Gala Phénicia — Martin Hamel

«Fugues est un véritable succès»

André-Constantin Passiour
Commentaires
Martin Hamel
Photo prise par © Michel Bazinet

Comme vous l’avez peut-être lu dans l’article sur la remise des prix durant l’édition du 15e anniversaire du Gala Phénicia, Martin Hamel, fondateur de Fugues, a reçu un hommage reconnaissant son apport à la création de ce média.

Martin Hamel a été l’éditeur de Fugues pendant 18 ans. Humble et modeste, Martin Hamel n’aime pas parler de lui et des débuts difficiles du magazine. Pourtant, Martin Hamel se livre un peu et se dit extrêmement honoré. Avec peu de moyens — en fait toutes ses économies de l’époque —, il a fait imprimer le tout premier magazine en avril 1984. 
 
Il se rappelle que certains commerces ne voulaient pas annoncer dans la revue de peur d’être étiquetés comme un établissement gai. «C’était une période vraiment difficile. Par conséquent, il n’y avait que les bars et les saunas qui annonçaient dans le Fugues dans les premières années», évoque Martin qui provient d’une famille ayant œuvré dans l’industrie du camionnage. «Combien de fois j’ai été cogner à la porte de grandes entreprises. Ils étaient polis, mais c’était presque toujours un refus de leur part. Les grandes entreprises ont longtemps hésité à s’associer à la communauté. On ne voulait pas que les gens pensent que c’est un produit ou un service de "tapettes"… Aujourd’hui, on a Aires Libres qui a Labatt comme partenaire majeur. Cela aurait été impensable au début des années 1980, et ce, même si les responsables savaient que les hommes gais consommaient pas mal de bière dans les bars. Il n’était pas question que l’on s’affiche ouvertement avec quelque chose de gai! Les temps ont bien changés et c’est tant mieux…»
 
En assistant au Gala Phénicia, Martin Hamel n’en croyait pas ses yeux. «J’y ai vu des tables réservées par Hydro Québec, par les institutions bancaires, etc. J’ai constaté combien c’est différent de l’époque où les gens prenaient leur Fugues à la hâte, en secret… de peur de s’identifier comme ouvertement gais.»
 
«J’ai vu au Gala combien nous avions avancé en tant que société, combien la communauté LGBT a gagné en termes de liberté et ce, même si rien n’est acquis dans le monde, comme on peut encore le voir à l’international, confie Martin Hamel. J’ai aussi été impressionné d’y croiser autant de politiciens, d’y voir le premier ministre Justin Trudeau. J’ai voyagé dans bien des pays, il est rare de constater une telle ouverture de la société et des élus.»
 
«On souligne cette année les 50 ans du début de la décriminalisation de l’homosexualité, poursuit le retraité. Fugues a commencé seulement 15 ans après le Bill omnibus. Et les choses n’avaient pas tant changées que ça, il y avait encore passablement de discrimination. Avec d’autres, comme Gai Écoute ou la Fondation Émergence, fondés par Laurent McCutcheon, et comme le GRIS-Montréal, Fugues a contribué à faire ainsi évoluer les mentalités.» Ce que lui rappelle ce prix, ce sont ces gens, ces hommes qui, ayant mis la main sur un exemplaire de la revue, témoignaient régulièrement leur gratitude que Fugues leur faisait constater qu’ils faisaient partie d’une plus grande communauté. 
 
Mettant les choses en perspectives, constatant tous les changements amenés par l’apparition d’internet qui a modifié tout le paysage de la consommation, et voyant les conditions économiques actuelles, Martin Hamel est fier de voir que Fugues est encore là. «Bien des médias écrits sont tombés. Alors de voir que le Fugues est encore imprimé, avec ce qu’il a à offrir en termes de qualité des articles et des sujets traités, c’est vraiment bon, très bon!», s’exclamera-t-il avec un très large sourire. «Fugues est un véritable succès canadien si on considère le nombre de copies imprimées. On a vu comment Xtra, dans le reste du Canada, ou même Têtu, en France, ont traversé bien des difficultés. Et la présence importante de Fugues sur le web avec son site et sur les réseaux sociaux, est la preuve que le média a su s’adapter. Et j’en félicite toute l’équipe actuelle». En 2002, après avoir été à la barre des Éditions Nitram, Martin Hamel quittait ses fonctions pour profiter de la vie. Depuis, au volant de son véhicule récréatif, il sillonne les routes.