Région de QUébec

Un Nouvel éloge de la diversité sexuelle pour Michel Dorais

Éric Whittom
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Michel Dorais
Photo prise par © Éric Whittom

À l’occasion de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie du 17 mai, le sociologue de la sexualité Michel Dorais a publié une révision en profondeur de son ouvrage Éloge de la diversité sexuelle initialement paru en 1999.

Nouvel éloge de la diversité sexuelle est le trentième livre que publie ce professeur et chercheur de l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval. En entrevue à Fugues, il fait remarquer que c’est l’un des rares ouvrages francophones, basés en particulier sur des données scientifiques, à faire le point sur les divers aspects de la diversité sexuelle et de genre (sociologique, psychologique, anthropologique, biologique). Il déplore que plusieurs faussetés soient encore véhiculées, notamment sur le Web, par exemple sur les personnes transgenres, trop souvent associées aux travestis, alors que ce sont des réalités différentes.
 
Michel Dorais a décidé d’actualiser son livre sur la diversité sexuelle et de genre en constatant que tous les exemplaires de son Éloge de la diversité sexuelle s’étaient écoulés (environ 4000 exemplaires) et que les réalités LGBTQ+ avaient énormément évolué depuis vingt ans. «Par exemple, il y a aujourd’hui deux à trois fois plus de jeunes qui se disent LGBTQ+: les chiffres atteignent parfois les 20%! Le vocabulaire même pour parler du sexe, du genre et de la sexualité s’est beaucoup élargi, au point que les gens ont parfois de la difficulté à s’y retrouver. J’ai donc voulu aider à comprendre et faire comprendre la diversité sexuelle et de genre aujourd’hui», explique-t-il.
 
La communauté LGBTQ+ doit demeurer vigilante
Son bilan des vingt dernières années sur l’acceptation d’une diversité sexuelle au Québec est positif. Il cite les avancées suivantes: la possibilité pour les couples de même sexe de se marier civilement, d’avoir ou d’adopter des enfants, et la possibilité pour les personnes trans de changer la mention du sexe et, s’il y a lieu, leur prénom figurant à leur acte de naissance. Toutefois, l’auteur suggère à la communauté LGBTQ+ de demeurer vigilante. «Au Québec, nous avons progressé, encore que des pas restent à faire. Par exemple, plusieurs parents s’opposent pour des motifs religieux à ce que l’on parle des réa-lités LGBTQ+ dans les nouveaux cours d’éducation à la sexualité. Et des écoles ne savent pas comment réagir. Il y a de la difficulté à reconnaître que les questions LGBTQ+ sont des questions de droits de la personne, de respect de soi et des autres que tous les futurs citoyens et citoyennes doivent connaître».
 
La nouvelle édition comprend 75% de contenu nouveau, notamment quatre encadrés de la bio-logiste Sophie Breton (Les comportements homo-, bi-, pansexuels chez les animaux, Y a-t-il un genre chez les animaux? Etc.) et un lexique détaillé de la diversité sexuelle et de genre. «Il y a beaucoup plus de diversité dans la diversité elle-même, ce qui fait qu’il y a plus de choses à expliquer, par exemple la différence entre le sexe et le genre, les deux étant souvent confondus. J’ai aussi réservé plus de place pour parler de la fluidité et de la pluralité des identités. Enfin, j’ai mis à jour et intégré un texte sur la recherche “causes”, qui sert hélas encore à blâmer les gens.» En publiant cet ouvrage, il souhaite sensibiliser et donner des outils aux gens, en parti-culier aux jeunes pour qu’ils puissent «se faire entendre et comprendre». Les professionnels de la santé et des services publics pourront aussi se renseigner sur des réalités parfois méconnues. «Je ne peux pas forcer les gens à accepter les réalités de la diversité sexuelle et de genre, mais je peux leur donner à réfléchir», dit-il.
 
L’intégrisme religieux, principal obstacle à la diversité sexuelle
Selon lui, l’intégrisme religieux reste encore le principal obstacle à l’acceptation d’une diversité sexuelle dans la société. «Les préjugés, les tabous, les intégrismes, en particulier religieux, désignent la diversité comme un mal à combattre, ce qui donne libre cours à de l’ostracisme et à de la violence envers les jeunes en particulier. Nous avons besoin de nous armer l’esprit pour combattre la désinformation et les discours méprisants sur les réalités LGBTQ+.» Quel chemin reste-t-il à parcourir pour une meilleure acceptation d’une diversité sexuelle au Québec et ailleurs dans le monde? À son avis, on tient trop pour acquis certains droits obtenus après de longues revendications. «Beaucoup de chemin encore reste à faire, surtout si on pense qu’un pays sur trois criminalise l’homosexualité et d’autres aspects de la diversité sexuelle et de genre. Le Québec a été jusqu’à présent un modèle, et doit le rester, raison pour laquelle, la vigilance non seulement intellectuelle, mais aussi militante est de mise. Certains pays, comme les États-Unis, ont vécu des reculs importants ces derniers temps [par exemple, sur l’acceptation des personnes trans dans l’armée]. Conséquemment, rien n’est jamais acquis, même dans un pays comme le Canada.»