États-Unis

La Straight Pride de Boston fait couler beaucoup d’encre

Yves Lafontaine
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Début juin dernier, en pleine semaine des fiertés LGBT à Boston, des militants ultraconservateurs ont lancé l’idée d’organiser une marche de la fierté hétéro à Boston début août. Une façon, selon eux, de ne plus se sentir «comme une majorité opprimée», mais surtout de faire parler d’eux.

«Ce qui, à première vue, peut ressembler à une blague stupide– organiser, au mois d’août à Boston, la toute première Straight Pride (“marche de la fierté hétérosexuelle”) aux États-Unis – est en fait bien plus insidieux», note la chroniqueuse Renée Graham dans les colonnes du Boston Globe.

Pour la journaliste Judith Lussier, «Essentiellement, je crois qu’il n’y a pas de fierté hétéro parce qu’il n’y a jamais eu de honte hétéro. Les hétérosexuel(le)s constituent la norme et ne font l’objet d’aucune oppression sur la base de leur orientation sexuelle», disait-elle dans son blogue au journal Métro, il y a quelques semaines.

L’annonce, et ce n’est pas un hasard, est intervenue alors que les préparatifs pour la 49e Gay Pride de Boston battaient leur plein. À l’origine de cette idée, une association baptisée Super Happy Fun America et trois militants conservateurs dont «Mark Sahady de l’organisation Resist Marxism [“Résister au marxisme”] connue pour ses propos racistes et antisémites», souligne la chroniqueuse.

LeWashington Post est également allé fouiller dans les antécédents des organisateurs de la Straight Pride et notamment dans ceux de Mark Sahady, «qui a déjà organisé des manifestations pour défendre le droit au port d’armes avec son groupe Resist Marxism», souligne le journal. Le quotidien a interrogé son acolyte, John Hugo, un républicain «qui a brigué sans succès un siège de député à la Chambre des représentants en novembre dernier» et qui estime que les organisateurs de la Straight Pride «font partie d’une majorité opprimée».

«Nous voulons la tolérance pour tous et pas seulement pour la communauté LGBTQ», a-t-il notamment déclaré au Washington Post.

Pour la chroniqueuse Renée Graham, ces gens sont les mêmes que ceux qui passent le Black History Month [«mois de l’histoire des Noirs», célébré en février aux États-Unis] à se plaindre qu’il n’existe pas l’équivalent pour les Blancs.

«Ces hommes qui se proclament patriotes sont en fait tout l’inverse, poursuit-elle, ils empêchent leur pays de se hisser enfin à la hauteur de ses valeurs. Élevés dans l’idée que l’Amérique n’existe que pour leur propre glorification, ils sont déstabilisés et incapables de s’adapter à un monde qui ne cesse de changer.»

Sur leur site Internet, ces organisateurs ont beau clamer que cette marche de la fierté hétéro sera «l’occasion d’offrir à Boston un défilé de patriotes. Ce qui paradera surtout ce jour-là, c’est la fragilité de l’homme blanc hétéro», conclut-elle.

Ceux qui se plaignent quil existe une journée, une semaine ou un mois de la Fierté LGBTQ+ — ou de la diversité sexuelle ou de genre —, semblent oublier que la vie au complet est un défilé hétéro.