Réplique à un texte d'opinion publié dans Le Devoir

Soyez les bienvenus au Défilé de la Fierté

Le 10 août dernier, le Devoir publiait une lettre d’opinion intitulée Legault n’est pas le bienvenu au défilé de la fierté. Texte dont plusieurs aspects mériteraient d’être argumentés, mais nous allons réagir, ici, aux plus importants d’entre eux.

Dans leur prise de position contre la venue du Premier ministre dans le défilé de la fierté, les auteurs affirment, entre autres, que «Depuis 2015, lui (Legault) et son parti (la CAQ) bloquent les avancées dans la reconnaissance légale des adultes et enfants trans citoyens (projet de loi 103), des personnes trans non binaires et des personnes trans non-citoyennes. Autrement dit, M. Legault et son parti entravent l’égalité juridique d’un pan de la communauté LGBT et, par ce fait même, contribuent à sa marginalisation».

Rappelons que c’est sous Bertrand St-Arnaud, alors ministre de la Justice, que la Loi 35 a été adoptée en 2013. Cette loi octroyait des droits aux personnes trans adultes citoyennes.  Quant au règlement d’application de la Loi 35, il fut mis en place par la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée en 2015. Madame Vallée a aussi fait adopter la Loi 103 et son règlement en 2016. Cette Loi venait donner des droits aux personnes trans mineures citoyennes. Toujours en 2015, le Centre contre l’oppression des genres a décidé de poursuivre le gouvernement du Québec afin de faire invalider des articles du Code civil envers les personnes trans et non binaires, incluant ceux visant les personnes immigrantes et réfugiées.

Dans le cas des Lois 35 et 103, il est faux de dire que Monsieur Legault et les élu.e.s de la CAQ ont bloqué les avancées concernant les droits des personnes trans.  Il suffit de lire le journal des débats pour s’en rendre compte. Les deux lois ayant été adoptées à l’unanimité des élu.e.s présent.e.s. D’ailleurs, les interventions de Michelyne C. St-Laurent et de Simon Jolin-Barettre, tous deux de la CAQ, témoignent du contraire. En ce qui concerne la plainte du Centre contre l’oppression des genres, elle fut déposée sous le gouvernement libéral et pour lequel la CAQ doit aujourd’hui donner suite. Le fait de judiciariser une cause amène souvent le gouvernement à mettre en veille les travaux relatifs au dossier et à attendre la fin des procédures. Une situation que certains sont en droit de déplorer.  

De plus, il est bon de mentionner que le gouvernement actuel, par l’entremise de la ministre de la Justice, Sonia Lebel, a confirmé son engagement à poursuivre l’application du plan d’action de lutte contre l’homophobie et la transphobie 2016-2021, en plus d’avoir rehaussé le financement à la mission des organismes de défense des droits (dont 6 LGBT+) à hauteur de 11 millions, sans compter le financement par projet accordé par différents ministères aux organismes LGBT+. En cela, La CAQ poursuit ce que les Libéraux et le PQ ont fait avant lui. 

Une autre erreur d’interprétation est à l’effet « qu’à première vue, sa participation ainsi que sa promesse d’accorder 1,6 million de dollars à Fierté Montréal laissent croire que le Premier ministre soutient les communautés LGBT ».  Le financement de Fierté Montréal provient de programmes normés de ministères dont celui du Tourisme. Avec ces subventions, vient aussi l’obligation de reddition de compte comprenant des états financiers audités par une firme comptable externe. Le financement n’a donc rien à voir avec « une promesse » d’un premier ministre, mais bel et bien avec un processus balisé.

En ce qui concerne les reproches formulés à l’égard de Fierté Montréal et plus particulièrement envers Jean-Sébastien Boudreau et dont les auteurs nous rappellent que « Le discours soi-disant apolitique de ce dernier a déjà été critiqué par le passé », n’est pas nouveau. Et doit-on rappeler que  c’était aussi vrai à l’époque de Divers/Cité. Depuis des années, nombre de gens critiquent différents aspects de l’organisation de la Fierté. Que ce soit le discours, le défilé, la commercialisation de l’événement, le site des festivités, la présence des politicien.ne.s « qui se font du capital politique », bref tout y passe, et ce malgré que l’équipe apporte des ajustements au fil du temps. Bien entendu tous ne pourront être satisfaits. Cependant, il nous apparait important que Fierté Montréal soit inclusif, ce qui se prouve de plus en plus, et surtout que l’organisme ait un discours dépourvu de partisannerie. Ne serait-ce pas plus aux organismes LGBTQ+ de passer leurs messages et leurs revendications s’ils le souhaitent lors du défilé ou ailleurs s’ils le désirent?

En terminant, si les droits que nous avons acquis se sont faits grâce au travail de longue haleine des militant.e.s et des représentant.e.s d’organismes, il ne faut pas oublier que c’est également grâce au soutien d’un nombre croissant d’élu.e.s, au fil des ans, que nous avons pu y parvenir. Il nous semble que les politicien.ne.s des trois paliers de gouvernement sont en droit de participer au défilé de la Fierté à Montréal, peu importe nos affinités politiques personnelles envers eux et peu importe s’ils y ont été invités ou non. Accueillir des politiciens lors de nos événements est toujours une très bonne opportunité pour les sensibiliser à nos réalités collectives actuelles et du chemin qu’il nous reste à faire pour atteindre la pleine égalité sociale. C’est par le dialogue avec les élus que nous avons obtenu les gains des dernières années et non pas par une politique de la porte fermée. Et il ne faudrait surtout pas perdre de vue l’importance du message lancé par la présence d’un Premier ministre, de ministres, de maires et d’élu.e.s auprès de la population. Et soyons honnêtes, au Québec et au Canada, nous sommes privilégiés de pouvoir compter sur leur présence, ce qui n’est pas le cas dans bien des pays dans le monde. 

Soyez donc les bienvenus, Messieurs les Premiers ministres du Québec et du Canada, mesdames et messieurs les ministres et député.e.s ainsi que Madame la mairesse et élu.e.s de Montréal, au défilé 2019.

 

Steve Foster

Président et directeur général 2005 – 2014 / Conseil québécois LGBT (CQLGBT)

Président sortant 2015 – 2019 / Chambre de commerce LGBT du Québec (CC-LGBT-Q)

 

Julie-Maude Beauchesne

Directrice des communications et coordonnatrice du Comité trans du Conseil québécois LGBT (CQLGBT) 2009-2014

Candidate au doctorat en science politique - Université de Montréal