Où sont les lesbiennes?

1969 : sexe, drogue et rock n roll

Julie Vaillancourt
Commentaires
Julie Vaillancourt

Dans les derniers mois, nous avons énormément parlé du cinquantième anniversaire de Stonewall, et pour cause, c’est un évènement majeur. Un autre événement du genre qui mérite qu’on s’y attarde est sans conteste Woodstock. Chronique sur 1969, l’année de l’amour libre.

À l’été 1969, Michael Lang décide de produire un évènement musical. Peu accorderont du crédit à ce rêveur hippie qu’on prendra d’abord pour un hurluberlu. Pourtant, à 75 km de Woodstock, à Bethel, toujours dans l’État de New York, le fermier Max Yasgur acceptera de prêter ses terres laitières pour l’évènement, rendant possible l’un des plus grands rassemblements de la musique contemporaine. Se succèdent sur scène ceux qui deviendront les icônes de la musique populaire : Santana, Janis Joplin, Jimmy Hendrix, The Who, Jefferson Airplane, Creedence Clearwater Revival, Grateful Dead, Joan Baez, Ravi Shankar, Joe Cocker et j’en passe. Dans la veine de la contre-culture et des mouvements hippie et antiguerre, Woodstock: 3 days of peace and music se veut aussi un vibrant mouvement de la jeunesse américaine qui prend conscience de son pouvoir de revendication, où l’anticapitalisme pacifique est la maxime phare. Du 15 au 18 août 1969, les trois jours de paix et de musique verront débarquer près d’un demi-million de personnes dans la petite ville de Bethel. Il en découle ainsi un festival gratuit, où sexe, drogue et rock and roll côtoient le manque de victuailles et de toilettes et où la pluie transforme la terre en un véritable terrain boueux. Qu’à cela ne tienne, le yoga, l’attitude zen et le peace & love demeurent au rendez-vous. La jeunesse hippie prouve que la musique peut être rassembleuse et porter les messages d’une révolte (pacifique) contre les valeurs de la précédente génération.
 
Bien sûr, je n’ai pas la prétention de résumer en un simple paragraphe, trois jours qui sont passés à l’Histoire (en fin d’article, découvrez quelques ouvrages à consulter si cela vous intéresse). Cela dit, puisque je suis une grande nostalgique d’une époque que je n’ai guère connue, je me suis rendue, en juillet dernier, sur les lieux du festival Woodstock. La dernière fois que j’avais mis les pieds à Bethel, c’était en 2011, pour assister à un concert de Michelle Branch et des Goo Goo Dolls. Ma blonde et moi avions tripé : l’acoustique de cette salle extérieure/semi-couverte est superbe, sans compter qu’elle est située sur un site exceptionnel et historique. À la tombée de la nuit, vous pouvez y voir les étoiles de Janis et Jimmy briller dans le ciel… Ça sonne quétaine mon affaire? Allez passer la journée au Bethel Woods Center for the Arts, où l’exposition permanente vous raconte l’histoire de ces 3 jours de paix et de musique, et leurs répercussions dans l’histoire moderne et vous serez conquis.
 
Je ne saurais dire à quel point j’étais excitée de retourner sur le site historique de Bethel, pour célébrer le cinquantième anniversaire de l’évènement. Il y avait d’ailleurs une myriade d’activités spéciales pour l’occasion, à commencer par l’exposition We Are Golden, qui met de l’avant une réflexion sur le cinquantième anniversaire du festival et les aspirations pour un futur pacifique. La journée où j’étais sur les lieux, il y avait une conférence pour le lancement du livre de Daniel Bukszpan, qui revenait sur le festival avec des gens y ayant participé, dont une dame expliquant la consommation de drogues sur le site. En août dernier, afin de célébrer le 50e, plusieurs concerts étaient organisés, mentionnons Ringo Starr and His All Starr Band, sans oublier The Doobie Brothers et Santana (un des rares artistes encore vivants ayant performé à Woodstock) au même titre que John Fogerty et Canned Heat. Mentionnons aussi Melissa Etheridge qui était de passage à la fin août. À noter que le projet de présenter un grand festival Woodstock 50 s'est effondré après une série de calamités (refus de permis, difficulté à négocier un lieu, etc.). Ironiquement, le cofondateur du festival original, Michael Lang faisait partie de ceux ayant échoué à organiser un tel concert… Cette période d’idéalisme et d’entraide ayant caractérisé l’époque musicale de 1969 est-elle révolue, au profit du capitalisme d’aujourd'hui. Nous est-il encore permis de rêver?
 
Au moment d’écrire ces lignes, à quelques jours des célébrations du 50e, je suis nostalgique. Je regarde mes photos de voyage, de Bethel à Woodstock, une petite localité qui a gardé sa saveur hippie. Je suis heureuse d’avoir fait ce pèlerinage, où je pouvais presque entendre la voix de Janis ou la guitare de Jimmy… C’était une autre époque. Qu’en est-il aujourd’hui? Pour la première fois cette année, j’ai assisté à Osheaga (3 jours de musique à Montreal). Bien que je me suis sentie comme une matante à ce festival à la vibe très millenium, le son était excellent et le site, avec cette vue sur Montréal, superbe. Dès mon arrivée, j’ai eu une vibe Woodstock… Rapidement, un jeune m’a sortie de ma bulle pour me rappeler qu’on est en 2019: « Aie, tu pourrais me vendre du pot, du hash, ou… du Clonazepam?»
 
N’hésitez pas à m’écrire! J’aime lire vos commentaires et suggestions de sujets à aborder.
 
Le livre Hippie Chick: Coming of Age in the ’60’s (sortie: septembre 2019), où Ilene English raconte son histoire de jeunesse, alors qu’elle traverse la tumultueuse époque de la révolution sexuelle. www.shewritespress.com
 
Le documentaire oscarisé de Michael Wadleigh, Woodstock: 3 days of peace and music (1970).
 
Netflix vient de rendre disponible le documentaire Woodstock (2019), qui revient sur les moments marquants du festival à travers ceux et celles l’ayant vécu.
 
Bethel Woods Center for the Arts: https://www.bethelwoodscenter.org/