Mercredi 14 août – Fierté Montréal

Un moment avec Antony Carle

Patrick Brunette
Commentaires
Musique

«On a le droit au bonheur et je pense que je me donnais pas ce droit-là avant. Maintenant, je veux vraiment vivre chaque seconde, en profiter pleinement. Je veux m’épanouir.» Il s’appelle Antony Carle. Il est auteur-compositeur-interprète. Avec son tout premier album, il nous prouve toute l’étendue de son talent. Coup de cœur pour un artiste queer à découvrir.

Je ne le connaissais pas du tout. Avant de le rencontrer, j’ai googlé son nom. Je tombe sur ses photos. Son style androgyne me laisse supposer qu’il mise beaucoup (trop?) sur l’image. J’écoute ensuite les sept chansons de son premier album The moment. Je tombe sous le charme: belle voix chaude, arrangements musicaux de hauts calibres. J’écoute en boucle l’album. Et lorsqu’il se pointe pour l’entrevue, je découvre un être attachant, sensible, drôle et profond. Je craque!
 
Résistance 
«C’est important encore aujourd’hui d’exposer nos différences. Je ne me suis pas dit que j’allais faire un album engagé, politisé. C’est juste que moi-même, de la façon que je vis ma vie, de la façon que je m’affirme, je fais partie de la résistance en quelque sorte. Je suis politisé. Juste de vivre ma vérité, c’est une façon de montrer ma résistance.»
 
Le ton est loin d’être hargneux. Il y a de la tendresse et de la douceur dans sa voix. Mais ça n’empêche pas cet artiste de faire des chansons engagées à saveur électro-pop. Il va même jusqu’à y intégrer quelques extraits de discours homophobes! Sur la pièce Narrative, on entend la politicienne française Christine Boutin dire: «Aujourd’hui, la mode, c’est les gais. On est envahi de gais». Et sur Save face, il a choisi d’ajouter un extrait d’un discours antigai d’Anita Bryant, datant de 1973.
 
«Quand j’avais entendu les propos de Christine Boutin, j’étais outré. Presque tous les autres extraits, comme celui d’Anita Bryant, dataient des années 70. Je trouvais du réconfort en me disant que ça datait de quelques décennies. Alors que Boutin, c’est récent.»
 
Malgré son jeune âge (dans la vingtaine), Antony s’est posé beaucoup de questions par rapport à son histoire en tant que membre de la communauté LGBTQ+. «Je me suis intéressé à ce qui s’est passé dans les années 70 aux États-Unis. J’ai consulté des archives, comme le discours historique de Sylvia Revara, une militante trans qui a parlé au Liberation Rally, en 1973, pour défendre la cause des femmes trans. À l’époque, c’était deux causes séparées: les gais et les trans. Il n’y avait pas tant de support pour la communauté trans. Aujourd’hui, je trouve que c’est encore comme ça. On est encore divisés. Ça m’intéressait de voir le chemin qu’on a fait en tant que communauté.»
 
S’il avoue que la communauté LGBTQ+ a fait beaucoup de chemin depuis les émeutes de Stonewall en 1969, il insiste pour qu’on ne baisse pas les bras et qu’on continue les revendications. «Aujourd’hui, on a la chance d’avoir une voix, faut l’utiliser à bon escient. Moi je suis avantagé: je suis blanc, pas trans. Faut pas juste mener le combat juste pour soi.» Et c’est d’ailleurs la cause des trans qui lui tient le plus à cœur. «Ces personnes ont de la difficulté à trouver leur place en société, pas parce qu’elles ne s’affirment pas, mais à cause des résistances de la société. J’en ai côtoyé beaucoup et j’ai envie de faire partie de ce mouvement-là, non pas parce que c’est "trendy", mais parce que c’est important. Parce que moi-même, cette recherche identitaire, je l’ai eue.»
 
Queer 
Originaire de Trois-Rivières, Antony a quitté le nid familial alors qu’il n’avait que 16 ans. «J’ai fait une vidéo de moi annonçant à ma famille que j’étais gai et je suis parti. J’étais incapable de gérer leurs réactions. Je me disais qu’au moins, ils n’auraient pas à faire semblant de pas être affectés par ça.» Ses craintes ne se sont pas réalisées. « Finalement, c’était correct. Je ne savais pas à quoi m’attendre. C’est toujours de l’inconnu pour tout le monde, le coming-out. Maintenant, je me sens épanoui. Toute ma famille m’accepte.»
 
Depuis le lancement de l’album en mai dernier, il est quelque peu troublé d’avoir à se définir autant par les journalistes qui cherchent à comprendre qui il est. «Je joue beaucoup avec les genres. Le terme queer me définit bien.  Je suis quelqu’un de fluide. Je ne suis pas insulté si on me définit comme un il ou une elle. Je suis juste quelqu’un qui s’amuse, qui suit ses instincts.»
 
Il s’intéresse beaucoup à la mode. Son look fait tourner les têtes. Il reçoit des commentaires positifs et négatifs. «Enfant, ça m’affectait plus. Je me suis endurci avec les années. Je choisis de vivre comme ça et je suis confortable comme ça. Parfois, je me fais dire dans la rue que je suis brave. Je trouve ça étrange.» Visiblement, il se sent bien dans ses fringues autant que dans sa peau.
 
Musique
Enfant, il se voyait chanteur. Dès l’âge de trois ans, il chantait dans les églises. Adolescent, il s’inscrit en chant au collège Sainte-Thérèse, mais ne termine pas sa formation: «J’ai pas été capable de finir. Je trouvais qu’on essayait de nous modeler pour être tous pareils.»
 
Il revendique haut et fort sa différence. Et ça marche. Après avoir fait partie du duo Nouvel Âge, le voici en mode solo avec sept chansons originales sur The moment. Un album qui, en plus d’être une réflexion sur notre évolution en tant que communauté, parle aussi de la quête d’un artiste vers la réussite.
 
«Cet album-là, c’est une naissance pour moi. Je veux qu’à travers ma musique, les gens se sentent en sécurité, qu’ils se sentent inspirer à créer. Si les gens se sentent connectés à ma musique, c’est juste ça qui est important.»
 
 




Carole Méthot

3 chansons qui te définissent
 
• BUT YOU, EVERYBODY IS
«Les gens pensent que ça parle d’identité, mais ça parle davantage d’accomplissement de soi. Ça me représente bien. C’est la première chanson que j’ai écrite. J’avais envie de créer quelque chose. Mais je réalisais que la seule personne qui ralentissait ce processus-là, c’était moi. Donc, j’ai décidé d’arrêter d’en parler et de le faire!»
 
 • SAVE FACE
«Ça représente la persévérance. Je me perçois comme quelqu’un qui a un but en tête et qui persévère.»
 
• Narrative
«C’est la pièce qui ouvre l’album. Des fois, on est un peu victime du climat dans lequel on vit. On se fait imposer de vivre d’une certaine façon. Cette chanson représente l’introspection, de se dire je fais ces choix-là pour moi. Cette chanson a eu un effet libérateur pour moi.»
 
-----
 
ANTONY CARLE sera du spectacle gratuit VAGUE présenté le MERCREDI 14 août 2019, sur la Scène TD du Parc des Faubourgs.  www.fiertmtl.com