Tales of the city Sur Netflix

Bienvenue à nouveau au 28 Barbary Lane

Yves Lafontaine
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Photo prise par © Tales of the city
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Une nouvelle série originale de Netflix, inspirée des Tales of the City d’Armistead Maupin, présente un nouveau chapitre. En faisant revenir les vedettes de la version de 1993, tout en faisant aussi appel à de nouveaux visages, la mouture 2019 ouvre de nouvelles perspectives et offre une vision modernisée de la communauté LGBTQ.

On ne peut exagérer l’impact du feuilleton de Maupin, composé de neuf romans publiés entre 1978 et 2014, et en trois saisons télé produites entre 1993 et 2001. Il a révolutionné la façon dont le monde appréhendait à la fois San Francisco et les diverses orientations sexuelles de ses résidents. Quand Les Chroniques de San Francisco ont été publiées, d’abord en feuilleton dans les colonnes du San Francisco Chronicle, Armistead Maupin s’est servi de Mary Ann Singleton (Laura Linney), une jeune fille de Cleveland un peu naïve, comme d’un cheval de Troie hétérosexuel dans une cité queer. Pas surprenant que Laura Linney soit devenu une icône gaie. Et le voisin homosexuel de Mary Ann, Michael “Moose” Tolliver, est rapidement devenu non seulement essentiel à l’histoire, mais un héros LGBTQ en son genre.
 
Le personnage de la chaleureuse et envoûtante propriétaire du 28 Barbary Lane, Anna Madrigal fut révolutionnaire pour l’époque. Les lecteurs apprirent, au fil des pages, qu’elle était transgenre. Son nom est en réalité un acronyme pour «A Man And A Girl», et il faut se dire que ce tour de passe-passe paraissait moins artificiel à la fin des années 70 qu’aujourd’hui, mais c’est sans doute ce qui fait le charme des chroniques. Le revival de Netflix s’ouvre sur les 90 ans d’Anna Madrigal – l’occasion de rassembler ses locataires (ou ses «enfants», comme elle les appelle), passés ou présents, sous un même toit.
 
Olympia Dukakis reprends le rôle emblématique qu’elle a joué en 1993, 1998 et 2001 (dont le tournage avit eu lieu au Québec). De nombreux visages sont facilement reconnaissables pour les passionnés des Chroniques de San Francisco – notamment Paul Gross, qui joue de nouveau Brian Hawkins, l’ex de Mary Ann. Mais cette nouvelle version comporte aussi son lot de nouveaux venus, comme Murray Bartlett (Looking) qui entrera dans la peau de Michael Tolliver (autrefois joué par Marcus D’Amico et Paul Hopkins).
 
ALES?OF?THE?CITY,  sur Netflix à partir du 7 juin.
 
Au début du feuilleton, on apprenait rapidement que Michael est séropositif. Les livres étaient révolutionnaires : ils montraient la survie de cet homme, et non pas sa mort tragique. Le roman de 2007 est d’ailleurs intitulé : Michael Tolliver Lives, un triomphe. Dans la nouvelle version de Netflix, Michael et Brian sont toujours très amis et gèrent une pépinière, Plant Parenthood.
 
Armistead Maupin a pris des chemins narratifs audacieux avec sa saga. L’un d’entre eux : faire que Mary Ann Singleton abandonnait sa famille (Brian et leur fille adoptive, Shawna, jouée par Ellen Page) pour partir vivre à New York. Quand elle revient, des années plus tard, pour l’anniversaire d’Anna, Mary Ann est obligée de confronter sa fille, qui a grandi. Shawna est à l’opposé de sa mère : cool sans effort et la personnification même de la libération sexuelle. Elle ressemble plus à son père, charmeur de l’époque.
 
Zosia Mamet, vedette de la série Girls, joue une réalisatrice intéressée par Shawna, et qui prépare un documentaire sur l’histoire de la scène LGBTQ à San Francisco. Si la vieille génération est essentielle à ce nouveau chapitre, le personnage d’Ellen Page fera office de lien entre les anciens et les nouveaux résidents de Barbary Lane.
 
Les nouveaux résidents de Barbary Lane repoussent les barrières de la diversité à la fois sexuelle et de genre, allant bien plus loin que ce dont Armistead Maupin pouvait rêver à la fin des 70s. Garcia est non-binaire, et joue un jeune homme trans (Jake) dont la transition complique sa relation avec Margot (May Hong).  Le jeune Ben, petit ami de Michael Tolliver, a lui aussi eu droit à une mise à jour. Joué par Charlie Barnett, Ben est noir dans la nouvelle mouture.
 
Armistead Maupin, qui est producteur exécutif de cette nouvelle version, a collaboré de près avec Lauren Morelli, la réalisatrice principale de la nouvelle série, pour que le Barbary Lane de 2019 s’avère plus réaliste en termes de diversité raciale. Jake vient du livre, mais on a modifié son nom de famille : de Greenleaf, on passe à Rodriguez. La présence de May Hong – mais aussi celle de Christopher Larkin et Ashley Park, qui jouent deux jumeaux obsédés par les réseaux sociaux – permet de refléter plus sincèrement la présence de la communauté asiatique à San Francisco. Et pour faire ça, il fallait introduire une nouvelle génération de personnages et donc, une audience plus jeune. La communauté queer exige dorénavant une représentation plus authentique, il fallait créer un monde qui ressemble à la réalité de 2019.
 
La série ne manque pas de relever à quel point la ville a changé depuis les années 70. L’explosion des loyers, l’arrivée de l’industrie de la tech et les embouteillages contredisent l’Eden qu’avait créé Anna Madriga à Barbary Lane. Malgré cette volonté de représenter la vie queer de San Francisco, Les Chroniques de San Francisco sont, au fond, ce qu’elles ont toujours été : drôles et jouant, entre rebondissements soapesques et improbables, et la douce humanité de ses personnages.
 
Ces nouvelles chroniques souffrent peut-être de comparaisons aux autres grandes séries sur la vie queer, comme Queer As Folk et Looking (qui se déroule, elle aussi, à San Francisco). Mais il y a encore un élément de mystère avec les nouvelles chroniques et le 28 Barbary Lane reste un espace sécurisant où l’on peut disparaître, ne serait-ce qu’e quelques heures. 
 
TALES OF THE CITY,  sur Netflix