Autrement dit..

Regard sur le futur du mouvement de la Fierté

Yves Lafontaine
Commentaires
Yves Lafontaine

Depuis les premières marches organisées en 1970 pour souligner le premier anniversaire des émeutes de Stonewall, le mouvement de la Fierté a parcouru un long chemin. Au cours des 50 dernières années, nous nous sommes battus pour nos droits par le biais de mani-festations, de pressions politiques et sociales et d’actes de visibilité. Au fil des ans, le mouvement de la fierté a évolué à bien des égards. Réflexion sur la situation actuelle et sur ce qui s’en vient…

De Vancouver à New Delhi en passant par Londres, Sao Paulo et Québec, les marches de la fierté pullulent. Au total, au cours des deux dernières années, c’est plus de 1100 célébrations de la Fierté qui ont eu lieu aux quatre coins du globe. Et Montréal participe à ce phénomène depuis quatre décennies. D’abord à travers des initiatives ponctuelles — pour ne pas dire instantannées —, dès 1979. Puis de manière très organisée, avec DiversCité, de 1993 à 2006, et, depuis 2007, avec Fierté Montréal, qui est non seulement membre de la fédération InterPride (le regroupement international qui regroupe un grand nombre des Fiertés), mais a déposé la candidature de la métropole québécoise pour devenir l’hôte du WorldPride de 2023. La Fierté a beau être un événement local — partout où elle se tient —, elle s’intègre néanmoins et de plus en plus dans une lutte globale à l’impact et à la portée mondiale. 
 
Dans les grandes villes occidentales, la Fierté représente une célébration pour les la plupart des lesbiennes et des gais cigenres blancs. Cela dit, pour certaines personnes bisexuel.les, trans, non binaires, intersexes, racisées, autochtones et autres, la Fierté en milieu urbain est un espace où ils se battent encore pour être entendus, soutenus ou pour que leurs droits soient respectés, sans discrimination. 
 
En dehors des grandes villes occidentales, la Fierté est très différente. Elle consiste souvent à faire en sorte que les personnes LGBTQ2+ puissent rester dans leur ville ou pays d’ori-gine: qu’on n’attende plus de ces personnes qu’elles migrent pour leur sécurité et qu’elles soient acceptées. En Europe de l’Est, en Asie, dans les îles du Pacifique, en Afrique et dans plusieurs pays d’Amérique Latine, le mouvement des Fiertés ne fait que commencer ou est encore dans dans sa phase d’émergence. Pour ces régions du monde, la criminalisation, l’oppression et la discrimination parrainée (ou non condamnée) par l’État ont rendu les célébrations de la Fierté impossibles par le passé. Aujourd’hui encore, l’organisation de tels événements implique souvent un courage considérable de la part des activistes et des organisateur-trice-s, car ils et elles font face à des risques directs pour leurs vies.
 
Il est de plus en plus évident que l’avenir du mouvement de la Fierté passe par le soutien du développement des Fiertés dans des régions qui se battent encore pour la visibilité et le respect des droits humains des personnes LGBTQ2+. Les Fiertés qui en ont les moyens logistiques se doivent d’accompagner leurs frères et soeurs LGBTQ2+ des pays du sud et de l’est afin de faire avancer cet important mouvement mondial sans leur imposer les manières de faire. Quelques organismes à l’Occident, comme Fierté Montréal, l’ont compris et créent des ponts avec activistes locaux, et ce, de manière continue.
 
Rappelons que dans les années 2000, le mouvement des Fiertés a eu du mal à se développer efficacement tout en conti-nuant à représenter véritablement le côté communautaire.De nombreux organismes ont lutté contre la domination des commanditaires lors de leurs événements et activités. On a n’a qu’à penser à Toronto. Londres, Paris et Chicago qui ont traversé des crises importantes, qui ont laissées des traces. Et Montréal a su apprendre des erreurs des autres.
 
Comprenez-moi bien, les commanditaires sont nécessaires et appréciés, mais leur implication a dû être encadrée afin d’éviter une division de certaines de nos communautés. Au cours des 10 dernières années, les organisateur-trice-s des Fiertés ont dû faire face à ce défi de partenariat avec les entreprises privées. Ce n’est que depuis quelques années qu’un dialogue efficace s’est établi en Amérique du Nord et dans certaines grandes villes d’Europe afin de répondre à la fois aux besoins/intérêts des entreprises et aux préoccupations de la communauté (en particulier des plus marginali-sés). Un dilemne semblable avec lequel les médias doivent faire face, devrais-je ajouter en toute transparence.
 
Au début 2007, Divers/Cité a fait l’erreur de croire qu’on était entré dans une ère post-fierté et a annoncé qu’elle recentrait ses activités sur le volet artistique. D’autres heu-reusement ont pris le relai et le succès du modèle de Fierté Montréal prouve que l’avenir était dans un nouvel équilibre entre activisme, divertissement et diversité des représentations de nos communautés.
 
Contrairement à ceux qui di-sent craindre que les Fiertés se transforment en événement marketing sans substance politique, j’aime rappeler que la majorité des Fiertés à travers le monde sont dirigées par des gens issus des communautés LGBTQ2+, des gens qui tentent, de leur mieux, de prévenir ce problème. Si dans certains cas, les organisateur-trice-s des Fiertés n’ont pas identifié de solution efficace qui satisfasse leurs communautés locales jusqu’à présent, c’est souvent par manque de ressources. Souvent les organisateurs sont à l’écoute de leur communauté et des commanditaires privés mais souffrent d’un manque de soutien durable pour le travail de programmation et de développement communautaire qu’elles mènent. C’est pourquoi le financement ponctuel de deux ans pour les Fiertés de Montréal, Toronto et Vancouver, que le gouvernement 
federal annonçaient il n’y a pas si longtemps est bienvenu.
 
Malgré ce coup de pouce temporaire, il ne faudrait pas croire que la Fierté peut se faire tout seule. L’implication et le bénévolat demeurent essentiels. Et nous nous devons de soutenir les membres de la communauté qui se sont mobilisés pour mener à bien les Fiertés, les encourager à créer des espaces pour d’autres voix et les aider à trouver des solutions efficaces dirigées par la communauté. Bonne fierté à tou.te.s!