Les émeutes de Stonewall, 50 ans plus tard

Ils étaient là

Patrick Brunette
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Martin Boyce et son ami Bertie Rivera, en 1969

Stonewall a toujours eu une connotation mythique dans ma tête. Comme si les émeutes qui ont pris place dans ce bar de New York en 1969 étaient l’élément déclencheur de l’émancipation homosexuelle en Occident. Pour moi, Stonewall, c’est rien de moins qu’un big bang, une explosion qui a eu comme conséquence directe la création des marches de la fierté, mais surtout, ce mouvement pour la reconnaissance des droits LGBTQ+.   Cinquante ans plus tard, je me lance à la recherche de gens qui ont vécu ce moment historique.

Marsha P. JohnsonStonewall a toujours eu une connotation mythique dans ma tête. Comme si les émeutes qui ont pris place dans ce bar de New York en 1969 étaient l’élément déclencheur de l’émancipation homosexuelle en Occident. Pour moi, Stonewall, c’est rien de moins qu’un big bang, une explosion qui a eu comme conséquence directe la création des marches de la fierté, mais surtout, ce mouvement pour la reconnaissance des droits LGBTQ+.   Cinquante ans plus tard, je me lance à la recherche de gens qui ont vécu ce moment historique.
 
Avant aujourd’hui, je ne m’étais jamais demandé s’il y avait encore des gens vivant aujourd’hui et qui avaient participé à ces émeutes. Quelques recherches sur le web plus tard, me voici en lien avec deux Américains qui ont vécu les émeutes de Stonewall en juin 1969.  
 
Il y a Scott G Brown, maintenant âgé de 78 ans et Martin Boyce, 71 ans. Désireux de souligner ce cinquantième anniversaire, je leur ai demandé de me parler du bar, des émeutes et de ce qu’il faut retenir de ce moment historique.
 

Stonewall Inn

Le bar Stonewall Inn
 
MARTIN BOYCE
Ce bar était un trou… mais quel endroit magique! Il n’y avait pas d’eau courante au bar, aucune décoration mémorable, mais il y avait un excellent jukebox, des pistes de danse et tout ça, c’était bien situé sur Christopher Street. La place était fréquentée par tous les types de gais et de lesbiennes. C’était comme l’arche de Noé version gaie : s’il y avait eu un déluge, tous les types de gais auraient survécu pendant des générations! L’ambiance qui y régnait était exaltante. La musique qui jouait nous permettait de vivre des moments de liberté. On allait au Stonewall Inn pour se faire voir. C’était vraiment un bar populaire.
 
SCOTT G BROWN
J’allais au Stonewall Inn, car c’était la place pour rencontrer d’autres gais. Et c’était aussi un refuge contre les policiers, car à cette époque, c’était pas rare de se faire harceler et agresser par les forces policières. Ce bar, c’était un paradis pour les drag queens et les trans. Mais tout le monde s’y retrouvait. Des gens de tout genre, toutes couleurs. Des gais, des straights, des sugar daddies et aussi des prostitués.  C'était des gens de quartiers pauvres et défavorisés qui n'étaient même pas acceptés dans leur lieu de résidence. Tout le monde était là pour les mêmes raisons: se défoncer et s'amuser!
 
Les émeutes 
 
SCOTT G BROWN
J’étais là lors de cette fameuse nuit! Au petit matin du 28 juin 1969, une descente de police inattendue au Stonewall Inn s’est transformée en six jours d'émeutes.  Je ne savais pas que le bar faisait l'objet d'une descente avant que les lumières ne s'allument et qu’un policier annonce: «C'est une descente. Nous allons vérifier les pièces d'identité et procéder à des arrestations. » Il a demandé à chacun de s'asseoir et de s'aligner contre le mur, carte d'identité en main. Mon chum et moi étions à l'avant du bar. On venait de se faire servir un drink.  On a été parmi les premiers à être appelés. Lorsque j'ai présenté ma carte d'identité et mon lieu de travail, mon partenaire et moi avons pu quitter le bar sans aucune citation à comparaître. Les drag queens et les trans se trouvaient à l'arrière et d’autres policiers les fouillaient. Certaines d'entre elles n'avaient pas de papier d'identité.  Certaines étaient mineures. Elles ont été menottées, arrêtées et emmenées dans le fourgon cellulaire, garé à l'extérieur du Stonewall.
 
Le début des émeutes
 
MARTIN BOYCE
Je n'étais pas au bar au moment de la descente. J'étais dans la rue avec mon meilleur ami, Bertie Rivera, un mili-tant noir portoricain. D’habitude, je le calmais quand des incidents se produisaient. Mais cette nuit-là, c’était pas pareil.  Toute la foule était en colère. On est allé se joindre aux manifestants qui réagissaient contre cette descente policière. J'étais sur la célèbre ligne de front. On chantait devant les policiers question de les provoquer. Et ça a marché! L’escouade tactique a tenté de nous dissiper. J’ai reçu un coup de matraque dans le dos.  Les émeutes se sont poursuivies dans la matinée. Je suis resté sur Christopher Street jusqu’à l'aube. J’ai été chanceux : on ne m’a pas arrêté.
 
Martin Boyce, aujourd’huiL’après Stonewall
 
SCOTT G BROWN
J'ai réalisé que j’avais fait partie d'un mouvement historique que 38 ans plus tard, en 2007. J'avais alors 66 ans.  La chose la plus importante à retenir des émeutes du Stonewall Inn est de préserver le véritable héritage derrière cet événement historique. Ce sont des gens comme moi qui étaient là. Il est de notre devoir de préserver et de transmettre l'héritage à d'autres personnes qui continueront à transmettre ce que nous avons essayé de faire avec vérité et dignité
 
MARTIN BOYCE
En tant qu’événement historique, c’est seulement au cours de la dernière décennie que j’ai réalisé sa véritable signification. Comme l’a si bien dit un autre gai présent à Stonewall, Danny Garvin : « Stonewall a fait de nous un peuple ». Et la question des droits de la personne a permis de relier de nombreuses personnes à travers le monde! Bien sûr que je vais fêter le 50e anniversaire! Et j’insiste sur un point : ce que je vous ai raconté, c’est mon histoire à moi. Et nous sommes nombreux à avoir chacun vécu ces événements à notre façon. Et c’est justement la réunification de tous ces témoignages qui forment la véritable histoire de Stonewall. Bonne fierté! 
 
Scott G. Brown, aujourd’hui