Esthétique

Confidences d’hommes qui ont recours à la chirurgie esthétique

Yves Lafontaine , Sébastien Thibert
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botox men

Nous vivons dans un monde où l’image de soi est devenue une obsession et où nous ne pouvons plus ignorer le rôle que la médecine et la science jouent dans notre quête de beauté et de jeunesse. Si pendant de nombreuses années, les hommes — gais ou non — ont été assez discrets quant à leur utilisation des services médicaux pour améliorer leur apparence, ils sont plus nombreux à accepter d’en parler tout en étant conscients, qu’ils sont soumis à la pression sociale liée à l’apparence.

Lorsqu’il est question de chirurgies esthétiques, tout le monde a ses préjugés, favorables ou défavorables. Si certaines personnes plaident la liberté de faire ce qu’elles souhaitent de leur corps, d’autres diront qu’il ne s’agit plus de libertés, mais plutôt d’un effet d’entraînement, d’une pression sociale, d’un désir d’atteindre la perfection qui n’est pas de ce monde. 
 
Karl, 54 ans, spécialisé dans le mobilier design, fait des injections de Botox et aussi, un peu, d'acide hyaluronique. «Sincèrement, ce n'est pas pour être coquet, mais par cohérence. J'essaie d'avoir la tête de l'emploi: il n'est pas facile de vendre des meubles contemporains avec un look démodé ou avec un air fatigué ! Je m'y suis mis à la quarantaine, en même temps que j’ai repris l’entraînement sportif et que j’ai opté pour une cuisine santé. C'était ça ou le début du "naufrage". Je veille à ne pas abuser des injections, car il y a toujours le risque de ressembler à un vieux refait!»
 
Martin, 49 ans, avocat spécialisé en droit des affaires, a, lui aussi, recours depuis 7 ans à la petite piqûre qui ralentit les aiguilles du temps. «Un jour, vous vous réveillez l’air fatigué à 7 heures du matin bien que vous ayez dormi neuf heures! Alors imaginez le lendemain d'une séance de travail d'équipe intense pour finaliser un dossier terminé au milieu de la nuit... Ce qui n'est pas le cas pour un confrère junior qui débarque frais comme une rose!» Du coup, ce grand fauve du barreau se fait régulièrement piquer quelques rides, pratiqu la plus répandue en matière de médecine esthétique masculine.
 
La toxine botulique fige le muscle, ce qui atténue la dureté du regard et les plis sur le front. C'est le Botox, avatar d'une éternelle quête de performance où vivre, c'est forcément croître et plaire. Et ce qui est particulier, c'est qu'il n'y a pas d'âge pour débuter. Les hommes consultent de plus en plus tôt. Il n'est plus rare de voir entrer des trentenaires ou des gars à la fin vingtaine dans les cliniques. C'est une nouvelle génération consciente d'avoir un capital qui s'entretient, très demandeuse de conseils. 
 
Pour plusieurs, il est préférable d'intervenir tôt et peu, plutôt que tard et trop. De manière générale, la plupart des hommes considèrent toutefois qu'une intervention est réussie quand elle ne se voit pas et qu’on a simplement l'air de rentrer de vacances. 
 
Confirmation de Mathieu, 39 ans, qui travaille dans l’industrie des effets spéciaux numériques. «Je fais une injection de Botox une ou deux fois par an, grand maximum. Car je n'ai ni la vie ni la mentalité d'un homme de mon âge. J'évolue dans un monde ludique, un peu futile, je m'habille et je me comporte encore comme un ado. Il y a cinq ans, un beau matin, j'ai cru voir mon père dans la miroir, alors sans hésiter j'ai pris rendez-vous chez un dermatologue... Depuis, je me sens mieux dans ma peau, bien qu'elle soit légèrement trafiquée!» L’écueil à éviter selon bien des spécialistes est de paralyser exagérément le front, qui est le siège de l'expression... Excepté certains gars de moins de 30 ans, très décomplexés à ce sujet, la majorité des hommes souhaitent que les interventions ne se voient pas, ne se sachent pas. Ils veulent pouvoir travailler dès le lendemain en ayant juste l'air en pleine forme.
 
P., 50 ans, travaille à la télé. «J'avais pris rendez-vous chez le chirurgien, mais je n'y suis jamais allé. D'abord, j'ai un peu la trouille, et puis je considère que je prendrais plus de risques à modifier mes traits qu'à faire mon âge à l'écran. Avec la HD, à la télé, le maquillage est devenu beaucoup plus léger. Les téléspectateurs connaissent donc mon vrai visage, et j'ai tout intérêt à vieillir avec eux. Cela dit, je ne dis pas que je ne le ferai jamais, on verra dans quelques années.»
 
Surtout si, d'ici là, notre homme rencontre un  homme plus jeune que lui. Bien souvent, quand un homme refait sa vie à 50 ans, qu'il se retrouve à nouveau sur le marché ou que son nouveau compagnon à quinze, vingt ou vingt-cinq ans de moins que lui, il poussera probablement la porte d'une clinique médicale spécialisée. Confirmation de Stéphane, consultant informatique: «à 45ans, mon chum m’a quitté après 20 ans de vie de couple parce qu’il était persuadé que je ne l'aimais plus. En réalité, c'était moi qui ne n'aimais plus beaucoup... J'ai fait du Botox, une intervention sur mes cernes, du Cool Sculp-ting  à la taille et les les cuisses et j'ai repris le sport. Résultat, j'ai rajeuni de presque dix ans, perdu vingt livres... et retrouvé l'amour!»
 
Être beau est devenu un scénario de vie. Un enjeu, une cause sociale. L'existence dure plus longtemps, mais plus rien ne dure. On change de métier, de conjoint, d'environnement... L'allongement de l'espérance de vie a fait naître une notion de prévention. Les hommes ne veulent plus apparaître déglingués à 40 ans puisqu'ils sont seulement à mi-chemin. On ne se contente plus de son corps biologique, on se crée un corps culturel. On vit désormais à l’époque du selfie, des réseaux sociaux, dans une société où l'on passe son temps à s'observer, à se préoccuper de son apparence. Le Botox et autres chirurgies esthétiques mineures ne sont ni plus ni moins qu'une version clinique de Photoshop: rapide, réversible, mondialisé.