The Bitch is back (pour marquer les 35 ans de Fugues)

Cours de Drag Queen 101

Mado Lamotte
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Mado Lamotte

Pour marquer en grand les 35 ans de ce gentil magazine que vous tenez entre les mains, Fugues m’a demandé si je pouvais écrire un texte pour souligner cet anniversaire. J’ai tout de suite dit: Oui, je le veux! Ça va faire bientôt deux ans que j’ai quitté mon poste de chroniqueuse exceptionnelle et je dois vous avouer que, par moment, ça me manque énormément. Et quelle belle occasion, en cette année de 50e anniversaire des émeutes de Stonewall et à l’approche de notre Fierté Gaie qui arrive à grands pas, de marquer le coup en traitant d’un sujet très approprié en cette ère RuPaul’s Drag Race, un sujet qui me touche tout particulièrement: l’univers merveilleux de la drag-queen, reine des scènes gaies planétaire et idole d’une jeunesse en quête de marginalité, d’exubérance et de sensations fortes. Comme j’exerce le métier depuis déjà 32 ans (applaudissements), j’me suis dit, comme ça, sans prétention, c’est l’occasion rêvée de sortir ma baguette de professeur de philosophie et de vous donner un petit cours de «Savoir vivre avec une drag-queen».

Une chose que m’a apprise ma longue carrière, c’est que la majorité des gens que je rencontre ont encore ben de la misère à se comporter comme du monde devant une drag-queen. Surtout quand y sont ben paquetés. «Ooh la la, que c’est donc flyé un homme qui s’habille en femme!». Y virent fou, comme des enfants au zoo. Ils viennent voir les drag-queens dans leur habitat naturel. C’est tout juste s’ils nous gârochent pas des peanuts. Ça fait que, si vous le voulez bien, je vais vous enseigner le comportement décent à adopter en présence d’une drag-queen.
 
Premièrement, on va régler le problème d’Identification tout de suite. Une drag-queen, c’est un personnage, un comédien, un artiste. Ce n’est pas un travesti, ni une transsexuelle. Un travesti, c’est ton oncle Yvon qui se met une robe pis des talons hauts pis qui devient Yvonne le temps d’aller faire son mégasinage aux Galeries d’Anjou. Une transsexuelle, elle subit une transformation. Comme Superman. Sauf que tu remplaces la cabine de téléphone par un cabinet de chirurgien pis tu remplaces Superman par ton oncle François qui est devenu ta tante Françoise.
 
Une Drag Queen, c’est ton oncle, je sais pas moi, un nom au hasard, mettons Luc, qui tripe sur Dalida et qui la nuit sur une scène, se transforme en créature fabuleuse qui chante, qui danse pis qui bitche. Dans le fond, la drag-queen est ben facile à reconnaitre: c’est celle des trois que tu verras jamais acheter sa robe en spécial à l’Aubainerie. 
 
Asteur, la question à 1000$ que t’entendras jamais à la Guerre des Clans: «On a demandé à 100 québécois, québécoises: « Est-ce que Mado Lamotte s’habille de même pour faire l’épicerie?» NON! Cette robe-là n’a pas sa place dans l’allée du Kraft Dinner. As-tu déjà croisé un clown du Cirque du Soleil la face beurrée de maquillage qui portait des leggings fluo pis un casque de bain en glitters chez Rona? Non hein? Ben moi non plus, j’magasine pas habillée comme un arbre de Noël.
 
Autre chose; c’est pas parce que tu viens me voir en spectacle que je sais t’es qui! Toi tu me vois sur le stage, moi j’te vois pas dans la salle. C’est moi le spectacle, pas toi. Ça fait que si tu m’abordes sur la rue comme si on se connaissait pis qu’on s’est jamais parlé de notre vie, ça se peut que je passe tout droit sans te répondre. C’est pas parce que je suis pas fine, c’est parce que je suis en train de me demander si on a déjà baisé ensemble. Pis ça c’est le genre de questionnement qui me fatigue ben gros… Surtout si t’es une fille. Pis tsé mon minou, si tu me parles parce que tu m’as payé un shooter en 1999 pis que j’avais ben ri de ta joke de Newfie, dis-toi que j’ai dû voir 10 000 personnes depuis ce temps-là. Pis ça c’est juste dans mon lit. Ça fait que, frustre pas parce que je me rappelle pus de ton nom pis de la sorte de shooter que tu m’as payé dans un autre siècle. Ah pis si tu viens me parler parce qu’on a déjà baisé ensemble, ben présente-toi de dos, y’a plus de chances que je te reconnaisse comme ça.
 
Maintenant, ma perruque, c’est pas d’la barbe à papa! Tu ne peux pas la manger. C’est du synthétique. Si tu veux absolument manger du synthétique, lâche ma perruque, pis va chez McDo. Et mon costume c’est pas touche sans invitation. Tu regardes avec tes yeux, pas avec tes doigts sales avec lesquels tu t’es gratté la poche toute la veillée. Mon costume, c’est une pièce unique, tu le traites comme une œuvre d’art. Il ne se vend pas vingt     piasses en one size chez Jean-Coutu à l’Halloween. En fait, c’est pas compliqué, tu touches à rien de mon corps, c’est tu clair? Comme dans le proverbe «Qui met sa main dans ma face va recevoir un coup de talon dans l’front!» Non mais tsé, si tu croises Marie-Pier Morin dans la rue, tu y passes-tu la main dans la face en y disant : «Hey, y’est beau ton maquillage»?
 
Ah pis oui, tu peux m’prendre en photo. Mais une photo, pas 400! Pis règle ton maudit téléphone avant parce que j’ai d’autre chose à faire que de tenir un inconnu par la taille pendant 20 minutes parce que la photo est floue, le flash est pas parti, est mal cadrée, j’avais les yeux fermés, ah non j’filmais! Maintenant, pour bien terminer ce cours élémentaire du comportement décent à adopter en présence d’une Reine de la nuit, voici une série de questions inutiles à poser à une drag-queen parce qu’on est ben tanné de se faire poser les mêmes foutues questions année après année et surtout parce que profondément au fond de nous, on s’en contre-suce le gros orteil!
 
1. T’as l’air de quoi en gars? 
Une marionnette de Passe-Partout
 
2. Comment tes parents ont réagi quand ils t’ont vu en drag pour la 1ère fois? 
Aucune réaction. Ma mère est myope pis mon père s’est endormi avant que je monte sur scène
 
3. Comment les gars que tu cruises réagissent quand tu leur dis ton métier?
Très bien. En général je leur dis que je suis peintre en bâtiment. Ben quoi, j’me peinture la face pis moé ch’t’un monument!
 
4. As-tu déjà baisé déguisée en drag-queen? 
Euh non, pis toi, as-tu déjà baisé déguisé en Schtroumpf?
 
5. Combien ça te prend de temps pour te maquiller? 
10 secondes. J’me crisse la face sur une photocopieuse et voilà le résultat! En as-tu d’autres questions plates de même?
 
6. Pourquoi tu as choisi le nom de Mado? 
J’voulais m’appeler autrement mais le nom était déjà pris par quelqu’un d’autre. Ah oui, pis c’était quoi l’autre nom? Dieu…
 
Dans le fond mes chéris, c’est pas compliqué de bien se comporter en présence d’une drag-queen. Si tu te demandes «est-ce que je peux vraiment aller faire ça à Mado», la réponse est pro-bablement non. Si tu veux un bon barème, demande-toi, si je faisais ça à Michèle Richard, est-ce qu’elle me casserait la gueule. Si la réponse est oui, garde-toi une petite gène avec moi. «Parce que c’est moé la Reine, s’ti!».