Il est jeune, gai et polyglotte...

Portrait de Pete Buttigieg, le candidat démocrate qui monte

Sébastien Thibert
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Pete Buttigieg
À 37 ans, le benjamin de la primaire américaine veut faire de sa jeunesse un atout face aux 72 ans de Donald Trump. Y arrivera-t-il? Trop tôt pour le dire. S’il aura fort à faire pour déloger les poids lourds démocrates, Pete Buttigieg semble promis à un bel avenir.
 
Il va falloir apprendre à prononcer son nom: Buttigieg [Buddah-judge], dit très vite, mais surtout pas [buti-gigue]. Vous pouvez aussi l’appeler «Mayor Pete». L’un des 17 candidats engagés dans la bataille pour la primaire démocrate est le maire de South Bend, une ville industrielle de l’Indiana, près de Chicago. Inconnu du grand public il y a encore quelques mois, cet homme de 37 ans a marqué des points sur le terrain ces dernières semaines et pointe même en 3e position dans certains états, comme l’Iowa, où se tiendra le premier scrutin en février 2020.
 
Élu à 29 ans à South Bend, dans l'Indiana, Buttigieg est devenu le plus jeune maire d’une ville de plus de 100 000 habitants. Le Washington Post le surnommé alors «le maire le plus intéressant dont vous n’ayez jamais entendu parler». Il a fait du ménage dans la police municipale, rénové un centre-ville sinistré et fut réélu avec 80% des voix. Interrogé sur son manque d’expérience pour devenir président, il a récemment répondu, sans ironie: «J’ai plus d’expérience exécutive que Donald Trump lorsqu’il était candidat…»
 
Diplômé d’Harvard avec les honneurs, Pete Buttigieg a ensuite décroché une bourse pour étudier la politique et l’économie à Oxford. À 22 ans, il participe à la campagne de John Kerry comme conseiller, puis part trois ans dans le privé, dans la société de conseil McKinsey & Company.
 
Selon la BBC, qui cite son porte-parole, il parle sept langues étrangères: maltais (par son père), français, espagnol et italien (sa mère est linguiste); il a appris l’arabe et le dari en Afghanistan et s’est mis au norvégien pour lire l’auteur Erland Loe dans le texte, parce que «why not»! Après un post viral sur Twitter, des journalistes norvégiens l’ont interpellé dans la langue de Bjorndalen, et il a répondu sans délai. Apparemment, avec un accent de l’Indiana, mais avec un niveau très correct. Officier de réserve, il a dû prendre un congé de sept mois pendant son mandat de maire pour servir en Afghanistan au sein d’une unité antiterroriste de la Navy. Petit message à Donald Trump, qui s’est fait réformer pendant la guerre du Vietnam: «Si je suis élu, je serai le président avec le plus d’expérience militaire depuis George Bush [père].»
 
Buttigieg a fait son coming-out en 2015 et épousé son compagnon, un professeur de lycée très actif sur Twitter, en 2018. Il tente de faire le pont entre les générations, comme lors d’une séance de questions-réponses avec des électeurs diffusée sur CNN, à la fin mars: «si vous êtes conservateurs et de l’ancienne génération, et que vous avez grandi avec la croyance que le mariage homosexuel est quelque chose de mal moralement, le changement actuel peut donner le tournis.» Interrogé sur les vues religieuses ultraconservatrices de Mike Pence, vice-président (et ancien gouverneur de l’Indiana), le jeune maire a répondu en citant le Lévitique: «mon interprétation des textes sacrés, c’est qu’ils nous appellent à protéger le pauvre et l’étranger.»
 
S’il est élu, il serait le plus jeune président de l’histoire américaine. À l’instar d’Emmanuel Macron, il le présente comme un atout. «J’appartiens à la génération des fusillades de masse dans les écoles – j’étais au secondaire quand le massacre de Columbine a eu lieu. J’appartiens à la génération qui a fourni le plus de troupes après le 11 septembre, à la génération qui va devoir vivre avec les conséquences du changement climatique. Et si rien ne change économiquement, on sera la première génération à gagner moins que nos parents. Nous sommes la génération qui a le plus en jeu [dans cette élection]», a-t-il argumenté sur le plateau de Stephen Colbert. S’il n’a pas encore de programme officiel, on l’entend beaucoup parler de la réforme de la santé, de la lutte contre le changement climatique et de la menace de l’automatisation et de l’intelligence artificielle sur l’emploi. Lors de son tour d’Amérique, Mark Zuckerberg lui a d’ailleurs rendu visite en 2017.
 
Joe Biden et Bernie Sanders font tout de même la course en tête de la primaire démocrate. Derrière, Beto O'Rourke, qui a fait trembler Ted Cruz au Texas, devance la sénatrice de Californie Kamala Harris. En un mois, Pete Buttigieg est passé de 1% à 5% et dépasse Elizabeth Warren en 5e position. Sa progression est particulièrement surveillée par l’ancienne éminence grise de Barack Obama, David Axelrod: «J’ai rarement vu un candidat aussi bien exploiter les opportunités télévisées qui s’offrent à lui que Pete Buttigieg. Incisif, réfléchi et "relatable" (à qui l’on peut s’identifier). Ses chances sont chaque fois plus grandes». On a vu pire comme parrain.