Hommage

Laurent McCutcheon s’éteint

Yves Lafontaine
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Laurent McCutcheon
Photo prise par © Laurent McCutcheon

Le militant des droits LGBT Laurent McCutcheon s’est éteint à l’âge de 76 ans, le jeudi 4 juillet, après avoir reçu l’aide médicale à mourir. 

Son conjoint, Pierre Sheridan, en a fait l’annonce, vendredi matin, sur les réseaux sociaux.

«Laurent et moi tenons à souligner le rôle exceptionnel de l’équipe de soins palliatifs à domicile du CLSC des Faubourgs. Le médecin Stephen DiTommaso et l’infirmière Corinne Boussin ont fait preuve d’un soutien médical et moral rassurant au cours des dernières semaines alors que la santé de Laurent déclinait peu à peu. Leur présence discrète, respectueuse et empathique, ainsi que celle de l’infirmier Jean-Michel Dart, lors de l’administration de l’aide médicale à mourir, a permis à Laurent de vivre une fin de vie dans la dignité, sereinement et sans souffrances» a écrit Pierre Sheridan sur Facebook, qualifiant Laurent d’«amour de sa vie» 

Le septuagénaire avait reçu un diagnostic de cancer à la fin décembre 2016.

Cadre supérieur de la haute fonction publique

Né à Thetford Mines en décembre 1942, Laurent McCutcheon a eu une longue carrière professionnelle qui débute à Montréal en 1964 en éducation auprès des jeunes en difficultés. Par la suite, il fera carrière dans la haute fonction publique québécoise comme cadre supérieur. En 1972, il est nommé directeur régional de l’Aide sociale pour la région de l’Estrie. En 1980, il devient directeur général de l’administration de l’Office des services de garde à l’enfance. Il sera ensuite nommé, en 1985 vice-président et juge administratif de la Commission d’appel en matière de lésions professionnelles (CALP). En 1998, il devient le premier président du Conseil de la justice administrative, nouvel organisme du gouvernement du Québec qui veille au respect de la déontologie des juges administratifs. Laurent McCutcheon est retraité depuis 2009

Engagement communautaire

Laurent McCutcheon s'est fait connaître pour son rôle majeur dans l’évolution des droits des personnes LGBT, en tant que président de la ressource d’aide Gai Écoute (aujourd'hui renommée Interligne) pendant plus de 30 ans. Il a aussi été vice-président de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité (AQDMD), en plus d’avoir créé la Fondation Émergence en l’an 2000, qui a donné naissance à la Journée nationale de lutte contre l’homophobie. Celle-ci est maintenant célébrée à travers la planète.

S’il y a quelqu’un au Québec dont une réalisation reflète une nette préoccupation face au respect des droits et libertés de la personne ou dont le leadership en la matière mérite d'être cité, c’est bien Laurent McCutcheon.

Le parcours d’un militant

Militant actif depuis une quarantaine d’années. M. McCutcheon a, dès le début, inscrit sa démarche dans un objectif de changement sociétal. Vivant publiquement son orientation homosexuelle, il a pris part aux premières marches au Québec, malgré l’accueil hostile qui leur était réservé. Ses engagements et ses combats pour la reconnaissance des droits des homo-sexuels ont contribué à obtenir plusieurs changements significatifs, tant dans le domaine législatif que du point de vue des perceptions sociales de l’homosexualité.  

Il a d'abord fait carrière dans le monde de l’éducation pour ensuite gravir les échelons de la haute fonction publique québécoise. Publiquement connu comme homosexuel à la fin des années 1970, il s’est au même moment engagé dans le bénévolat et le militantisme pour défendre les droits de sa communauté et développer des services spécialisés. Son engagement a pris véritablement forme avec Gai Écoute qu'il présidera pendant 31 ans. 

Au cours des années 1990, Laurent McCutcheon interpelle le gouvernement sur la question sensible du suicide chez les homosexuels. Il convainc le ministre de la Santé et des Services sociaux de confier au professeur Michel Dorais de l’Université Laval la réalisation d’une étude sur cette délicate question au sein de la communauté homosexuelle. Il en résulte un ouvrage, Mort ou fif, dont les conclusions révèlent que les garçons homosexuels sont plus exposés au risque de s’enlever la vie que leurs pairs hétérosexuels. Par la suite, le Ministère considérera que les personnes homosexuelles constituent un groupe à risque de suicide dans son plan d’action en santé mentale. 

À titre de vice-président de l’action sociopolitique de la Table de concertation des gais et lesbiennes du Québec, il a initié en 1998 la Coalition pour la reconnaissance des conjoints et conjointes de même sexe où pour la première fois, les organismes de la société civile se joignaient au mouvement gai et lesbien. Il en sera le porte-parole. L’action de l’organisme concourt à l’adoption, au Québec, d’une loi reconnaissant les unions de fait entre conjoints de même sexe, dès l’été 1999. 

À la suite de ce premier succès, Laurent McCutcheon reste engagé dans la mobilisation de la communauté pour la reconnaissance du mariage civil des personnes de même sexe. 

Le combat contre l’homophobie est un autre cheval de bataille de Laurent McCutcheon. Sous l’impulsion de la fondation Émergence, qu’il a créé en 2000, une journée nationale de lutte sur ce thème est organisée au Québec, le 4 juin 2003. Avec l’aide de plusieurs associations et groupes communautaires, l’initiative sera reprise d’abord en Europe puis dans d’autres pays pour devenir la Journée internationale de lutte contre l’homophobie. Elle se tient désormais chaque année, le 17 mai. 

Il est aussi à l’origine de la Politique québécoise de lutte contre l’homophobie adoptée par le gouvernement du Québec en 2009.

Militant de premier plan, il est de tous les combats et il utilise toutes les tribunes pour faire reconnaître le droit à la diversité sexuelle. Il a présenté de nombreux mémoires aux différentes commissions parlementaires canadiennes et québécoises et il a prononcé plusieurs conférences. 

Laurent McCutcheon se consacrait aussi à une réalité homosexuelle méconnue, celle des personnes âgées avec leus difficultés particulières. En mars 2007, Fugues lui consacrait d’ailleurs sa page couverture pour souligner son travail sur les réalités des aînés de la communauté. 

De prestigieux prix soulignent son apport à la reconnaisse de la diversité sexuelle dont le Prix Droits et Libertés 2007 remis par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec et le Prix Justice du Québec 2010, la plus haute distinction remis par le ministre de la Justice, pour sa contribution à l’égalité de droits.

Depuis 2014, le Prix annuel de lutte cotre l’homophobie porte son nom.

Peu de personnes au Québec ou au Canada peuvent présenter une feuille de route aussi impressionnante sur toutes les questions liées aux droits LGBT. Si le Québec fait figure de pionnier dans le monde en ayant accordé l’égalité juridique aux personnes gaies et lesbiennes, on le doit, entre autres, à ce grand bâtisseur, à son courage et à sa détermination.

Nos pensées et nos sympathies vont à son mari, Pierre Sheridan et à tous leurs proches.

 

La Fondation Émergence, en partenariat avec Interligne (anciennement Gai Écoute) et Carré Rose, organise une vigile pour honorer le parcours militant de Laurent McCutcheon. Elle aura lieu ce jeudi 11 juillet de 18 h à 19 h au Parc de l’Espoir, au coin des rues Sainte-Catherine et Panet.

 

Voici l’évènement Facebook dédié à cette vigile : https://www.facebook.com/events/909503486088833/

 

Dans un deuxième temps auront lieu les funérailles. Elles auront lieu ce samedi à l’église Saint-Pierre Apôtre, située au 1201, rue de la Visitation. La cérémonie commencera à 11h, mais vous pouvez venir vous recueillir à partir de 9h30.Seront sur place pour dire un dernier au revoir à Laurent McCutcheon: Mme la Ministre de la Justice du Québec, Sonia Lebel, Réal Ménard, Dany Turcotte, Monique Giroux, George L’Espérance (président de l’AQDMD), Johanne Audet (présidente d’Interligne), Patrick Desmarais, ainsi que les proches de Laurent McCutcheon et différents membres de nos communautés.