En réponse au texte de Jacques Lalonde paru dans le Devoir

Le Village, le voir au-delà des apparences

Denis-Daniel Boullé
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Chaque été, il y a toujours un  quotidien qui croit opportun de publier un texte d’opinon s’inscrivant en faux avec l’idée de communautés LGBTQ. Cette année, c’est un certain Jacques Lalonde qui s’exprime dans les colonnes «Tribune Libre» du Devoir et qui règle son compte au Village. 

Entre autres, sur l’inutilité de la motion présentée par Manon Massé, et adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale faisant du Village un lieu particulier qui doit être protégé en raison de son rôle pour les minorités sexuelles. Pour Jacques Lalonde, le Village est un lieu de perdition qui va à l’encontre de ce que rechercheraient les gais (lesquels ?) et dont l’existence même serait contre-productive à leur acceptation et à leur intégration. Rien de moins. 

Disons que l’auteur utilise la scie tronçonneuse pour tailler dans le vif et apporter un jugement qui malheureusement trahit une ignorance qui ne s’arrête qu’à une lecture bien superficielle des problèmes réels que peut rencontrer le Village. Et il ne fait pas dans la dentelle, du pauvre jeune pétri de « valeurs régionales et familiales » (je cite) qui tomberait dès son arrivée en ville entre les mains des dealeurs, qui le pousseraient à se livrer à la prostitution, jusqu’aux maladies transmissibles sexuellement dont il deviendrait porteur ; aux gais qui fréquentent le Village, et surtout les lieux de sexe, qui donneraient une mauvaise image des gais au reste de la population ; sans oublier bien évidemment la sexualité débridée de mauvais gais qui serait à l’origine de l’épidémie de VIH. Tout y passe. 

Tout cela a des relents de moralisme suranné un brin religieux. Les bons gais seraient pour Jacques Lalonde, ceux qui ne se font pas remarquer, ne font pas de vagues, sont polis. Bref, le retour à l’invisibilité. Des années de lutte pour sortir du placard, pour que nos comportements et nos façons d’être soient reconnus, avec comme finalité un enfermement dans un placard hétéronormé. Des années de lutte pour que nos différences ne soient plus condamnées socialement, médicalement, et légalement, qu’on fasse nôtres les mêmes prescriptions morales et sociales qui servaient à nous rejeter il n’y a pas si longtemps. En somme, de nous blanchir, de revêtir l’uniforme, et adopter le discours de nos anciens oppresseurs 

Jacques Lalonde aurait préféré qu’il y ait une véritable étude démographique dans le Village avant que celui-ci soit reconnu comme lieu particulier par l’Assemblée nationale. On peut s’étonner qu’il n’ait pas eu la même idée avant d’écrire. De faire se propres recherches. Peut-être aurait-il donné  un peu plus de poids, un peu plus de sérieux à ses propos si ces derniers s’étaient fondés sur des études. Nous saurions par exemple combien de jeunes hommes de bonne famille en provenance des régions ont fini sur le trottoir ; si vraiment le Village  donne une image négative des gais ;  si le  Village participe plus à  la ségrégation qu’à l’intégration. Bref, si Jacques Lalonde  avait fait l’effort d’aller au-delà des apparences plutôt que de tronquer la réalité, en ne ciblant que les problématiques, pour mieux dispenser un discours moraliste. 

Pour finir, on ne saurait lui conseiller de rencontrer celles et ceux qui se sont retroussé les manches, et ce depuis longtemps, pour faire de cette rue et de ce quartier un lieu accueillant et convivial. On pense à, la Société de développement commercial du Village, à Manon Massé sans oublier sans oublier les nombreux organismes qui se démènent avec des moyens limités. Les touristes en revanche ne s’y sont pas trompés, le Village n’est pas un lieu de perdition, ni dangereux, ni fatal. Les touristes, Jacques Lalonde les déteste parce qu’ils visiteraient le Village comme on visite un zoo (quelle étude le prouve ?). Mais n’en déplaise à notre auteur, les touristes sont les bienvenu.es. Le Village ne joue pas la carte de l’exclusion. 

Pour lire le texte de Jacques Lalonde publié dans Le Devoir