RETOUR SUR LE FESTIVAL INTERNATIONAL DE JAZZ DE MONTRÉAL

Retour en musique sur le 40e anniversaire

Julie Vaillancourt
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Festival de Jazz

Depuis la première édition du festival dans les années 80, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. À n’en point douter, cette célébration musicale a su façonner la façon de voir, d’entendre et de vivre la métropole en période estivale. Pour moi, comme plusieurs Montréalais et touristes venus du monde entier, Montréal en été devient synonyme du jazz, de découvertes musicales, de sons et de mélodies, d’ici et d’ailleurs. Retour sur quelques coups de coeur de cette 40e édition.

C’est nécessairement sur des airs de célébration que la Place des Festivals s’est ouverte aux festivaliers, le 26 juin dernier, alors qu’on leur proposait la soirée Funk it Up, avec une ambiance festive où le groupe montréalais funk-jazz-soul The Brooks, accompagnés des chanteurs et chanteuses Marie-Christine Depestre, Kim Richardson, Elizabeth Hanley, Alan Prater, Franck Julien et Fredy V, ont fait danser les festivaliers sur les grands succès d’Aretha Franklin, Ray Charles, Stevie Wonder, Diana Ross, Etta James, The Temptations, James Brown, Parliament, The Commodores, Kool & the Gang et Prince. 

 

Nikki Yanofsky

C’est en grande pompe que la programmation en salle présentait le 27 juin, l’incomparable Norah Jones. Le spectacle affichait complet, alors que la New-Yorkaise est une habituée du festival. Si sa dernière présence remonte à mai 2017, dans le cadre de la série Jazz à l’année pour sa tournée Day Breaks, rappelons qu’elle avait marqué les esprits en clôturant la 33e édition de l’événement en 2012. Chaque fois qu’elle monte sur scène, elle réaffirme son talent d’auteure-compositrice-interprète, qu’elle soit derrière le micro, le piano ou sa guitare. Avec sa personnalité discrète et ses interprétations sensibles, elle demeure mystérieuse. C’est d’ailleurs face à un public sous son charme et son magnétisme qu’elle a interprété ses plus grands succès, de Come Away With Me à Don’t Know Why, en passant par Sunrise, sans oublier les pièces de son plus récent album, Begin Again. 

La salle Wilfrid Pelletier de la place des arts fut également l’hôte du groupe canadien Blue Rodeo, le 28 juin dernier. Formé en 1984 à Toronto, le groupe a une longévité presque aussi impressionnante que le Festival de Jazz lui-même! Et leurs quatre millions d’albums vendus au fil des 35 dernières années prouvent que leur son country rock a su séduire les fans. Si les deux leaders du groupe, Jim Cuddy et Greg Keelor, ont vu partir et venir plusieurs musiciens au sein de la formation, celle-ci n’a jamais perdu sa cohésion; si batterie, basse, harmonica, double neck guitar et mandoline se conjuguent, mentionnons l’excellent claviériste Mike Boguski. C’est à la plus grande joie des spectateurs que le groupe a interprété les chansons Railroad, Disappear, Bad Timing et la touchante et vocalement splendide, After the rain, sans oublier les succès de leur plus récent album 1000 Arms.

La première partie de Blue Rodeo fut assumée par Elisapie Isaac. Si, à priori, ce choix peut paraitre incongru, il s’avère judicieux. Fière ambassadrice de la culture inuite, Elisapie est venue présenter les pièces de son dernier opus The Ballad of the Runaway Girl, où textes poétiques, chant de gorge, se mélangent à une musique rock, parfois mystérieuse, où elle raconte ses souvenirs, sujets de ses musiques et du lieu de son enfance au Nunavik. 

 

Léonie Gray

Puisque le Festival de jazz s’avère toujours un lieu de découverte, La Force en fut une. Connue en tant que membre du groupe pop-rock électronique Broken Social Scene, la Montréalaise Ariel Engle assurait la première partie de Feist, en Europe, avec son projet solo: La Force. Accompagnée de son batteur sur scène et de sa guitare, la chanteuse impressionne de par sa voix, son jeu de guitare et son assurance. On espère déjà un autre album. Parlant de découverte, le 29 juin, j’ai eu l’occasion de redécouvrir celle que j’avais découverte au festival il y a de cela 13 ans. Alors âgée de 12 ans, Nikki Yanofsky avait soufflé les spectateurs de la Place des Festivals avec une voix digne des grandes dames du soul et du jazz, d’Aretha à Etta… La jeune montréalaise deviendra, année après année, synonyme de la qualité des découvertes qui émergent du Festival de jazz. Aujourd’hui âgée de 25 ans, elle a démontré, une fois de plus, avec sa performance au Club Soda qu’elle n’a rien a envier aux vedettes ayant une carrière internationale. D’ailleurs, elle interprète les désormais classiques de son idole Amy Winehouse, à la perfection, avec un band de filles, composé notamment, pour l’occasion, de l’excellente guitariste Paule Magnan et de la batteuse Emmanuelle Caplette. À l’image de son plus récent EP, Nikki Yanofsky c’est du Solid Gold. On se demande encore pourquoi on n’entend pas plus souvent sa voix sur toutes les radios commerciales… 

D’ailleurs, idem pour la Montréalaise Léonie Gray, qui possède une voix superbe, comparable aux Duffy de ce monde… Léonie assumait la première partie du groupe britannique Morcheeba, de passage au MTelus pour un concert exclusif en Amérique du Nord. Mélangeant trip-hop downtempo, rhythm and blues et pop, la voix sulfureuse, douce et mystérieuse de Skye Edwards devient rapidement la marque de commerce de Morcheeba dans les années 90. Bien qu’elle ne sera pas de tous les albums du groupe, la chanteuse d’origine revient en 2010 pour l’album Blood Like Lemonade. Lors de son passage à Montréal, le groupe a interprété ses plus grands succès, mentionnons à cet effet l’album Big Calm (2008) et les inoubliables pièces The Sea, Blindfold, Part of the Process. Le costume rouge qui découpait la silhouette de Skye s’agençait à merveille avec l’éclairage et la mise en scène. Le public en demandait davantage. Puis, le groupe a quitté avec un ultime rappel: Summertime (non pas le plus récent simple du groupe It’s Summertime tiré de leur neuvième album studio Blaze Away, mais bien le classique de Gershwin). Magnifique. Comme si ces notes jazzées sur la voix de Skye constituaient la synthèse de cette 40e édition.