ENTREVUE

Courtney Barnett: Si Cobain et Joan Jett avaient eu une fille…

Julie Vaillancourt
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Courtney Barnett

Cet été, l’auteure-compositrice-interprète australienne se promène aux quatre coins du monde, des Amériques à l’Europe, en passant par l’Asie. À l’occasion de son passage au Québec (elle était du Festival d’été de Québec, sans oublier la 40e édition du Festival international de Jazz de Montréal), la musicienne ouvertement gaie s’est confiée à Fugues.

«Je n’ai pas vraiment de journée typique», confie d’emblée une Courtney visiblement endormie à propos de la vie de tournée, «je bois du café, j’essaie de m’entrainer un peu, je lis et après je suis en route pour le spectacle». Depuis la sortie de son premier album, jusqu’à Tell Me How You Really Feel, en 2018, la route fut agrémentée de reconnaissance critique et populaire, pour la musicienne originaire de Sydney. En 2011, Courtney lance le EP I’ve Got a Friend Called Emily Ferris, suivi de deux autres EP, pour lancer en 2015 son premier album intitulé Sometimes I Sit and Think, and Sometimes I Just Sit, qui lui vaut une nomination «Best New Artist» aux Grammy Awards. Le site de renom Pitchfork encense sa musique, mentionnant que «Courtney n’a rien à prouver, mais qu’elle le prouve». En effet, l’Australienne de 31 ans impressionne par son jeu de guitare et la poésie de ses paroles (davantage que par ses mélodies vocales, qui sont plutôt mi-parlées sur une même tonalité). 
 
Si Kurt Cobain et Joan Jett avaient eu une fille, ce serait Courtney: un je-m’en-foutisme assumé, presque blasé, un caractère mystérieux, le son grunge d’une guitare joué à gauche comme Cobain, sans oublier l’allure rock de Jett, parfois punk rock, de sa dégaine scénique. Puis, en toute simplicité, elle s’entoure de l’essentielle section rythmique (basse/batterie). 
 
À propos de ce que les gens pensent d’elle, ou de ce qu’elle doit ou non prouver en tant que «fille qui joue de la guitare», Courtney s’en fiche: «Je ne crois pas que ce soit si important et si ça dérange les gens, c’est leur problème. Peu importe, je vais continuer à le faire.» Justement, pour faire sa musique comme elle l’entend, elle crée en 2012 sa propre maison de disques, Milk! Records, avec la musicienne australienne Jen Colher, qui partagera sa vie personnelle et professionnelle pendant de nombreuses années. Créer son label indépendant est notamment une façon de garder sa liberté créative, explique Courtney, «tout en ayant une plateforme pour distribuer mon art. Jen et moi, on travaillait bien ensemble pour diriger ce label». À propos du fait qu’elles étaient deux musiciennes connues, gaies et en couple, Courtney ne se rappelle pas avoir eu de commentaires désagréables «Je crois que personne ne s’en souciait vraiment», même si, dans l’industrie «il y a de l’homophobie et du sexisme, j’ai la chance de travailler avec des gens incroyables. C’est un peu comme ma famille, nous sommes là, les uns pour les autres.»
 
Les vidéoclips de Courtney sont inventifs et empruntent à la culture populaire. Si l’esthétique de Nameless, Faceless rappelle un pop art collage à Andy Warhol, les paroles de cette chanson citent vaguement l’auteure canadienne Margaret Atwood. Geste délibéré de la part de l’auteure-compositrice-interprète qui regarde la série The Handmaid’s Tale et qui commence à trouver que fiction et réalité se confondent: «C’est comme si on nous dépouillait de tous les droits; l’avortement, les droits des trans… Et la morale de la série est que les gens ont regardé le tout arriver, au lieu d’agir. Sans retour en arrière possible… et ça fait peur!» Écrire des chansons devient ainsi un exutoire essentiel et la jeune femme n’a pas l’intention de s’arrêter: «Je n’attends pas après l’inspiration, car elle n’arrivera probablement pas jamais, mais je fais mon possible. J’essaie d’écrire lorsque je peux et j’espère continuer à faire des albums et des tournées.»