Jagmeet Singh, chef du NPD

Sans contradiction

Denis-Daniel Boullé
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JAGMEET SINGH

Le chef du Nouveau Parti Démocratique (NPD) est pro-LGBTQ+. Il a participé à la Fierté de Toronto et sera présent à celle de Montréal le 18 août prochain. Aucune contradiction pour lui entre ses convictions religieuses et l’orientation sexuelle et l’identité de genre différentes. Le respect et l’acceptation de chacun sont des valeurs, selon lui, promues par sa religion.

Le rendez-vous pour l’entrevue était pris dans un café du Village. Jagmeet Singh est arrivé tenant à la main un vélo pliant qui, comme il nous le dira d’entrée de jeu, lui permet de se déplacer plus facilement en zone urbaine. La collaboratrice qui l’accompagnait, était elle-même à bicyclette. Pas de gardes du corps. Pas d’impressionnant staff comme c’est souvent le cas lorsqu’un.e chef.fe de parti se déplace. Jagmeet Singh était un passant presque comme les autres. Pas tout à fait, puisque nombreux sont celles et ceux qui ont souhaité et obtenu un selfie avec le chef du NPD, l’homme au turban. Le contact est d’autant plus facile que Jagmeet Singh parle un excellent français. Parfois il hésite parce qu’il cherche – et trouve – le mot le plus juste pour exprimer sa pensée.
 
L’ancien député NPD de Barnaby, Svend Robinson, déclarait le 23 janvier 2019 à Radio Canada, que vous n’étiez pas assez connu au Québec. Serez-vous plus présent au Québec à partir de maintenant et pendant la campagne électorale?
 
Je ne pense pas être si inconnu que cela. Quand je suis au Québec et que je me promène, beaucoup de gens me serrent la main. Le contact avec la population est très chaleureux. Mais le but n’est pas de mettre l’emphase sur ma personne mais de partager nos valeurs et celles défendues par le NPD avec les Québécois.es. Effectivement, j’ai hâte de faire campagne au Québec, même si je n’aurais pas beaucoup de temps, le Canada est grand. Nous sommes là pour améliorer la vie quotidienne et la justice, je vais essayer d’être le plus souvent possible au Québec. Mais il ne faut pas oublier la présence, comme chef-adjoint du NPD, du député Alexandre Boulerice; nous sommes pour le Québec un peu un parti à deux têtes (Rires !). (Alexandre Boulerice est le lieutenant québécois du NPD en charge de la prochaine campagne au Québec. NDLR).
 
Il y a souvent une suspicion d’homophobie et de transphobie parmi les LGBTQ+ pour toute personne qui porte un signe religieux remarquable comme vous avec un turban? Que leur répondriez-vous?
 
J’apprécie la question parce que cela me donne l’occasion de répondre clairement aux doutes possibles. Moi, comme progressiste, socio-démocrate, chef du NPD, Sikh, et comme beaucoup d’êtres humains, je crois fermement à l’égalité, au    respect et à l’intégration des personnes LGBTQ2S+, cela veut dire les droits, le mariage, etc. Au NPD, nous sou-haitons annuler l’interdiction de donner du sang par les personnes homo- sexuel-les. La science démontre qu’il n’y aucune preuve qu’il y ait une 
menace de transmission du virus du sida. Dans tous les aspects de mon identité et de mes fonctions, il n’y a aucune contradiction entre mes pensées religieuses et le droit des LGBTQ+. Il y a la même énergie entre tous les êtres humains et l’on se doit de les
 respecter et s’assurer d’une pleine égalité.
 
Est-ce que parmi la communauté Sikh au Canada en général, il y a une ouverture et une acceptation de l’homosexualité et du transgenrisme?
 
Il est vrai qu’il n’y a pas d’unanimité dans la communauté sikhe au Canada. Mais j’ai beaucoup d’arguments pour défendre mes positions vis-à-vis de ma communauté en ce qui a trait aux LGBTQ+. Comme personne d’influence, je peux aussi jouer mon rôle dans la communauté sikhe. À la différence de l’Église catholique, la religion sikhe n’a pas d’église, ni de clergé. Il n’y a pas une hiérarchie, ni un dogme auquel nous devons obéir. Chaque communauté sikhe a sa propre autonomie. Et comme presque toutes les communautés religieuses, qu’elles soient chrétiennes, juives ou musulmanes, on le sait très bien qu’il n’y a pas unanimité autour des questions LGBTQ+, et c’est aux croyants progressistes de faire accepter l’acceptation et l’intégration des LGBT+ dans leurs propres communautés.
 
Une fois élu, un gouvernement NPD serait-il favorable à la création d’un bureau de lutte contre l’homophobie et la transphobie, comme au Québec, ou avec un poste de conseiller aux enjeux liés à la communauté LGBTQ2S+ comme l’a fait Justin Trudeau?
 
Tout à fait. Nous en avons d’ailleurs très récemment discuté au NPD; trouver une structure permettrait de faire avancer les choses au niveau pancanadien si nous sommes élu.es. Avec comme objectif principal de ne pas se contenter de gestes symboliques, qui sont importants mais qui ne sont pas suffisants. On veut poser des gestes concrets et envoyer un message clair à l’ensemble de la fédération que nous ne voulons plus d’homophobie ni de transphobie.
 
Justin Trudeau rappelle toujours qu’il parle des droits de la personne, et des droits des minorités sexuelles dans toutes les rencontres internationales qu’elles soient bilatérales ou multilatérales. Si vous étiez élu, continueriez-vous à porter cette voix canadienne sur les droits de la personne?
 
On a beaucoup avancé au Canada même s’il reste du travail à faire. De nombreux pays criminalisent encore l’homosexualité et cela peut aller jusqu’à une condamnation à mort d’homosexuel.les ou de transgenres. Nous ne pouvons, comme Canadiens mais aussi comme citoyen.nes du monde, nous taire, et donc à chaque fois que nous en avons l’opportunité, nous nous devons de parler du respect des droits des personnes, des LGBTQ2S+, comme de toutes les autres personnes.
 
Serez-vous au défilé de la fierté le 18 août prochain à Montréal?
 
J’étais au défilé de Toronto, c’était vraiment cool, et bien entendu je serai à Montréal pour le défilé en août prochain.