Thème 2019 de la Journée de lutte contre l’homophobie et la transphobie

Lutter contre la cyberintimidation

Denis-Daniel Boullé
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Il faut compter aujourd’hui sur le rôle des médias sociaux. Partage d’informations, construction de liens, mais la médaille a son revers, on y retrouve aussi des «fakes news» et de la cyberintimidation. Que l’on soit célèbre ou non, jeune ou non, en raison de notre apparence, de notre orientation sexuelle ou de notre identité de genre, on ne compte plus les utilisateurs.trices des réseaux sociaux qui ont été victimes de commentaires désobligeants, d’intimidation, de menaces. La Fondation Émergence en a fait son cheval de bataille cette année pour appeler à un sursaut aussi bien de la part des utilisateurs, que des responsables des réseaux sociaux et peut-être des pouvoirs publics.

portable hommeLaurent Breault, directeur général de la Fondation Émergence s’inquiète de la croissance de la cyberintimidation. «Les études sont là et elles démontrent l’accroissement du phénomène. Par exemple, la population victime de cyberintimidation a doublé entre 2007 et 2016. On parlait à l’époque de 18%, en 2016; on a atteint au moins 34%, explique Laurent Breault en entrevue pour Fugues, mais si l’on regarde les chiffres concernant les personnes LGBTQ, les taux sont plus élevés puisqu’elles seraient 73% à avoir été insultées ou menacées via les réseaux sociaux.»
 
Et bien entendu, les jeunes sont en première ligne, puisqu’elles et ils sont de grands utilisateurs de sites en ligne. Là aussi, les chiffres parlent puisque 14% des garçons et 31,4% des filles auraient vécu au moins un épisode de cyberintimidation depuis le début de l’année scolaire parce qu’elles et ils sont LGBGTQ ou parce qu’on pense qu’elles ou ils le sont. «Il est facile d’imaginer les conséquences sur la santé psychologique de ces jeunes, continue Laurent Breault, et là aussi les chiffres parlent et démontrent que les jeunes qui ont été harcelé.es peuvent développer de l’anxiété sociale, avoir des idéations suicidaires». D’autant qu’ils et elles sont environ 20% seulement à en parler avec un adulte de leur établissement scolaire et encore moins nombreux.s.es à en parler à leurs parents.
 
Des solutions? Bien sûr, on souhaiterait que les administrateurs des réseaux sociaux, que les gouvernements prennent aussi des mesures pour criminaliser la cyberintimidation mais pour Laurent Breault, des initiatives plus petites peuvent être prises déjà. «Les directions d’institutions scolaires, les entreprises, partout où c’est possible, de rappeler que la cyberintimidation est inacceptable et que des sanctions pourraient être prises. Mais en amont, il faut en parler parce que je pense que certain.es ne se rendent pas compte des grandes conséquences sur la vie de celles et ceux qui ont subi de la cyberintimidation.»
 
Pour le directeur général de la Fondation Émergence, il faut absolument en parler. Son équipe et lui ont développé une campagne d’affiches et de pamphlets soulevant toute la problématique et des pamphlets informant toutes celles et ceux qui seront intéressées, qu’elles et ils soient d’ici ou d’ailleurs puisque les affiches sont traduites en une vingtaine de langues. Il n’est pas rare pour la Fondation Émergence de recevoir des commandes de matériel de l’étranger.
 
 
Au moment d’écrire ces lignes, la Fondation Émergence était dans la finalisation de la campagne 2019 contre la cyberintimidation pour les personnes LGBTQ ou perçues comme telles. Comme chaque année, le prix Laurent McCutcheon sera remis à une personnalité qui s’est distinguée dans la lutte contre l’homophobie et la transphobie. Deux autres prix seront remis, le prix Cour de Cœur et le prix Allié.es le 23 mai prochain.
 
La Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie a lieu le 17 mai prochain. Il est essentiel de rappeler que cette Journée spécifique est une initiative de la Fondation Émergence… et de s’en souvenir alors que de nombreux pays soulignent dignement chaque 17 mai.  
 
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FAITS SAILLANTS concernant la CYBERINTIMIDATION
  • Les jeunes lesbiemens, gais et bisexuels seraient deux fois plus nombreux que les jeunes hétérosexuels à subir de la cyberintimidation et de l’intimidation à l’école.
  • Un tiers des jeunes qui sont intimidés sur le web signalent des symptômes de dépression.
  • Le site nohomophobes.com révèle que l’insulte «faggot», équivalent anglais de «tapette» a été utilisé 25 229 fois sur Twitter entre le 7 et le 13 février 2019