, bibliothèque, atelier d’artiste et salle d’eau secondaire. 
 
Si jamais l’état de la propriétaire imposait une présence constante, l’atelier serait utilisé comme studio par l’aide-soignante. Prévue à cet effet, la stratégie de circulation implique une entrée privée côté sud avec accès direct à l’escalier. 
 
Œuvre de mémoire
Pour aboutir à une architecture ayant du sens vis-à-vis l’histoire locale plusieurs dispositifs sont mis en place. D’abord, il y a cette idée de structure massive, fréquente sous le régime français, mais exprimée dans un langage moderne. Le fait aussi que la construction intègre des caractéristiques propres aux maisons traditionnelles. Son toit à double pan inversé en est l’illustration même.
 
Vu en plan de section, il profile une ruelle datant de l’époque prégouttières, quand on devait compter sur les toitures inclinées avant-arrière pour drainer les eaux de pluie. Plus prosaïquement, sa structure autorise un lanterneau vertical invisible depuis la rue. La restriction municipale concernant la hauteur des bâtiments (29 pi.) est ainsi respectée.
 
Marqué par une sensibilité certaine envers le passé de Verdun, le stabile sur la façade principale est constitué de modules en verre coulé. Dans ce rideau givré, qui «habille» une fenêtre d’une hauteur de 25 pi, il faut voir le souvenir de la Dominion Glass Co. fondée en 1905, et celui des coupeurs de glace, fleuron économique du quartier au 19e siècle.
 
Dehors-dedans et vice-versa
Le bâtiment lui-même n’est que masses de briques en porte-à-faux. Ce qui est frappant, c’est la solide connexion qu’il établit entre le dehors et le dedans grâce à des surfaces dématérialisées. L’intérieur de la maison vient remplacer les faces disparues. D’après le concepteur, «une façade doit exciter le regard du passant, lui faire signe d’entrer». Invitation d’autant plus forte que les cadres en saillie des fenêtres se projettent vers lui. 
 
L’inverse est tout aussi vrai : inviter à l’intérieur non seulement le paysage, mais aussi un éclairage de qualité. Diffusée par les baies ouest et est, une lumière rasante balaie les murs de part en part et de bas en haut. Pour mieux capter les rayons du soleil côté sud, la fenêtre verticale qui émerge de la toiture (30 pi.) est jumelée à un lanterneau. Par surcroît, une travée de plancher transparente au centre de l’étage procure la lumière zénithale dans laquelle baigne le cœur du rez-de-chaussée. 
 
Berge des GlacesL’aspect thérapeutique
La fluidité visuelle est aussi une manière de parer aux méfaits du très grand âge, ce moment où on risque d’être confiné à domicile et que la dépression menace. Les larges ouvertures prendront alors le relais, afin que la maîtresse des lieux puisse profiter soit de la nature, soit du milieu urbain sans mettre les pieds dehors : ciel étoilé au-dessus de la piscine, ombre projetée des arbres et des gouttes de pluie sur la passerelle vitrée, les passants qui ambulent et les couleurs de l’aurore côté rue.   
 
À propos de Indesign inc.
Firme créée en 1984 par Gary Michael Conrath, titulaire d’un bac en architecture avec mineurs en design urbain et conservation du patrimoine bâti. Au fil des années, elle s’est acquis une solide réputation, principalement dans le secteur dit «magasins grande surface implantés dans des bâtiments à vocation commerciale». Au nombre de ses clients, plusieurs détaillants cotés, entre autres Sports Experts et Primeau Vélo, Québec|Sail et Nike. 
 
Distinction | Le projet Berge des Glaces s’est classé parmi les finalistes au concours international The Plan Award 2018, créé et commandité par le magazine italien d’architecture The Plan. En plus, le projet est lauréat dans la catégorie Prix Espace Résidentiel de 1 600 à 3 200 pi2 aux Grands Prix du Design 2019 .