SMASH

1er sommet francophone sur la santé sexuelle des hommes gais, bi, cis et trans

Denis-Daniel Boullé
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Smash
Photo prise par © Serge Blais

Un premier sommet francophone à rééditer sans aucun doute. Pendant une journée et demi les 29 et 30 mars derniers, une centaine d’acteurs, de chercheur.es et de professionnel.les de la santé en lien avec le VIH sida ont participé à une rencontre organisée par RÉZO appelée SMASH autour de la santé des GBHARSAH (Gais, Bis, Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) pour faire le point sur les initiatives et les résultats pour améliorer la santé sexuelle en termes entre autres de prévention au VIH-Sida et aux ITSS mais aussi dans une approche beaucoup plus globale incluant la santé mentale.

Présentations, ateliers, tables rondes, RÉZO ne souhaitait pas seulement présenter des résultats d’études ou de recherches, mais une véritable parti-cipation des personnes inscrites pour cette rencontre. Une rencontre interactive pour connaître aussi les préoccupations et les questions du public.
 
Des résultats encourageants
Montréal s’est engagé à atteindre la cible de 90-90-90* d’ici 2030 et les premières observations montrent que la ville est sur la bonne voie. Les présentations du Dr Gilles Lambert (Direction de la santé publique) sur les faits saillants de l’étude Engage** auprès de 1179 hommes HARSAH, et de Joanne Otis, responsable du projet Mobilise visant à réduire la transmission du VIH et d’autres ITTS, se sont faits plutôt rassurants. Ces deux présentations mettaient un peu le couvert pour les activités qui allaient se dérouler le lendemain.
 
Si l’on peut être optimiste concernant la baisse de la transmission du VIH, ou encore sur l’utilisation de la PrEP, ainsi que sur la charge virale indétectable pour les personnes séropositives, il reste des progrès à faire entre autres pour un meilleur accès aux soins de santé et aux services sociaux pour les GBHARSAH cis et trans. Malgré une plus grande acceptabilité sociale de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre, des barrières subsistent encore, aussi bien des personnels des services que de la gêne des HARSAH à aborder leur vie sexuelle. Il y aurait aussi une surconsommation de drogues parmi les HARSAH supérieures à celle de la population en générale.
 
Il reste que, selon ces deux chercheur.es, l’accent doit être mis sur l’accueil et la disponibilité des professionnel.les de la santé pour offrir un environnement accueillant, respectueux et d’assurer un plus grand et meilleur suivi. Ce qui selon les intervenant.es inciteraient plus les HARSAH à consulter et, entre autres, à se faire dépister. Sans pour autant abandonner l’autre piste, celles des communautés elles-mêmes par la sensibilisation, un travail dont les organismes sont les principaux acteurs.
 
Dans les interventions qui ont été menées le samedi matin, les projecteurs ont été dirigés vers deux communautés spécifiques des HARSAH, les hommes trans, et les nouveaux arrivants, immigrants ou réfugiés, et de tracer les défis particuliers auxquels ces deux communautés devaient faire face. Là encore les prestataires de service doivent être plus ouverts et tenir compte des particularités de ces hommes-là. Pour les hommes trans, d’accepter avec plus de respect leur genre souhaité, ou encore pour les nouveaux immigrants, leur degré d’aisance et de capacité à s’ouvrir sur leur santé sexuelle, voire sur leur orientation sexuelle.
 
Les ateliers et les tables rondes ont permis aux participant.es non seulement de faire part de leur expérience dans leurs organismes et dans les milieux professionnels et de multiplier les hypothèses sur lesquelles réfléchir pour accélérer le changement dans le milieu de la santé et des services sociaux et sur les moyens pour rejoindre des HARSAH qui, pour différentes raisons, éviteraient ou seraient moins sensibles à la question de leur santé. 
 
L’ambiance conviviale de ce premier sommet avait aussi le mérite d’aborder des sujets encore tabous (chemsex entre autres) dans nos communautés dans l’optique d’optimiser les services déjà existants, de rappeler que les services communautaires existent aussi et qu’ils sont souvent le meilleur intermédiaire avec les services de santé publique. 
 
RÉZO avait demandé au comédien, auteur et traducteur, Éric Noël, de venir faire une lecture de sa pièce Ces regards amoureux des garcons altérés. Un long monologue sombre où plaisir rime avec abjection, et le désespoir comme seul espoir. Il est question qu’un second Sommet francophone sur la santé sexuelle des HARSAH ait lieu, en ouvrant ses portes à l’extérieur de la francophonie canadienne. 
 
*90% des personnes vivant avec l’infection par le VIH se feront dépister et connaîtront leur statut; 90% des personnes infectées qui connaissent leur statut suivront un traitement antirétroviral; 90% des personnes sous thérapie antirétrovirale auront une charge virale indétectable.