Archives Gaies du Québec

Une histoire à (re)découvrir

Michel Joanny-Furtin
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Gilda
Photo prise par © Gilda (Archives Gaies du Québec)
Louis Godbout
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Les Archives gaies du Québec (AGQ) prennent leurs quartiers d’été du 1er août au 22 septembre au Cinéma du Parc et présentent une exposition en huit tableaux sur les «Histoires des communautés LGBTQ2+ du Québec».

Point d’orgue de cette activité, une conférence de Louis Godbout, «Folles contre Honteuses», suivie d’une projection du documentaire «Guilda, elle est bien dans ma peau» (2014, 52 minutes) en présence du réalisateur Julien Cadieux le 14 août à compter de 19h. Un débat parachèvera cette soirée.
 
Présentée dans un format amélioré graphiquement, grâce au talent bénévole de Jean Logan sur un nouveau matériau, l’exposition comportera huit tableaux qui témoigneront de la diversité sexuelle québécoise. «Simplifiée, actualisée, cette quatrième refonte de Histoire de nos vies se complète de panneaux plus actuels sur les Trans, les bi-spirituels, les queers, etc. Certains tableaux sont touffus, mais on parlera plus d’une évocation, d’un survol bien documenté…», explique Louis Godbout.
 
«La communauté LGBTQ+ a une histoire parcellaire. Il faut fouiller plusieurs sources pour trouver une cohésion», explique le conférencier, bénévole de longue date des AGQ. «Refaire graphiquement ces différents panneaux est donc une belle occasion de corriger certaines approches. L’Histoire est dynamique qui ouvre de nouvelles perspectives, de nouvelles analyses des faits.» Selon Louis, elle est par ailleurs la source de nombre de travaux, thèses ou doctorats sur l’histoire LGBT.
 
Folles contre Honteuses
La conférence de Louis Godbout trai-tera des réactions et des tensions entre les «folles» et les «honteuses», entre les gais normatifs dans leurs comportements et les gais efféminés, les «folles», au regard de l’histoire, mais aussi de la littérature. Les homosexuels «efféminés» ont toujours été l’objet du ridicule. Comment comprendre le mépris de certains homosexuels «virils» à leur égard? «J’aborderai plusieurs époques qu’on a souvent imaginé comme étant des âges d’or pour les communautés LGBTQ: la Grèce antique, la Florence de la Renaissance, etc., et on verra que même dans ces sociétés, l’efféminement du partenaire passif a toujours été méprisé sauf s’il était jeune, beau et digne d’être éduqué pour assumer le rôle viril à l’âge adulte», détaille Louis Godbout. «Dans ses comédies, Aristophane se moque allègrement des homosexuels passifs qu’il nomme les euryproctoi (les "larges anus"). Pour être bien vu, il fallait imiter Achille et Patrocle dans une relation virile, voire guerrière. En revanche, un garçon qui ne trouvait pas d’amant plus vieux, était très mal vu…»
 
«On n’en est pas à une contradiction près car, même si l’homosexualité est acceptable dans un schéma jeune et bel élève lié à un adulte sage et cultivé, reprend Louis, elle demeure méprisable pour les hommes efféminés, aussi exemplaires soient-ils, (…) au risque de perdre sa citoyenneté, comme ce fut le cas pour Timarque, dont la mise en accusation a été conservée.»
 
Selon Louis Godbout, c’est sans surprise qu’une telle structuration sociale militaire où les femmes sont reléguées dans les gynécées, ait plus tard inspiré bien d’autres mouvements homo-sociaux, dont le scoutisme. «Et pourtant, ceux qui prônaient des utopies hyper viriles effaçant le féminin contribuaient à leur propre oppression. Les premiers militants modernes l’ont compris: l’homophobie se cultive dans le terreau de la misogynie.»
 
La conférence observera également l’alternance des époques tantôt hostiles tantôt tolérantes envers les «folles». Il sera aussi question des collaborations alternées de ruptures, entre 1890 et 1930 en Allemagne, entre Magnus Hirschfeld, partisan de la variété des genres, et Adolf Brand, chantre de la virilité martiale, «considérés comme les pères fondateurs des premiers mouvements de libération homosexuelle puisqu’ils combattront ensemble le fameux Paragraphe 175 qui condamnait l’homo-sexualité.» 
 
«Histoires des communautés LGBTQ2+ du Québec», une exposition des Archives gaies du Québec du 1er août au 22 septembre au Cinéma du Parc. Conférence et projection le 14 août dès 18h30 (conférence à 19h, projection à 20h, débat à l’issue du film).