Jusqu’au 15 septembre 2019

L’élégance du Polaroid, entre art et science

Yves Lafontaine
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Sahin Kaygun | Buttock 1983

Du 13 juin au 15 septembre, le Musée McCord présente le Projet Polaroid – Art et technologie, une expo rétrospective d’envergure internationale qui ravira l’amateur de photos en vous.

polaroidÀ la fois image et outil merveilleux, le Polaroid demeure, dans l’imaginaire collectif, synonyme d’innovation, d’efficacité et de loisir. Un éclair, un clic et quelques secondes plus tard, sans chambre noire ni négatif, une photo instantanée apparaît dans son cadre blanc familier, comme par magie. Bien qu'il y ait eu des processus Polaroid impliquant des négatifs, la plupart des gens associent la marque à des impressions uniques, symbole du moment unique et incomparable capturé. Le charme de capturer le spontané ainsi que la rapidité de traitement ont rendu le Polaroid populaire auprès des amateurs et des professionnels.
 
Des artistes de renommée mondiale ont façonné l'esthétique d'une époque grâce à l'utilisation de la photographie instantanée. Il y avait une joie palpable dans l’expérimentation, avec des caméras allant du classique SX-70 aux polaroïds grand format qui pouvaient être utilisés pour créer des images abs-traites, des détails intérieurs, des scènes de rue, des paysages, des natures mortes et des portraits.
 
«L’invention du Polaroid est un procédé photographique ayant largement ins-piré les démarches créatives de photographes et d’artistes de Montréal et d’ailleurs», rappelle Hélène Samson, conservatrice de la collection Photographie du Musée McCord. «L’exposition montre l’influence de cette technologie et présente une multitude d’œuvres à l’approche très créative.»
 
L’affinité de l’artiste pop Andy Warhol avec le Polaroid ne devrait pas surprendre: la photo instantanée était parfaitement adaptée aux mondes éphémères de la culture de la consommation et de la mode dans lesquels il s’est installé et qu’il a lui-même contribué à définir.
 
Tandis que Richard Hamilton retouche ses polaroïds picturaux, Dennis Hopper utilise le Polaroid pour faire des recherches dans ses films - par exemple dans la série Colors, dans laquelle il documente la scène du graffiti et du street art à Los Angeles dans les années 1980. Les artistes Anna et Bernhard Blume ont utilisé des photos instantanées, non pas en tant que photos individuelles, mais souvent dans le cadre de séries plus vastes d'autoportraits performatifs.
 
L’impressionnante exposition présente le phénomène Polaroid dans toute sa diversité, avec un aperçu unique de nombreuses collections Polaroid aux États-Unis, en Europe et au Canada, y compris des œuvres de Nobuyoshi Araki, Sibylle Bergemann, Chuck Close, Guy Bourdin, Barbara Crane, David Hockney, Robert Mapplethorpe, Robert Rauschenberg, Erwin Wurm et bien d’autres encore, ainsi que des modèles d’appareils photo, des concepts et des prototypes pour la technologie photo innovante.
 
Dans son programme de soutien aux artistes, Polaroid a poursuivi le travail de nombreux artistes en les équipant d'appareils photo et de films. Les échanges entre les artistes et la société Polaroid ont été à la base de la spectaculaire collection Polaroid, à Cambridge, dans le Massachusetts et à Amsterdam, qui connaît une croissance rapide.
 
 
Les visiteurs pourront ainsi admirer le travail de Louise Abbott, de Benoît Aquin et de Charles Gagnon. Les œuvres Polaroid de Louise Abbott, ajoutées à l’exposition, consistent en un corpus de six photographies réalisées à cette occasion, comprenant entre autres un portrait de la photojournaliste Mary Ellen Mark. L’exposition présente aussi une série de photographies de Benoît Aquin explorant l’univers des travailleuses du sexe à Montréal, pièces sur lesquelles ces femmes sont elles-mêmes intervenues, par le biais de l’écriture. Pour la conservatrice Hélène Samson, l’expo est «une magnifique occasion de mettre l’accent sur l’importance de la photographie au Musée McCord, en intégrant àl’exposition des corpus d’artistes montréalais, connus, entre autres, pour leur expérimentation avec le Polaroid».
 
Pendant trois années, Charles Gagnon a fait quotidiennement du Polaroïd un lieu d’exploration, par l’étude des formes et des lignes. L’exposition met d’ailleurs en relief une de ses nombreuses séries témoignant de ses recherches formalistes. Malgré la tendance à la numérisation et la faillite de Polaroid en 2009, la marque est récemment revenue sous le nom de The Impossible Project, avec ses produits rebaptisés Polaroid Originals, reflétant le retour de la photographie instantanée. Un désir impérieux, le plaisir de la qualité tactile de l’image en tant qu’objet et une certaine nostalgie face au déluge quotidien d’images électroniques: tous ces facteurs ont conféré à la photographie instantanée un attrait nouveau et irrésistible, même pour les plus jeunes.
 
L’exposition, présentée à Montréal en exclusivité canadienne, propose avec élégance entre l’art et la science de ce qu’est le Polaroid, et sa portée est absolument approfondie. Une excellente expo, non seulement pour les passionnés de Polaroid, mais aussi pour tous ceux qui s'intéressent de près à l'histoire de la photographie. 
 
LE PROJET POLAROID – ART ET TECHNOLOGIE 
Au Musée McCord, jusqu’au 15 septembre 2019