COMMUNAUTAIRE

Femmes de tête

Julie Vaillancourt
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Charlie Boudreau & Katharine Setzer

Longtemps en marge, invisibles ou relayées à des groupes fermés, les lesbiennes investissent l’espace communautaire au moment des commissions parlementaires sur le mariage et l’homoparentalité. Aujourd’hui, de nombreux groupes sont mixtes ou affichent une quasi-parité et plusieurs femmes sont à la tête d’organismes communautaires significatifs. Ici brièvement présentées, nous vous invitons à explorer leurs fascinants parcours. 

Mona GreenbaumMona Greenbaum
 
De L’Association des mères lesbiennes (AML), à la Coalition des familles homoparentales, Mona chapeaute aujourd’hui la Coalition des familles LGBT. Des changements de noms soulignant l’évolution des luttes dans lesquelles s’est engagée Mona, depuis plusieurs décennies: « Au début, mon implication était motivée par mon désir de fonder une famille avec ma conjointe. Dans les années 90, c’était plus compliqué, mais je suis tombée enceinte en 1997. » Du personnel au politique, Mona aidera, avec sa conjointe, d’autres femmes désirant fonder une famille. Ces rencontres rassemblant près de 40 femmes (dans le salon de Mona) formeront les assises de ce que deviendra la Coalition des familles homoparentales, résultant d’une fusion entre l’AML et le Groupe Papa-Daddy. Plus tard, l’organisme deviendra la Coalition des familles LGBT, appellation plus inclusive des multiples réalités familiales. « Nous avons un volet social, mais sommes légalement un organisme de défense de droits, ce qui inclut de la sensibilisation et de la formation. Ceci constitue présentement notre travail, avec 16 formateurs et formatrices qui forment cinq à six mille professionnels dans tout le Québec. » Et la conciliation travail-famille pour la directrice générale? : « Je suis très chanceuse dans la vie, j’ai une conjointe fabuleuse! Au début, lorsque j’ai décidé de quitter mon emploi pour travailler gratuitement (pour ce qui allait devenir l’organisme), nous avions décidé, ensemble, que c’était important pour faire évoluer la société. »
 
Marie HOUZEAUMarie HOUZEAU
 
Directrice générale du GRIS-Montréal depuis bientôt 14 ans, Marie fait ses premières armes auprès de l’organisme en tant que bénévole et administratrice au sein du Conseil d’administration. « C’est de cette façon que mon implication communautaire a commencé au Québec », indique la Belge d’origine, arrivée dans la Belle Province, il y a 20 ans. « À l’époque, il y avait une proportion beaucoup plus faible de femmes que d’hommes impliqués au GRIS, mais ça a toujours été une préoccupation d’en arriver à la parité. Je n’ai jamais ressenti qu’il y avait des défis particuliers à être une femme à la direction de l’organisme, mais dans la communauté, dans certaines circonstances, j’ai parfois eu l’impression de me retrouver dans un boys club. C’est peut-être aussi parce qu’ils se connaissaient déjà tous et que moi j’arrivais en poste; jeune, femme et nouvelle dans la communauté.» Sans conteste, Marie Houzeau a aujourd’hui fait ses preuves à la direction d’un organisme ayant un rôle important dans les établissements scolaires: « Il y a peut-être moins de jeunes qui sont homophobes, mais la sensibilisation demeure nécessaire. Aussi, c’est une préoccupation constante pour l’organisme d’être le plus représentatif possible de la société. Avoir plus de femmes était une préoccupation et nous en sommes presqu’à la parité. On travaille fort pour avoir des personnes racisées. L’intersectionnalité, comme les questions de genre, est très présente dans les écoles et le GRIS désire y travailler. »
 

Julie DUBOIS

Julie DUBOIS
 
En juillet 2016, Julie Dubois quitte la direction générale de l’Alliance Arc-en-ciel de Québec, pour des raisons familiales, poste qu’elle avait occupé pendant près d’un an. De retour à la tête de l’organisme depuis 2018, cette maman de 4 enfants, bachelière en psychologie, avoue avoir vécu un deuil, à la suite de son départ de l’organisme, car: « c’est une cause à laquelle je crois. À mon retour, je me suis d’abord impliquée au sein du CA, car c’était moins prenant qu’une job et je voulais à nouveau faire partie de cette belle mission. Puis, quand j’ai su que Louis-Filip Tremblay, quittait l’emploi, j’ai tout de suite levé la main! », d’où son bonheur de reprendre les rênes de l’organisme. Si les défis sont de taille, notamment en ce qui concerne l’aspect financier, Julie est motivée à assumer la permanence de l’orga-nisme et assurer sa pérennité: « Je suis fière d’être une femme à la tête d’un organisme. Puisqu’il y a moins de femmes visibles, ça peut en amener d’autres à vouloir s’impliquer. »
 
Marie-Pier BoisvertMarie-Pier BOISVERT

Alors présidente de l’association des cycles supérieurs de l’université de Sherbrooke, Marie-Pier fera le constat du manque de ressources LGBT. Ceci la mènera à fonder Fière la Fête, en 2013, s’impliquer au Regroupement estrien pour la diversité sexuelle et de genre (REDSG), puis au GRIS Estrie, pour lequel elle sera intervenante et formatrice. En 2015, elle devient directrice générale du Conseil québécois LGBT: « Dans mes implications, j’avais souvent été appelé à dealer avec les médias, alors ça faisait partie de ce qu’ils recherchaient pour le poste, avec la défense de droits et la théorie queer. » Une de ses premières demandes de subventions la mène à constater que « beaucoup de femmes à la tête d’organismes sont dans des organismes qui s’occupent de mandats typiquement féminins, comme la famille, l’éducation. Ce n’est pas étonnant, » appuie Marie-Pier « on nous confine encore dans des rôles de care (soins). Je pense être la seule dans un regroupement qui touche à tous les domaines, avec Julie (Dubois).» D’ailleurs, l’entrée en poste de Marie-Pier ne fut guère toute rose: « À 27 ans, j’étais jeune et on me traitait un peu comme si je ne savais rien. En plus d’être femme, je sentais qu’il fallait que je prenne les bouchées doubles pour obtenir une certaine crédibilité auprès des membres et de la communauté. » Plusieurs années plus tard, avec crédibilité en poche, un constat demeure: « Le monde des affaires, demeure très masculin. En tant que femme, on a l’impression qu’on ne fait pas partie de la clique, du boys club. Plusieurs femmes de tête investissent ces milieux-là et déploient des stratégies pour être solidaires, ce qui m’impressionne beaucoup. Je pense, entre autres, aux déjeuners-réseautage de Fierté au Travail pour femmes LGBTQ. Pour ma part, en tant que femme à la tête d’un organisme LGBT, je dois être vigilante pour ne pas reproduire les dynamiques que j’ai vécues en arrivant au Conseil. »
 
JULIE?ANTOINEJulie ANTOINE
 
Mère de deux enfants avec sa conjointe, Julie Antoine assume la direction du Réseau des Lesbiennes du Québec, depuis bientôt deux ans: « À mon arrivée, les militantes féministes y ayant travaillé avant moi avaient instauré de très bonnes assises et la DG sortante s’était assurée de plus de main d’oeuvre. » Jeune trentenaire, avec peu d’empreintes dans le milieu LGBT et féministe, Julie trouvera rapidement sa place, mais « j’ai trouvé ça plus difficile dans le milieu féministe, car ces femmes y sont depuis plusieurs années, elles ont écrit notre histoire, alors c’est intimidant! Dans la communauté lesbienne, comme il y a beaucoup de jeunes au Centre de Solidarité Lesbienne, à LSTW et au Conseil québécois LGBT, ça crée des partenariats. » Fondé en 1996, le RLQ est un organisme en défense de droits, s’adressant aux femmes LGBTQ+, donc oeuvrant dans une perspective genrée, ce qui est « difficile », exprime Julie, « puisque l’égalité homme-femme n’est pas atteinte, à l’extérieur, comme à l’intérieur de la communauté. La mission du RLQ est d’autant plus importante aujourd’hui, car les femmes de la diversité sexuelle demeurent une population marginalisée et mise de côté. Nous sommes un organisme féministe, axé sur les enjeux des femmes, avec une pensée transinclusive, mais genrée, puisque le patriarcat est encore bien présent, les combats des femmes aussi. Ce n’est pas facile d’être une femme, d’être lesbienne. C’était difficile avant et, bien que les combats soient différents, ça l’est encore aujourd’hui. »
 
Charlie Boudreau & Katharine SetzerCharlie BOUDREAU &  Katharine SETZER
 
Créé en 1987, Image + Nation se positionne comme le plus ancien festival de films LGBTQ au Canada. Près d’une décennie après sa création, Charlie arrive à la tête du Festival: « Il était nécessaire d’avoir une permanence à l’organisation et au maintien de l’évènement, qui avait été tenue, jusqu’alors, par le Conseil d’administration.» Puisque Charlie y était impliqué depuis de nombreuses années, elle semblait toute désignée pour assurer la direction du Festival. De par son expérience en communications et en culture, Katharine Setzer se joindra à titre de directrice de la programmation. « Ce n’est pas toujours facile comme job, mais nous croyons toutes les deux au pouvoir du cinéma, à la culture LGBT et à l’importance d'histoires authentiques », ajoute Charlie. Si la dominance patriarcale ne fait guère exception au milieu du septième art, Charlie explique, qu’en général, elle « n’a jamais vraiment eu de problème dans ce milieu principalement gai », bien que le problème récurrent demeure le financement: « Le monde des affaires est masculin ». Qu’à cela ne tienne, Charlie et Katharine assistent aux divers festivals de cinéma à travers le monde, afin de ramener dans la métropole de nouvelles façons de célébrer les images de nous-mêmes : « En 30 ans, les festivals de cinéma ont évolué. Ce n’est plus uniquement de présenter des films, mais trouver d’autres façons d’amener les gens à réfléchir sur le cinéma. » À quelques jours d’un départ pour un festival australien, Charlie promet de revenir avec des idées plein la tête pour notre cinématographie : « L’an passé dans notre programme Queerement Québec, 8 des 9 films étaient réalisés par des femmes. Ils ont été sélectionnés parce que c’était les meilleurs films ».