RETOUR SUR LES FRANCOS

La Renarde, sur les traces de Pauline Julien

Julie Vaillancourt
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le renard

Mettant en scène l’album éponyme, sorti en février dernier, le spectacle La Renarde, sur les traces de Pauline Julien rend hommage à l’icône de la chanson québécoise. Présenté dans le cadre des FRANCOS, l’hommage se voulait émouvant en les murs de la maison symphonique.

Importante figure du mouvement souverainiste et féministe, Pauline Julien saura faire raisonner les mots, pour faire chanter ses émotions et ses revendications. Bien qu’elle se produira sur les plus grandes scènes d’Europe et du Canada jusqu’à la fin des années 80, son répertoire se compose presque uniquement de chansons d’auteurs québécois (Raymond Lévesque, Jean-Paul Filion, Gilbert Langevin), composées par de grands noms de la chanson francophone (François Dompierre, Claude Dubois, Stéphane Venne, Robert Léger, Gerry Boulet). 

Après s'être produite sur scène aux quatre coins du Québec cet hiver, la troupe du spectacle La Renarde, sur les traces de Pauline Julien était de retour dans la métropole pour les FRANCOS. Sans conteste, une impressionnante brochette d’artistes se côtoyait sur scène, où musiciennes firent vibrer la salle de la maison symphonique qui, malgré ses qualités acoustiques impressionnantes, se prête mois bien aux sons pop/électros. On y préférera les performances plus classiques ou les interprétations piano/voix. Après le « Je vous aime » d’ouverture chanté par la talentueuse (et infatigable) France Castel, chanteuses, comédiennes et musiciennes se succédèrent sur scène pour nous faire découvrir (ou redécouvrir) le répertoire de Pauline Julien. Les Erika Angell, Émilie Bibeau, Isabelle Blais, Fanny Bloom, Sophie Cadieux, Fannie Holder, Louise Latraverse, Amélie Mandeville, Queen Ka, Virginie Reid et Laurie Torres, s’exécutent accompagnées du coeur de l’école secondaire Joseph-François Perreault. 

Si l’interprétation (jouée et chantée) est parfois inégale, de la part de certaines interprètes (moins polyvalentes vocalement), on y interprète somme toute de grands classiques du répertoire. Mentionnons les interprétations nées de la complicité de Pauline Julien avec l'auteure-compositrice-interprète française Anne Sylvestre, Une sorcière comme les autres ou encore Gémeaux croisées. Ces numéros sont d’ailleurs parmi les plus marquants: Fanny Bloom excelle dans son interprétation de Une sorcière (ainsi que du classique La Manic), alors que Sophie Cadieux et Émilie Bibeau se donnent la réplique avec un rythme comique des plus effréné sur la pièce Gémeaux croisées. Si l’univers exploré est original et motive la prise de parole, on aurait aimé voir une mise en scène d’Ines Talbi, plus inventive. Si les mots se suffisent à eux-mêmes, la redondance de la mise en scène (où chaque interprète s’avance pour faire son tour de chant, devient lassante). 

Vingt ans après la mort de Pauline Juline, c’est à Ines Talbi que l’on doit l’idée originale, celle de revisiter le répertoire de Pauline, sur scène et en musique. Ce sera aussi le cas du documentaire Pauline Julien, intime et politique de Pascale Ferland (2018), et de la pièce ColoniséEs d’Annick Lefebvre (2019). La grande dame de lettre, atteinte d’aphasie dégénérative à partir des années 80, s’enlève la vie à l’âge de 70 ans. Si La Renarde, sur les traces de Pauline Julien possède quelques failles, il n’en demeure pas moins qu’il constitue un hommage nécessaire et vibrant à l’une des figures ayant façonné le Québec. « Je me souviens », de Pauline Julien.

La Renarde, sur les traces de Pauline Julien sera présenté à nouveau le 21 septembre prochain à la Salle Pauline Julien à Sainte-Geneviève.