Archives des mouvements LGBT+ d’Antoine Idier

Une histoire occultée de luttes et de résistances

Denis-Daniel Boullé
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UNE HISTOIRE OCCULTÉE DE  LUTTES ET DE RÉSISTANCES

Antoine Idier, en se penchant sur des archives privées et publiques, remet sous la lumière une histoire occultée, celle des mouvements de luttes et de résistances de minorités sexuelles en France de 1890 à nos jours.

livre LGBT+Un livre d’images, un livre d’histoire aussi avec un grand H, et une réflexion sur la mémoire, la lecture que nous faisons du passé, et bien entendu une recherche sur le point de vue historique des groupes minoritaires. Si l’iconographie de l’ouvrage d’Antoine Idier est riche et parlante, l’introduction ainsi que les textes qui accompagnent les photos le sont tout autant. D’où la nécessité de ces allers-retours entre l’écrit et le visuel.
 
Pourquoi à partir de 1890? Parce que nombreux.ses sont celles et ceux qui voient en cette fin de siècle la première construction de l’identité homosexuelle. Une identité qui va se déployer à travers le siècle suivant, mouvante, changeante mais toujours marquée par le seau de la condamnation morale et juridique. «À travers les archives que j’ai consultées, il s’agit de retrouver les voix minoritaires effacées, en tout cas que l’on ne retrouve pas dans l’histoire officielle dominante», explique Antoine Idier, rejoint en France.
 
«C’est inscrire mes pas dans la redécouverte de cette histoire oubliée et initiée par d’autres. Je pense à Michel Foucault bien entendu, à Monique Wittig ou à Guy Hocquenghem. Se pose alors la question de la lecture que nous faisons de ces archives, ou encore du choix de celles retenues pour le livre».
 
Il existe une abondance d’archives, d’autant plus nombreuses lorsque qu’on arrive à la période contemporaine. Un choix qui peut s’avérer difficile, puisque tout document reste toujours un témoin et un marqueur de l’époque qu’il faut déchiffrer, contextualiser, et réinterpréter. L’auteur a délibérément choisi tout ce qui touchait à la représentation de l’homosexualité comme transgression sociale ou encore comme résistance aux différents pouvoirs, des ébauches d’autres modalités de penser l’homosexualité ou de se penser.
 
«Le livre montre comment se développe une contre-culture avec ses propres lieux, ses propres références et imaginaires. Je pense aux publications qui rejoignent et permettent aux gais, aux lesbiennes, aux personnes trans de se reconnaître et de s’identifier. Elles deviendront des points centraux d’une culture LGBTQ en devenir, avance Antoine Idier, par exemple, mais aussi des mouvements de contestation des années soixante-dix, avec le FHAR (Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire), ou quelques années plus tard avec le sida.»
 
L’ouvrage abondamment illustré se déploie de façon chronologique, met l’accent sur des périodes charnières, comme les Années folles de l’entre-deux-guerres, l’apparition d’Arcadie, sans oublier les photos du Baron von Gloeden qui font partie de la mémoire LGBT collective, même si elles suscitent de la controverse.
 
Un ouvrage indispensable pour comprendre notre histoire et nos histoires, des petites comme des grandes et, comme l’avance Antoine Idier dans la préface, décider que «se saisir des archives, c’est refuser de laisser aux autres le privi-lège épistémologique d’écrire l’histoire, c’est se dresser contre une dépossession! » 
 
«Archives des mouvements LGBT+, Une histoire des luttes de 1890 à nos jours», Antoine Idier, Éditions Textuel, 2019

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