Crevettes Pailletées - entrevue

Plongez dans l’humour et l’émotion

Sébastien Thibert
Commentaires
Cédric Le Gallo

Avec ses personnages hauts en couleur à la fois amateurs de sport aquatique et de soirées à paillettes, cette comédie sur l’amitié, porte avec une bonne humeur irrésistible, un lumineux langage de tolérance et d’ouverture. Cédric Le Gallo, coauteur et réalisateur du film (avec Maxime Govare), fait lui-même partie d’une équipe de water-polo à Paris. Il répond à quelques-unes de nos questions…

Ce film est en partie inspirée de votre vie Cédric, à quel moment vous vous êtes dit qu’il y avait matière à faire un film ?
Ça fait huit ans que je fais partie d’une ligue comme les Crevettes pailletées (Les Shiny Shrimps) et j’avais vraiment envie de faire un film inspiré de cette expérience. À la base, je suis journaliste, donc quand on est journaliste on raconte des histoires. Après avoir réalisé une petite série (Scènes de culte), l’envie de faire un long-métrage était présent… Et avec mes amis du water-polo, on s’est vite rendus compte qu’il se passait quelque chose d’assez spécial entre nous, une amitié très forte comme une famille. Quand on part en tournoi, ce qui nous arrive est dingue. On se marre, on fait la fête. C’est du water-polo mais pas que! Le retour est difficile, à chaque fois on est déprimés que ça se termine. Mais surtout c’est un groupe qui dégage une telle positivité, des valeurs de gentillesse, de tolérance, de bienveillance, de liberté. On s’entraide les uns les autres à être ce que l’on veut être. Il y a aucun jugement et c’est ça qui est beau. Ces valeurs là, on les retrouve pas tellement au cinéma et puis moi comme gai j’avais envie de héros positifs qui m’ont cruellement manqué dans ma jeunesse et de les montrer à l’écran.
 
Les Crevettes Pailletées est un feel-good movie où on ne se moque de personne, contrairement à bien des comédies actuelles...
Je pense que pour faire une comédie non stéréotypée sur une bande de gais, il faut être gai soi-même, car le risque c’est de rater la cible, d’être faux sur l’univers et il peut y avoir une forme de moquerie. Or, quand elle vient des personnes dont on est censé rire, ça devient de l’autodérision et là ça passe. Dans le film les personnages prennent des caricatures ou des images qu’on a de l’homosexualité pour se les ré-approprier, sur-jouer et s’en amuser. Et c’est d’ailleurs quelque chose que bien des gais font dans leurs propres vies, jouer sur l’imagerie gaie pour mieux la détourner et s’en moquer. Le film est une invitation à rire avec nous, du genre «Venez vous marrer avec nous». Il y a un vrai humour gai dans le film qui n’est pas souvent exploité au cinéma francophone, peut-être parce qu’il y a peu d’auteurs gais, mais malgré tout on a refusé d’édulcorer le tout pour plaire au plus grand nombre sans pour autant oublier le grand public. 
 
De cette aventure, vous en retenez quoi?
Il y a scène de fête dans le film qu’on a tourné dans une piscine à Mulhouse qu’on a retransformé en discothèque avec des bougies et des projecteurs et les membres de mon équipe de water-polo, qui sont venus faire de la figuration. C’était important pour moi de les avoir déjà symboliquement, on a même tourné exprès un samedi pour qu’is puissent venir. C’était émouvant et aussi éprouvant parce que ce genre de scènes se tournent sur trois ou quatre jours et nous on l’a tourné en une journée. À la fin on était tous fatigués, mais très heureux. Donc après cette journée nous sommes tous allés faire la fête dans le bar gai de la ville. Ça faisait en plus un mois qu’on tournait dans des conditions pas faciles donc pouvoir décompresser comme ça un soir avec mes potes et en plus l’équipe du film c’était magique.
 
C’est un film sur l’amitié avec un vrai message universel mais de l’autre côté est-ce qu’il ne serait pas aussi militant ?
Ça dépend ce qu’on met derrière le mot militant. Se revendiquer militant peut faire peur et donner l’impression d’être donneur de leçon. Là il ne s’agissait pas de donner de leçon mais plutôt à travers le rire faire passer un message. Après est-ce que c’est du militantisme soft ? Peut-être mais bien sûr qu’il y a des messages de tolérance, de liberté mais qui va au-delà de l’homosexualité. Ce sont souvent des valeurs qu’on prête aux homosexuels parce qu’il faut parfois faire ce chemin, parfois seul, de se révéler au monde. Mais ce message s’applique à tous notamment aux femmes qui est la minorité la plus visible de tous dans notre société. Donc oui il y a une forme de militantisme soft dans lequel tout le monde peut se retrouver. Ce n’est pas qu’un film gai que pour les gais. C’est un film avec des personnages gais qui dégagent des valeurs po-sitives pour tout le monde. 
 

LES CREVETTES PAILLETÉES, DÈS LE VENDREDI 2 AOÛT DANS LES CINÉMAS :
www.lesfilmsopale.com/lescrevettespailletees