Laurent McCutcheon s’éteint

Disparition d’un militant au long cours

Yves Lafontaine
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Laurent McCutcheon

Le militant des droits LGBT Laurent McCutcheon s’est éteint à l’âge de 76 ans, le jeudi 4 juillet, après avoir reçu l’aide médicale à mourir.

Son conjoint, Pierre Sheridan, en a fait l’annonce, le 5 juillet, sur les réseaux sociaux, qualifiant Laurent d’«amour de sa vie». Le septuagénaire avait reçu un diagnostic de cancer à la fin décembre 2016.
 
Né à Thetford Mines en décembre 1942, Laurent McCutcheon a eu une longue carrière professionnelle qui débute à Montréal en 1964 en éducation auprès des jeunes en difficultés. Par la suite, il fera carrière dans la haute fonction publique québécoise comme cadre supérieur. En 1980, il devient directeur général de l’Office des services de garde à l’enfance. Il sera ensuite nommé, vice-président et juge administratif de la Commission d’appel en matière de lésions professionnelles. Il devient, en 1998, le premier président du Conseil de la justice administrative, organisme qui veille au respect de la déontologie des juges administratifs. Il était retraité depuis 2009.
 
Publiquement connu comme homosexuel à la fin des années 1970, il s’est au même moment engagé dans le bénévolat et le militantisme pour défendre les droits de sa communauté et développer des services spécialisés. Son engagement a pris véritablement forme avec Gai Écoute qu'il présidera pendant plus de 30 ans. Au cours des années 1990, Laurent McCutcheon interpelle le gouvernement sur la question sensible du suicide chez les homosexuels. Il convainc le ministre de la Santé et des Services sociaux de confier au professeur Michel Dorais de l’Université Laval la réalisation d’une étude sur cette délicate question au sein de la communauté homosexuelle. Il en résulte un ouvrage, Mort ou fif, dont les conclusions révèlent que les garçons homosexuels sont plus exposés au risque de s’enlever la vie que leurs pairs hétérosexuels. Par la suite, le Ministère considérera que les personnes homosexuelles constituent un groupe à risque de suicide dans son plan d’action en santé mentale. 
 
À titre de vice-président de l’action sociopolitique de la Table de concertation des gais et lesbiennes du Québec, il a initié, en 1998, la Coalition pour la reconnaissance des conjoints et conjointes de même sexe  où, pour la première fois, les organismes de la société civile se joignaient au mouvement gai et lesbien. Il en sera le porte-parole. L’action de l’organisme concourt à l’adoption, au Québec, d’une loi reconnaissant les unions de fait entre conjoints de même sexe, dès l’été 1999. À la suite de ce premier succès, Laurent reste engagé dans la mobilisation de la communauté pour la reconnaissance du mariage civil des personnes de même sexe. 
 
Le combat contre l’homophobie est l’autre cheval de bataille de Laurent McCutcheon. Sous l’impulsion de la Fondation Émergence, qu’il a créé en 2000, la Journée nationale de lutte sur ce thème est organisée au Québec, le 4 juin 2003. Avec l’aide de plusieurs associations et groupes communautaires, l’initiative sera reprise d’abord en Europe puis dans d’autres pays pour devenir la Journée internationale de lutte contre l’homophobie, qui se tient désormais chaque année, le 17 mai. Militant de premier plan, il utilise toutes les tribunes pour faire reconnaître le droit à la diversité sexuelle. Il a présenté de nombreux mémoires aux différentes commissions parlementaires canadiennes et québécoises et il a prononcé plusieurs conférences. Il est aussi à l’origine de la Politique québécoise de lutte contre l’homophobie adoptée par le gouvernement du Québec en 2009.
 
Laurent McCutcheon se consacrait aussi à une réalité homosexuelle méconnue, celle des personnes âgées avec leurs difficultés particulières. En mars 2007, Fugues lui consacrait d’ailleurs sa page couverture pour souligner son travail sur les réalités des aînés de la communauté. Il était aussi vice-président de l’Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité.
 
De prestigieux prix soulignent son apport à la reconnaisse de la diversité sexuelle dont le Prix Droits et Libertés 2007 remis par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec et le Prix Justice du Québec 2010, la plus haute distinction remis par le ministre de la Justice, pour sa contribution à l’égalité de droits. Depuis 2014, le Prix annuel de lutte cotre l’homophobie porte son nom.
 
S’il y a quelqu’un au Québec dont les réalisations reflètent une nette préoccupation face au respect des droits et libertés de la personne ou dont le leadership en la matière mérite d'être cité, c’est bien Laurent McCutcheon. Peu de personnes au Québec ou au Canada peuvent présenter une feuille de route aussi impressionnante sur toutes les questions liées aux droits LGBT. Si le Québec fait figure de pionnier dans le monde en ayant accordé l’égalité juridique aux personnes gaies et lesbiennes, on le doit, entre autres, à ce grand bâtisseur, à son courage et à sa détermination.