Place au Village

Nouveau directeur et 12e édition d’Aires Libres à nos portes

André-Constantin Passiour
Commentaires
Yannick Brouillet

Ce sera la 9e et dernière saison des boules colorées des architectes paysagistes Claude Cormier et Yannick Roberge et leur équipe. Une installation appelée «18 nuances de gai» qui a pris en 2017 la relève des «Boules roses». On s’en souviendra, les fameuses Boules roses ont fait le tour du monde et ont remporté plusieurs prix et mentions en étant suspendues au-dessus de la rue Sainte-Catherine Est durant cinq éditions. La piétonnisation s’étendra du 26 avril au 27 septembre et les terrasses ouvriront le 2 mai. Quant à la Galerie blanc, elle sera inaugurée le 10 mai avec les œuvres du duo Toiletpaper (Maurizio Catellan et Pierpaolo Ferrari). Mais avant tout, cette chronique désire présenter celui qui a succédé à Bernard Plante à la direction générale, soit Yannick Brouillette.

«Après tout un processus d’embauche qui a duré quelques mois, la réception de plus de 100 C.V., et deux séances d’entrevues, nous en sommes arrivés à la conclusion que le candidat de choix était Yannick Brouillette», explique Denis Brossard, le président du conseil d’administration de la SDC du Village. «On encourage les gens à venir le rencontrer. On a bien hâte qu’il nous propose des idées et on désire voir vers où il va amener la SDC. On a eu l’impression d’avoir quelqu’un devant nous qui véhiculait des valeurs qui correspondent au Village. Son jeune âge, 31 ans, est un facteur intéressant; il a fait montre d’une grande capacité d’apprentissage et n’est pas gêné de poser des questions. Il a une belle personnalité, il est facile d’approche et l’expérience qu’il a acquise était importante pour nous. Il croit au Village et à son développement. En ce sens, je crois qu’il peut nous soumettre de belles idées pour l’avenir.»
 
C’est donc en ces termes élogieux que Denis Brossard présente le nouveau directeur général de la Société de développement commercial du Village, Yannick Brouillette, entré en fonction officiellement le 4 mars dernier.
 
Natif de l’Abitibi, celui-ci vit à Montréal depuis 13 ans après avoir étudié au Collège La Cité à Ottawa. Jusqu’en février dernier, il était le directeur général de la section québécoise de Fibrose Kystique Canada, poste qu’il a occupé durant deux ans. Il a eu des positions à divers niveaux dans des organisations comme la Fondation du Cancer du sein du Québec, chez Jeunesse, J’écoute, à la Société canadienne du cancer, etc. Il a siégé, également, sur plusieurs conseils d’administration d’organisations de bienfaisance.
 
«Pour être stimulé, j’ai besoin d’une cause, j’ai envie de faire quelque chose pour une cause, pour faire bouger les choses et œuvrer au développement, indique Yannick Brouillette qui parle avec passion. Ce qui m’a intéressé, c’est de travailler dans la philanthropie, les événements, les commandites, la mobilisation citoyenne, etc. Par exemple, avant que le gouvernement québécois ne change, j’ai contribué à mettre sur pied un programme néonatal pour la fibrose kystique. On a discuté avec le ministre de la Santé de l’époque, Gaétan Barrette, pour que les nouveau-nés puissent être dépistés pour cette maladie grave. Je veux toujours faire quelque chose pour que les citoyens se sentent bien. Je veux laisser une trace et faire une différence. […]»
 
air libre
 
«J’ai eu le grand privilège de travailler dans ce milieu de la santé depuis 10 ans, mais cela fait un certain temps que je réfléchis à la ommunauté LGBT. C’est ma communauté, c’est mon Village et voici que l’opportunité s’est présentée pour moi de pouvoir y contribuer» poursuit M. Brouillette qui est diplômé en relations publiques et en administration des affaires.
 
Mais n’est-ce pas deux milieux très différents? Et pourquoi ce désir de changement et de s’impliquer à la SDC du Village? «Cela vient du fait que je suis de l’Abitibi où j’ai fait mon coming-out à 16 ans avec toutes les conséquences que cela a entraînées, avec l’intimidation que j’ai vécue là-bas. Lorsque je venais à Montréal, le Village était mon repère, je me sentais compris, accepté, je pouvais être authentique et je me sentais apprécié à ma juste valeur. De là vient mon attachement envers le Village. Lorsque l’occasion s’est présentée de pouvoir travailler pour le Village, je me suis dit oui, vas-y. Cela venait chercher en moi mes sentiments, mes tripes, pour ce secteur, un quartier qui rayonne dans le monde avec sa piétonnisation, les Boules de Cormier qui ont fait sa réputation internationale. Les LGBT ont construit là un milieu de vie intéressant. Donc, pour moi, je voyais cela comme un privilège que de venir y contribuer.»
 
Alors que vous lisez ces quelques lignes, Yannick Brouillette s’apprête à se rendre à New York, pour participer au congrès annuel de l’IGLTA (International Gay and Lesbian Travel Association), du 23 au 27 avril, un regroupement d’entreprises en tourisme (compagnies aériennes, chaînes d’hôtels, offices de congrès, magazines, etc.), soit des milliers de participants allant de l’Afrique du Sud aux É.-U. et du Brésil au Vietnam en passant par l’Islande. «Le Village est reconnu mondialement, il est important que quelqu’un de Montréal y aille pour représenter la ville et son Village, faire des contacts et établir un réseau», explique Yannick Brouillette.
 
Confortablement attablés à la Dînette à Mado, plusieurs fois durant la conversation, les mots «plan stratégique» et «croisées des chemins» sont prononcés. Car, comme on l’a vu dans l’article sur l’historique du Village au dernier numéro, le quartier est bel et bien à une croisée des chemins. Si beaucoup a été fait au cours des dernières décennies, le Village connaît une autre phase de transition présentement. Même si l’on voit tant de locaux vides en ce moment, l’espoir pointe le bout de son nez à l’horizon. «D’ici dix ans, il y aura au moins 17 000 nouveaux résidents dans le secteur avec le développement des terrains de Radio-Canada, le Bourbon et les autres tours qui vont s’ériger dans le coin, rajoute le directeur général de la SDC du Village, Yannick Brouillette. Il nous faut donc développer, à notre tour, un plan stratégique pour la modernisation, la santé commerciale et économique du secteur. Il nous faut repenser notre approche pour offrir des commerces de proximité aux futurs résidents. Nous allons entreprendre sous peu une consultation en ce sens, mais pas uniquement avec les commerçants, avec aussi les groupes communautaires LGBT et les citoyens puisqu’ils font tous partie de la communauté LGBT.»
 
«Oui, il y a des locaux à louer, mais il faut les voir comme une opportunité d’ouvrir des commerces sur une artère innovante, éclatée, colorée et qui donne envie de la visiter et d’y vivre», souligne ce jeune homme plein d’en-thousiasme.
 
Pour ce qui est de la nouvelle installation à la Galerie blanc, on en discutera avec le commissaire de l’exposition, Nicolas Denicourt, dans une prochaine édition.

www.aireslibres.com | www.galerieblanc.com