La Monnaie royale canadienne

Souligner une étape importante dans l'histoire des droits de la personne au Canada

Yves Lafontaine
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MONNAIE ROYALE CANADIENNE
Photo prise par © MONNAIE ROYALE CANADIENNE

Par le biais de pièces thématiques originales, la Monnaie royale canadienne célèbre régulièrement l’histoire, la culture et les valeurs du Canada. Ce printemps, la Monnaie s’apprête à lancer une pièce qui soulignera qu’il y a cinquante ans, le Canada s'est embarqué dans un parcours vers l'égalité LGBTQ2 qui est toujours en cours.

Il y a longtemps que la Monnaie produit des pièces de circulation commémoratives célébrant l’histoire, les citoyens, les grandes réalisations et la culture du Canada. «Comme avec toutes les pièces commémoratives qu’elle a émises auparavant, la Monnaie espère que cette pièce suscitera la réflexion des Canadiens, qu’elle amènera ceux qui la trouveront dans leur monnaie à réfléchir aux progrès accomplis par notre société au cours des 50 dernières années en ce qui a trait à l’acceptation légitime de la communauté LGBTQ2 et à la reconnaissance de ses droits», déclare le porte-parole de la Monnaie royale canadienne.

Avec le lancement de cette pièce, la Monnaie se joint à plusieurs autres ministères et organismes gouvernementaux pour souligner cette année qu’il y a 50 ans, le Parlement canadien a posé le premier geste pour mettre fin à la criminalisation des actes consensuels et de la vie privée des homosexuels.

Un peu d’histoire…

Rappelons que jusqu’à la fin des années 1960, les actes sexuels entre adultes de même sexe et consentants étaient considérés comme des crimes au Canada et passibles de lourdes peines d’emprisonnement.

Comme l’a écrit l’historien Georges Vigarello, les homosexuels à l’époque de la Nouvelle-France étaient « lourdement condamnés ou sourdement ignorés ». Sous l’influence de l’Église, la première loi condamnant l’homosexualité est votée, en 1841, et le châtiment pour ce crime est la peine de mort.

Ce n’est qu’à partir de la naissance de la Confédération en 1867, qu’on remplacera la peine de mort par une peine d’emprisonnement, pouvant aller jusqu’à 14 ans. À cette époque, les tribunaux considèrent l’homosexualité comme un acte de grossière indécence, de bougrerie. D’un océan à l’autre, de manière quasi quotidienne, les policiers procèdent à des arrestations sur cette base. Des hommes et des femmes se retrouvent devant les tribunaux, risquant l’emprisonnement, simplement pour avoir été eux-mêmes. Les journaux de l’époque relataient les arrestations et donnaient le nom ainsi que la profession des hommes arrêtés.

La répression de l’époque force une grande partie des homosexuels canadiens à vivre une double vie dans la clandestinité, d’autant plus que l’Église les considère ouvertement comme des pécheurs (on l’a vu jusque lors des débats concernant la reconnaissance des veufs de conjoints de même sexe ou lors du débat pour le mariage) et que la médecine les voit comme des malades mentaux (ce n’est qu’en 1973 que l’homosexualité est retirée du Diagnostic Statistical Manual qui sert de référence aux professionnels de la santé et des services sociaux en Amérique du Nord). Dans les années 1960, alors qu’un vent de changement des mentalités dans la société à l’égard de sujets sensibles favorise une plus grande tolérance, quelques cas médiatisés touchent la population par leur injustice flagrante, dont celui de George Klippert, un mécanicien de Yellowknife. Ce dernier a été emprisonné pendant quatre ans pour avoir dit aux policiers qu’il avait eu des relations avec d’autres hommes. Son cas se rend jusqu’en Cour suprême du Canada. George Klippert est la dernière personne arrêtée, inculpée, poursuivie, condamnée et empri-sonnée pour son homosexualité au Canada.

George Klippert

En 1967, l’histoire de George Klippert aurait incité le ministre de la Justice de l’époque, Pierre Elliott Trudeau, à déposer un projet de loi pour modifier le Code criminel. Deux ans plus tard, le 14 mai 1969, le Parlement adoptait une loi permettant d’amorcer, d’une certaine manière, la décriminalisation de l’homosexualité au Canada. Il s’agissait alors d’une première étape importante dans le long combat – qui se poursuit encore aujourd’hui, précisons-le – pour l’acceptation légitime de la communauté LGBTQ2. Pierre Elliott Trudeau déclarait d’ailleurs, lors des débats sur le projet de loi, « tout ce que nous proposons comme amen-dement au Code pénal, c’est que ce qui se fait entre deux adultes consentants ne regarde pas la police. Nous n'autorisons pas l’homosexualité, mais n’allons pas la punir, nous n’allons pas envoyer des policiers pour voir ce qui se passe entre adultes majeurs consentants, en privé », justifiant ainsi la décision du gouvernement d’abroger la loi punissant certaines pratiques sexuelles (grossière indécence, sodomie) entre adultes consentants âgés d’au moins 21 ans.

Il faudra encore plusieurs années pour que l’on interdise la discrimination sur la base de l’orientation sexuelle, qu’on reconnaisse les conjoints de même sexe ou le mariage et l’adoption, mais on peut clairement affirmer que l’adoption du Bill Omnibus a été une première avancée historique vers l’égalité des droits LGBTQ2 au Canada.

L’actuel premier ministre, Justin Trudeau, lors de la présentation des excuses aux Canadiens LGBTQ2 au nom du parlement, à l’automne 2017, rappelait que :

« même si nous considérons le Canada moderne comme étant un pays évolué et progressiste, nous ne pouvons pas pour autant oublier notre passé. Il n’y a pas si longtemps, l’État a orchestré une culture de stigmatisation et de peur autour des communautés LGBTQ2 et a ainsi détruit des vies. Désormais, nous voulons être le partenaire et l’allié des Canadiens qui font partie des communautés LGBTQ2. Ces communautés connaissent encore de vraies difficultés, notamment dans le cas des personnes intersexuées, des personnes queers de couleur et d’autres personnes visées par une discrimination intersectionnelle (ndlr : visés simultanément par plusieurs formes de discrimination) [...] Les Canadiens transgenres font l’objet de discrimination, de violence et d’agression à des taux alarmants. En fait, les personnes trans n’avaient même pas de protection explicite en vertu de la loi sur les droits de la personne jusqu’à cette année. Il reste du travail à faire au niveau des dons de sang et d’organes, et de la criminalisation de la non-divulgation du VIH. Le gouvernement doit continuer à travailler avec ses partenaires pour améliorer les politiques et les programmes. »

La pièce commémorative

Aucune image n’avait été diffusée lors de la rédaction de cet article, mais selon ce que des membres du gouvernement ont dévoilé sur les réseaux sociaux, la pièce devrait représenter deux visages superposés, l’un de face et l’autre de profil, entourés des années 1969 et 2019, ainsi que du mot « Égalité » en français et en anglais. Deux groupes LGBTQ2 ont été consultés lors de la plani-fication de la pièce: le groupe de défense des droits, Egale Canada, basé à Toronto et le Centre canadien pour le genre et la diversité sexuelle (CCGSD) d’Ottawa.

Pour la Monnaie qui produit cette pièce commémorative, il s’agit « de contribuer à la promotion du Canada ainsi que les valeurs, la culture et l'histoire canadiennes. Le gouvernement du Canada est un ardent défenseur de l’égalité des droits pour tous les Canadiens, sans égard à leur orientation sexuelle ni à leur identité ou à leur expression de genre ».

Dans ce contexte, on peut sans doute déclarer que la Monnaie célèbre l’égalité en tant que valeur canadienne fondamentale et que le lancement de cette pièce souligne la diversité du Canada sous l’angle de l’identité sexuelle et de genre. « Notre pièce présente des messages appuyant les Canadiennes et Canadiens des communautés LGBTQ2 dans leur lutte visant la pleine égalité et elle rappelle que l’année 1969 a marqué le début d’un long processus de libération qui se poursuit aujourd’hui. »

Monnaie Royale Canadienne / Royal Canadian Mint www.monnaie.ca