Purge homophobe en Tchétchénie

Une manif à Montréal en appui aux personnes LGBT

André-Constantin Passiour
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Manif à Montréal en appui aux personnes LGBT
Photo prise par © Serge Blais
manif à Montréal en appui aux personnes LGBT
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  • Manif à Montréal en appui aux personnes LGBT
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Le ciel obscur rejetait un crachin verglaçant qui picotait les joues alors que le vent froid fouettaient les gens assemblés devant le consulat de la Fédération de Russie, le 30 mars dernier, un peu comme si la météo voulait, elle aussi, protester, aux côtés d’une cinquantaine de LGBTQ et leurs allié.e.s contre les arrestations, les viols, la torture et la mort que subissent les LGBT aux mains des autorités de la Tchétchénie et sous l’ordre de son président Ramzan Kadyrov. 

En début de janvier dernier, plusieurs organisations des droits LGBT ainsi que Amnistie Internationale rapportaient qu’une nouvelle vague d’arrestations et de tortures avait eu lieu dans cette république islamique du Caucase. On mentionne qu’une quarantaine de personnes, surtout des hommes, avaient été arrêtés et trois personnes sont mortes suites aux tortures. 

Quelques discours de Patrick Desmarais, le président de la Fondation Émergence, et de Louis-Alain Robitaille, le cofondateur du Collectif Carré Rose, ont marqué cette manifestation paisible organisée d’ailleurs par le Collectif Carré Rose et la Fondation Émergence.

«Depuis 2017, des centaines de témoignages corroborent cette purge organisée de façon systémique sous le joug du président Ramzan Kadyrov. Le Russian LGBT Network a reçu le 28 décembre 2018 des informations faisant état de nouveaux enlèvements de personnes LGBTQ+ en Tchétchénie et de leur placement en détention secrète à Argun. Cette ONG, qui a aidé des dizaines de personnes gays et lesbiennes à fuir la Tchétchénie au cours des deux dernières années, estime qu’environ 40 personnes se trouvent actuellement en détention. Depuis les premières annonces d’une purge anti-gay publiée par Novaïa Gazeta quelques 200 hommes auraient été détenus par les autorités tchétchènes. Battus et électrocutés. Torturés. Parmi eux, au moins 26 auraient été tués. Ce génocide est la source d’un silence aussi inquiétant qu’indigne de la part de la communauté internationale, et plus particulièrement de l’Union européenne qui se drape dans un mutisme effarant. Nous dénonçons ce silence contraire aux valeurs humanistes qui, à la suite des horreurs de la Seconde Guerre Mondiale, ont présidé à la fondation de l’Europe et de l’ONU afin que la barbarie et l’infamie n’adviennent plus jamais. Le Canada fait meilleure mine ayant déjà accueilli au moins 31 victimes, survivants des camps de concentration», a déclaré Louis-Alain Robitaille.

De son côté, Patrick Desmarais a fait deux allocutions, dont une qui avait été prononcée à Paris par le président de Urgence Homophobie de France (anciennement Urgence Tchétchénie), Guillaume Mélanie : 

Il n’y a pas d’homosexuels en Tchétchénie. Le Président Kadyrov est affirmatif : « Nous n'avons pas ce genre de personne ici. » […] Ça existe partout dans le monde, partout. Sauf là, en Tchétchénie. […] Bon, quand même, il n’est pas tout à fait sûr, le Président Kadyrov. Il a un doute. Puisque, juste après, il dit : « Nous n'avons pas de gays mais s'il y en a, emportez-les au Canada. » On voit que ça l’agace, quand les faits ne sont pas ce qu’il décide, quand la réalité le rattrape, le Président Kadyrov. Mais aussitôt il trouve une solution. Et la première qui lui vient, c’est la déportation. La déportation. Les juifs ont été déportés, les tsiganes ont été déportés, les opposants politiques aux régimes totalitaires ont été déportés. […] Parce que l’homosexuel, qu’on se le dise, c’est celui qui salit, qui corrompt, qui infecte, qui pourrit. Et le glorieux peuple tchétchène doit rester pur, sain, inaltéré. Du reste, au cas où on n’aurait pas compris, le Président précise sa pensée : « Les gais sont le démon. Ils sont à jeter, ce ne sont pas des hommes. » C’est la raison pour laquelle il a incité leurs familles à les tuer pour « laver leur honneur ». Et c’est pourquoi il a commandé à sa police d’arrêter ceux qui auraient échappé à l’épuration familiale. J’allais oublier : une fois arrêtés, ceux-ci sont conduits dans des camps, où ils sont torturés, en général, à l’électricité, et certains battus à mort. Ainsi l’affirmation du Président Kadyrov finira-t-elle par se révéler exacte : bientôt, il n’y aura plus d’homosexuels en Tchétchénie. Il n’y aura que des corps suppliciés, des bouches silencieuses, des regards figés, des tombes anonymes. Enfin. Sauf si nous nous battons pour qu’il en soit autrement. […] Sauf si nous braquons les regards sur cette dictature d’opérette. Sauf si nous demandons à nos dirigeants d’élever la voix. […] Sauf si nous accueillons les pourchassés qui auront réussi à passer entre les mailles du filet.

«Nous demandons à la communauté internationale d’agir immédiatement afin de protéger les LGBTQ+ en Tchétchénie et de faire pression sur les autorités russes pour qu’elles mènent des enquêtes efficaces sur ces crimes effrayants, a martelé Louis-Alain Robitaille. […] En 2019, chacun devrait avoir le droit de vivre en toute liberté son identité, quelle qu’elle soit, sans avoir à se terrer, à se masquer, à vivre pétri par l’angoisse d’être stigmatisé, persécuté ou assassiné. […] N’oublions pas le sort réservé aux homosexuels par les nazis. N’oublions pas les camps de la mort. N’oublions pas le triangle rose. L’histoire se répète. Soyons solidaires et vigilants! L'Union fait la force!»