QUÉBEC

Un projet de mémoire de maîtrise sur les performances des drag queens

Éric Whittom
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Un projet de mémoire de maîtrise sur les performances des drag queens

Un étudiant de la Faculté de musique de l’Université Laval, Jérémi Gendron, rédige un mémoire de maîtrise en musicologie pour étudier les prestations musicales des drag queens. 

« Quand j’ai commencé ma maîtrise, je ne travaillais pas du tout sur cet univers. J’étudiais plutôt l’impact de la musique de Chopin sur les classes sociales du 19e siècle », raconte-t-il en entrevue à Fugues.
 
Pendant une pause de ses études universitaires, il a regardé avec ses yeux de scientifique l’émission RuPaul’s Drag Race. « Je me suis rendu compte que ce n’est pas juste des gars déguisés en femmes qui se dandinent sur la musique de Madonna. Il y a vraiment plus que cela. Il y a tout un processus artistique derrière leurs performances. »
 
Jérémi s’est également mis à sortir au Drague Cabaret Club pour assister à des spectacles de drag queens. « Certaines d’entre elles dansent sur la musique de chanteuses populaires comme Ariana Grande, Jennifer Lopez ou Lady Gaga alors que d’autres font du lip-sync sur de la musique underground qui ne joue pas à la radio », a-t-il remarqué. Il a interrogé certaines d’entre elles pour en apprendre davantage sur leur univers. « Par exemple, je leur ai demandé si elles considèrent leurs perfor-mances comme de l’art et si la musique occupe une place importante dans leurs performances. » 

Ses analyses préliminaires l’ont convaincu de changer de sujet de maîtrise. Le professeur-chercheur en musicologie Serge Lacasse supervise son projet de mémoire. D’après sa revue de la littérature scientifique sur les drag queens, les chercheurs réalisent surtout des études socio-logiques sur le genre, très peu sur l’utilisation de la musique dans leurs performances. « Comme les drag queens sont devenues en ce moment un phénomène international grâce aux concours télévisés, si ce n’est pas moi qui étudie ce phénomène, c’est quelqu’un d’autre qui va sauter sur ce sujet. Il y a plein de choses à dire sur leur univers et on a besoin de s’y intéresser d’un point de vue plus scientifique. »
 
Il analysera donc les stratégies que les drag queens utilisent pour se distinguer entre elles, par exemple leurs choix musicaux, leurs styles de danse et leurs looks. « Certaines drag queens embrassent la tendance populaire et consi-dèrent RuPaul’s Drag Race comme une référence alors que ce n’est pas du tout le cas pour d’autres. Alors, quelles stratégies ces dernières utilisent-elles pour se distinguer de la tendance populaire? » Pour répondre à cette question, il interviewera des drag queens de Québec et de Montréal. Il filmera ensuite leurs performances dans les endroits comme le Drague Cabaret Club, le Bar St-Matthew’s, le Cabaret Mado et le Bar Cocktail. « La troisième étape consistera à faire dialoguer les entrevues et les séquences filmées pour vérifier si leurs propos sont en accord ou non avec leurs performances. »
 
Il prévoit déposer son mémoire de maîtrise à la fin de l’été. « Je pense que c’est intéressant de prendre conscience de ce qui se passe au niveau du divertissement dans la communauté LGBT. Ça va plus loin que juste danser sur une chanson de Jennifer Lopez. J’avais moi-même des préjugés avant de regarder RuPaul’s Drag Race. »