Fondation ÉmergeNce

Proches aidants LGBTQ2S+ : de la formation et du soutien

Denis-Daniel Boullé
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Laurent  McCutcheon

Peut-être avez-vous déjà été un proche aidant ? Sinon il est probable que vous le soyez un jour? La Fondation Émergence lance un nouveau programme pour les proches aidants LGBT. Un programme qui s’inscrit tout logiquement dans le programme plus large Pour que vieillir soit gai. Rencontre avec un proche aidant LGBT, non des moindres, Laurent McCutcheon, et Julien Rougerie, en charge du programme à la Fondation Émergence. 

Julien RougerieComment, Laurent, es-tu devenu un proche aidant ?
Laurent McCutcheon. Un peu par la force des choses. J’ai un ami gai de plus de 25 ans qui présentait des troubles de mémoire. Au début, avec humour, il avait toujours une bonne excuse pour justifier ses absences. Mais nous n’avons pas été longtemps dupes, et je l’ai gentiment confronté, un jour. Il a reconnu qu’effectivement ses pertes de mémoire étaient de plus en plus fréquentes. Et ce qui m’a le plus choqué, c’est que personne ne s’occupait de lui. Son frère qui vit en région éloignée, ou encore ses neveux et nièces n’étaient pas intéressé.es à lui apporter l’aide nécessaire. Et puis, ses ami.es devant ses troubles ont commencé à prendre leur distance. Je ne pouvais laisser tomber cet ami.  
 
Est-ce une situation fréquente cet isolement ?
Julien Rougerie. Beaucoup plus fréquente qu’on le croit. Les recherches le démontre, les personnes LGBTQ2S+ aînées sont celles qui font le moins appel aux services sociaux et de santé. Et ce sont souvent celles qui n’ont pas de réseau familial ou amical pour leur venir en aide. Elles ont une réticence à consulter ou à faire appel toujours en raison d’une crainte de rejet, de manque de respect, de n’être pas servi équitablement ou de simplement divulguer leur orientation sexuelle ou identité de genre. Souvent, ce sont des proches LGBTQ2S+– comme Laurent le fait – qui vont intervenir, et ce n’est pas le cas de Laurent, mais ces proches partagent souvent les mêmes appréhensions ou la même défiance vis-à-vis des services.
 
C’était le cas pour ton ami ?
Laurent McCutcheon. Oui, d’une certaine façon, lui qui avait passé une grande partie de sa vie en dehors du placard, je l’ai vu y retourner une fois que nous l’avons installé dans une résidence privée pour aîné.es. Il se retrouve à seul à une table au moment des repas. Il a même un jonc à son annulaire pour faire croire qu’il a été marié. Instinctivement, il se méfie de possibles commentaires homophobes, ou de voir sa tranquillité bousculée par les autres pensionnaires. Je me suis rendu compte alors de ce que pouvait être l’extrême solitude que pourraient peut-être rencontrer les aîné.es LGBTQ2S+. 
 
Cela fait longtemps que l’on parle de porter une plus grande attention aux personnes aîné.es de nos communautés. Avec ce programme, est-ce un premier pas ?
Julien Rougerie. On peut le voir comme cela. Disons que le programme que nous mettons en place, c’est pour des proches aidants LGBTQS2 qui voudraient trouver du soutien, de l’information pour mieux intervenir auprès de leur proches. Et déjà aussi de reconnaître qu’ils ou elles le sont déjà sans s’identifier comme tel.les. Donc, il y a trois volets, tout d’abord une campagne de sensibilisation ayant pour mission de rejoindre les proches  aidants. Ce sera aussi une campagne d’information sur le concept de proche aidant. Un second portera sur des sessions de formation mensuelles destinées aux proches aidants LGBTQ2S+ pour qu’ils et elles acquièrent de meilleures compétences  et reçoivent de la formation de la part de spécialistes du travail avec les aîné.es, en santé, sur les services, l’aide aussi qu’ils et elles peuvent recevoir. En fait construire des passerelles entre les proches aidants LGBTQ2S et les services existants. Enfin, un troisième volet qui nous tient à cœur, c’est de trouver des bénévoles pour un service de parrainage avec un proche aidant afin d’éviter l’isolement dans lequel un aidant peut se retrouver. Laurent McCutcheon. Être proche aidant cela peut devenir très lourd. Si l’on pense à un.e conjoint.e qui prend soin de l’autre, sa vie change radicalement. Par l’expérience que j’ai acquise avec cet ami, je me rends compte que c’est extrêmement prenant, et qu’il y a des tas de situations dans lesquelles je dois intervenir. Dans les relations avec le CLSC dont il dépend, avec l’administration de la résidence dans laquelle il vit. Et puis, son état ne s’améliorant pas, il y aura d’autres décisions à prendre.
 
Quand on parle des responsabilités du proche aidant, on parle souvent des taches matérielles à accomplir, mais quand la personne est en perte d’autonomie intellectuelle, il y a tout un pan légal qui doit être envi-sagé, entre autres le mandat d’inaptitude.
Laurent McCutcheon. Je me suis tout spécialement occupé de cela dès qu’il a accepté mon aide. Il n’avait rien prépare en termes de succession ou en cas d’inaptitude. Et mon conjoint Pierre et moi sommes depuis ses mandataires. Pour l’instant, il n’a pas été déclaré inapte. Mais nous avons prévu bien amont le moment où cela arrivera. Pour la personne en perte d’autonomie intellectuelle, il est important de confier ce mandat à une personne de confiance qui pourra prendre les décisions dans son meilleur intérêt. 
 
Julien Rougerie. Ce qu’avance Laurent est très important. L’idée reçue veut que le proche aidant soit une personne ayant des liens familiaux avec la personne dépendante, un fils qui prend soin de sa mère ou encore un mari qui prend soin de sa femme. Et toutes les questions autour d’un mandat d’inaptitude donné à un tiers semble logique. Mais dans nos communautés, ce sont des ami.es qui comme dans le cas de Laurent qui seront des mandataires. Les questions légales seront bien sûr soulevées lors des formations mensuelles.   
 
Qu’est-ce que cela t’apporte, et à ton conjoint Pierre, très présent dans l’aide que vous apportez à cet ami ?
Laurent McCutcheon.Une fois la tristesse passée de la situation passée, il y a la satisfaction d’avoir été utile. Pas une gloire en fait, mais le sentiment d’avoir fait ce qui était juste. 
 
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Le programme débutera en septembre mais les personnes intéressées par cette initiative peuvent prendre contact avec Julien Rougerie, responsable de ce programme à la Fondation Émergence.
 
Fondation Émergence    T. 438-384-1058 www.fondationemergence.org     [email protected]