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Création d’une Chaire de recherche pour les enfants trans et leurs familles

Samuel Larochelle
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poupé russe

La chercheuse Annie Pullen Sansfaçon, maman d’une enfant trans, vient d’obtenir 500 000$ du Conseil de recherche en sciences humaines afin de développer des projets qui favoriseront une meilleure compréhension des enjeux familiaux, sociaux et structurels des enfants trans et de leurs familles. 

AnnieDepuis le début de ses recherches dans le domaine, la spécialiste a fait appel aux personnes concernées pour déterminer les objectifs à atteindre afin d’améliorer les services auprès des jeunes trans. Au printemps dernier, elle a donc mené une consultation en ligne auprès de jeunes trans, d’adultes trans, de professionnels et d’organismes œuvrant auprès des jeunes et de leurs familles pour établir les priorités de la Chaire. «Je suis en train de les déterminer avec précision, mais à la base, l’idée est de ne pas pathologiser les jeunes trans. Pendant des années, les équipes de recherche essayaient de comprendre pourquoi un enfant était trans, si c’était parce qu’il avait un problème d’attachement avec les parents (les mères étaient principalement visées par ces recherches…) et si on pouvait corriger ça. Peu de chercheurs considéraient l’enfant comme étant un individu qui vit une différence et qui peut s’épanouir s’il a autour de lui ce qu’il faut pour faciliter son bien-être.»
 
Au lieu d’analyser la famille comme étant une unité ayant «causé» la trans identité d’un jeune, la Chaire veut comprendre comment les familles peuvent créer un contexte favorable à son développement. «Une étude menée en 2013 en Ontario a démontré que chez les jeunes trans soutenus par leurs familles, le taux de suicide diminue drastiquement. Quand on change de perspective, on réalise que le problème n’est pas d’être trans, mais comment les structures interagissent avec les personnes trans.» Cette approche est chère au cœur d’Annie Pullen Sansfaçon. «Dans ma formation en travail social et en éthique, on regarde toujours les gens en fonction de ce qui les entoure. Par exemple, quand une personne vit des épisodes de dépression, on va traiter ce qui la cause dans son environnement. J’ai appris à penser de cette façon-là. Et le fait d’être parent d’un enfant trans m’a amenée à m’intéresser à ces questions depuis le début des années 2010.»
 
Au cours de la dernière décennie, elle a été témoin de l’évolution des perceptions face aux personnes trans. «Plusieurs beaux modèles sont sortis publiquement pour prendre la parole et expliquer c’est quoi de vivre en tant que personne trans dans une société qui n’est pas toujours inclusive. Les gens sont de plus en plus conscients de l’existence des personnes trans, mais en augmentant la visibilité des personnes trans, le risque de violence a aussi augmenté.» Même si plusieurs lois concernant les personnes trans ont été modifiées au cours des dernières années, elle croit que les choses ne bougent pas assez vite. «On ne peut pas s’asseoir sur nos gains. Il y a des évidences de recherche très claires qui démontrent que lorsqu’un jeune a besoin d’un service et qu’il n’est pas capable d’y accéder, il y aura un effet direct sur son bien-être. L’accès aux services est encore très disparate à travers le Québec.» Elle ajoute que la Direction de la protection de la jeunesse n’a pas encore de lignes directrices claires sur les façons de travailler avec les jeunes trans, comment respecter leur identité et leur choix de pronom. «On ne voit pas toujours une répercussion des évidences de recherche dans les services.» La Chaire aura d’ailleurs ce mandat: transformer les connaissances en actions.