Myto design d’espaces vivants

Réhabilitation d’une maison unifamiliale des années 40

Karl Mayer
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Myto design d’espaces vivants
Photo prise par © PIERRE BÉDARD / Myto design d’espaces vivants
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Sa situation géographique, dans l’une des villes huppées de l’île de Montréal, cité-jardin aux quelques 32 000 arbres, la vue dégagée et l’orientation nord-sud avaient séduit un couple de jeunes mariés. À l’intérieur, par contre, la maison causait un vrai souci. 

 
Appelée en renfort, la designer Martine Brisson identifia tout de suite les principaux problèmes. Perte de place, due à la disposition alambiquée des espaces; organisation désuète, pour cause de pièces extrêmement cloisonnées et desservies par d’étroits couloirs; zone centrale privée de lumière naturelle. Abattre tous les murs intérieurs et repartir à zéro apparut comme seule option valable.
 
Encore fallait-il préserver la solidité de la structure. Une contrainte majeure qui fut résolue à l’aide de poutrelles en acier longue portée, et de deux modu-les verticaux pleine hauteur. En l’absence de murs porteurs, ils servent au transfert des charges, l’un au centre du plan en T, l’autre dans l’aile sud.
Quel que soit le lieu donné, Martine Brisson aborde le design d’un intérieur en portant une attention particulière aux déplacements de l’être humain. «?Le point de départ le plus important d’un projet. À mon sens, les circulations devraient déterminer la volumétrie des espaces?». 
 
Circuler librement signifie avoir le choix de plusieurs chemins d’une pièce à l’autre, d’itinéraires secondaires à l’intérieur des pièces elles-mêmes, la possibilité de tourner aisément autour des aires de service.
 
Une fois le bâtiment réduit à l’état de coquille vide, l’implantation fut établie en fonction de l’entrée qui se fait directement dans la pièce à vivre, sans hall strictement délimité. «?Plus l’on avance, plus l’on pénètre dans l’intimité des propriétaires?», explique la designer. Parallèlement, un travail d’envergure est réalisé au niveau du fenestrage avec l’ajout d’ouvertures, notamment dans l’aile sud, ou l’agrandissement de fenêtres existantes.  
 
Conséquences du décloisonnement, les pièces à vivre fusionnent désormais et la lumière naturelle inonde le rez-de-chaussée. En modifiant la perception des volumes, l’association de l’effet traversant avec l’effet lumineux crée l’illusion d’un lieu plus vaste qu’en réalité. Sentiment renforcé par l’homogénéité des traitements de surface : palette monochrome noir/blanc/gris, chêne blanc sans nœuds pour les parquets, chêne espresso thermoformé pour les rangements. À une exception prête, la cuisine.
 
«?La cliente souhaitait un plateau d’îlot en marbre blanc de Carrare. Après discussions, elle a accepté ma proposition d’un marbre veiné gris, le Calacatta, utilisé de manière intensive?». 
 
Habillant l’îlot et sa chute, les plans de travail et les retours d’armoire, ce matériau décoratif devient l’élément fort d’un environnement par ailleurs minimaliste. En droite ligne de la zone préparation, mais circonscrite par une circulation grande largeur, s’élève un module sol plafond. Élément porteur avant tout, il remplit par ailleurs diverses fonctions supplémentaires. Côté salle à manger, il structure l’escalier menant au sous-sol et isole à demi la cuisine ouverte. Côté pile, il contient cellier, espresso-bar, vaisselier et rangements à l’usage des arts de la table. 
 
Le scénario se répète dans la sphère privée de l’aile sud, où chambre à coucher principale et salle d’eau partagent un seul espace. Ici, c’est un pan de mur, auquel s’adosse la cabine de douche, qui assume le rôle architectural de soutien. Il définit les deux zones sans morceler le volume, tout en procurant l’intimité nécessaire aux soins de toilette. Invisible depuis la chambre, l’équipement sanitaire est regroupé derrière afin de dégager les murs latéraux. 
 
Pour accroître un peu plus encore l’effet traversant, la chargée de projet a eu l’idée de placer une fenêtre meurtrière en vis-à-vis de la porte donnant sur l’aire commune. Sa position stratégique, au fond du passage nord-sud qui traverse le rez-de-chaussée, agit comme un aimant. Il suffit de laisser la porte ouverte pour que, dès l’entrée, le regard soit instantanément happé vers l’extérieur. En abolissant les frontières physiques, en multipliant les points de fuite, Martine Brisson a permis aux nouveaux mariés de prendre le large. 
 
À propos de MYTO design d’espaces vivants  inc.
Martine Brisson et l’architecte paysagiste Roxanne Miller ont réalisé en consortium une vingtaine de projets avant de s’associer sous le nom MYTO design d’espaces vivants. «?MYTO?» comme dans «?mithochondries?», organites à structure extrêmement variable, dans lesquelles se déroulent les dernières phases de la respiration cellulaire. «?Espaces vivants?», parce que la firme base sa démarche sur le quotidien des gens. 
 
Depuis mars 2018, MYTO tire parti de sa double expertise pour offrir un programme complet, intérieur et extérieur, avec une panoplie de services incluant, entre autres, la création de mobilier exclusif, l'aménagement du site et de toits végétalisés.
  
Distinctions
Les terrasses par le consortium Brisson-Miller se sont vues récompensées à trois reprises d’un Grand Prix du Design
– En 2017 pour VF, salle à manger, cuisine, bar, coin détente, circulation rue-intérieur de la maison répartis sur deux niveaux.
– En 2016 pour Laporte-Ducharme, résidence d’été attenante au bâtiment principal, architectes Anne-Sophie Bernard et Charles-Antoine Perreault.
– En 2012 pour Colonial, ensemble de pièces à vivre sur toit vert.  

Fiche technique
Nom du projet : Les Marlowe
Design intérieur : Martine Brisson
Ingénieur en structure : Prospect Plus
Rangements : Yara by Cesar, Pure Cuisine, Marbre
Carrelages en porcelaine : Ramacieri