Esthétisme

Une vision historique sur l’image corporelle chez les gais

Denis-Daniel Boullé
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une vision historique sur  L’image corporelle chez les gais

Les gais prennent de plus en plus soin de leur corps et de leur apparence physique. C’est un fait. Une tendance aujourd’hui largement copiée par les hommes hétéros au point où maintenant dans la rue, il est difficile de distinguer les gais des straight et inversement.

Ces 35 dernières années ont été marqué par cette petite révolution dans la façon de prendre soin de soi, et d’être à l’image de beaucoup de femmes, en cherchant à être dans la séduction, d’être objet de désir.
 
Au cours des années 70, avec la sortie du placard de plus en plus de gais, on rejetait le stéréotype que le gai soit avant tout un homme efféminé, maniéré, voire faible physiquement. L’homme gai ne devait plus être perçu comme un sous-homme. Et la mode qui est née aux Etats-Unis s’est rapidement répandue, les hommes gais s’appropriaient l’image corporelle et vestimentaire des hommes hétéros. Le symbole le plus emblématique de cette période reste le groupe Village People. Des gais musclés virils arborant des uniformes de policier, de travailleur de la construction, de militaire, ou encore de motard. Dans la rue, les gais portaient des chemises carottées, des jeans moulants (le fameux 501 à boutons), des bottes de construction, arboraient une pilosité abondante et une moustache fournie ou la barbe. Des gais mais des hommes, des vrais!
 
Les années 80 allaient marquer un tournant dont on suit encore aujourd’hui l’évolution. Bien sûr, continuer à garder une image virile, mais sans les excès des années 70, d’autant que beaucoup de gars ne pouvaient exhiber naturellement une hyperpilosité. Mais un des facteurs déterminants a été l’arrivée du sida. Comme la maladie finissait par atteindre l’image corporelle, beaucoup de gais ont voulu s’en démarquer pour signaler pour montrer qu’ils n’étaient pas porteurs du virus. Le gym est devenu un rendez-vous presque quotidien pour certains. De plus, il ne fallait pas que le corps puisse montrer des taches – le sarcome de Kaposi – comme nous avions pu le voir sur nombre de malades atteints et en fin de vie. Une peau clean et remarquable passait par la disparition du poil. Depuis, on rase beaucoup. Fini les culs et les testicules en broussaille, les pectoraux recouverts d’une toison fournie.
 
D’autant qu’à la même époque commençaient les grandes campagnes qui vantaient les bienfaits d’un corps en santé, que l’importance d’une bonne nutrition connaissait ses premiers balbutiements, qu’enfin on pouvait rester jeune le plus longtemps possible. En fait, les mêmes prescriptions que pour les femmes qui devaient rester jeunes, belles, et en santé. Des standards pour hommes qui n’ont pas touché seulement les gais, mais aussi les straights. 
 
Une légende voudrait que ce soit les femmes qui, ayant des amis gais qui prenaient soin de leur corps et de leur apparence, ont poussé leur conjoint à leur tour à faire des efforts pour ne pas se laisser aller physiquement. Autre phénomène en parallèle qu’il ne faut pas négliger dans le regard posé sur les standards de l’image corporelle des gais, la possibilité aussi de vivre une diversité physique. On peut prendre pour exemple les Bears, les fétichistes, pour qui les standards du mâle désirable ne s’inscrivent pas dans ceux vantés par les publicités, les films, les médias, de l’homme très musclé, jeune et imberbe. De fait, on peut avec un peu de recherches trouver l’homme idéal physiquement selon ses propres critères; les réseaux sociaux sont là pour ça. 
 
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