Todd Van der Heyden

Chef d’antenne d’un océan à l’autre

Samuel Larochelle
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Todd Van der Heyden

Les chefs d’antenne ouvertement gais ne courent pas les rues. Par crainte de contrecoups sur leur carrière pour certains. Par pudeur pour d’autres. Pourtant, jamais le Montréalais Todd Van der Heyden ne s’est caché. Le temps d’une entrevue, le chef d’antenne de CTV News a accepté de passer d’intervieweur à interviewé pour raconter son histoire.

Le natif de Saint-Bruno s’est d’abord fait un nom en travaillant pour le réseau communautaire de Vidéotron, CBC Radio et le journal Toronto Star, avant de recevoir une offre de CTV Montreal, jadis nommé CFCF, en 2000. «Je ne pouvais pas croire qu’ils m’aient appelé, se souvient-il. Pour les Montréalais anglophones évoluant dans les médias, CFCF était LA place où l’on voulait travailler. À la base, je ne pensais pas travailler en télévision, mais j’ai toujours eu comme philosophie d’accepter les offres professionnelles que je recevais. Je voyais ça comme une aventure. En plus, avec la montée d’Internet, je sentais que les choses changeaient rapidement dans l’industrie des médias et que j’avais intérêt à être flexible.»
 
Vite reconnu pour son travail de journaliste sur le terrain, il a été invité à s’asseoir sur le siège de chef d’antenne cinq ans plus tard. Une nouvelle expérience non sans difficultés. «C’est un boulot très étrange à faire. Tu dois raconter une histoire en studio, avec des caméras et des éclairages. Tu lis sur un télésouffleur. Tu portes du maquillage, en complet cravate. Au début, ce n’est pas naturel. Ça prend du temps pour oublier l’atmosphère artificielle du studio et se convaincre qu’on parle directement aux gens à la maison.» Lorsqu’il a franchi la mi-trentaine, le Montréalais a commencé à réfléchir activement à son avenir. «Ça faisait presque 15 ans que j’étais journaliste dans la même ville et 12 ans à la même station. Je connaissais bien le boulot aux côtés de Mitsumu Takahashi. J’avais la top job pour un Anglo en télévision à Montréal. Je me sentais très chanceux d’avoir ce travail, mais j’avais envie d’essayer autre chose durant quelques années.»
 
En tâtant le terrain à Toronto, il a reçu une invitation à travailler dans le chaos du CTV News Channel. «On a un télésouffleur, mais quand on est en ondes, il faut savoir réagir aux nouvelles de dernière minute et faire de son mieux avec les faits. Ça peut être très épeurant et intimidant, mais aussi très intéressant.» En décembre 2011, il a donc quitté Montréal pour la Ville Reine avec son amoureux. «Mon chum venait de Toronto et il avait déménagé à Montréal avec moi. Il a ensuite choisi de retourner à Toronto avec moi. Puisqu’il est danseur et chorégraphe, c’était plus "facile" pour lui de changer de ville. Il avait aussi sa famille et ses amis là-bas.»
 
Todd Van der Heyden parle de ses amours et de son orientation sexuelle sans peser ses mots, comme il le fait en ondes depuis des années quand l’occasion s’y prête. «À la télévision ou à la radio, j’ai utilisé plusieurs fois les mots "en tant qu’homme gai" ou "en tant que membre de la communauté LGBTQ+". Quand j’étais à CTV Montreal, je suggérais chaque été de faire des entrevues avec les organisateurs de la Pride. Je soulignais en ondes que Montréal était une ville différente face à la diversité. C’était important pour moi.» Ses mentions étaient faites sans éclat, afin d’être cohérent avec sa profession. «Normalement, comme journaliste, on est un peu gênés de parler de nous-mêmes et d’être inclus dans une histoire. Les reportages ne sont pas censés être à propos de nous, mais des autres. Je devais trouver l’équilibre.» Heureusement, ses patrons ne lui ont jamais conseillé de rester dans le placard publiquement. «Les boss de CTV à Montréal et Toronto ont toujours été à l’aise avec ça. On n’a jamais eu de discussion sur le fait de nommer ou non mon homosexualité. Ils m’ont toujours soutenu.»
 
Même son de cloche de la part du public. «Je n’ai reçu aucune réaction négative des téléspectateurs. Au contraire, certaines personnes sont fières que j’en parle. J’ai reçu un message touchant d’une dame qui racontait qu’en apprenant que   j’étais un chef d’antenne national ouvertement gai, ça avait fait une différence pour elle et sa fille lesbienne, qui vivait des difficultés à l’école en raison de son orientation sexuelle. Quand on est une personnalité publique, il faut être conscient qu’on peut avoir une influence sur la communauté.»
 
Le journaliste doit également composer avec une imposante communauté virtuelle, lui qui est suivi par environ 30 000 personnes sur Instagram. «On ne sait jamais si ce qu’on publie, c’est trop ou pas assez. Au final, je publie ce que je veux. Je sais que je représente une entreprise, mais je reste moi-même.» Ses followers peuvent voir les coulisses de son travail, des photos de voyage, des clichés avec ses proches et même des images de son impressionnante forme physique. «Quand j’étais ado, j’étais gros et ça affectait profondément l’image que j’avais de moi-même. À 17 ans, je suis devenu végétarien et j’ai commencé à aller au gym. Je suis confortable à l’idée de partager les résultats de mon travail. C’est important de montrer que les chefs d’antenne sont des gens comme n’importe qui. Je peux avoir des passions, des loisirs et un chum. Ça ne nuit pas à ma crédibilité.»
 
Animant des événements LGBTQ+ à l’occasion, il n’a jamais marché dans le défilé de la Fierté. «Pas encore, mais j’adorerais ça. J’y vais généralement comme spectateur.» Vivant à Toronto depuis bientôt une décennie, il dit s’ennuyer de Montréal et de la scène gaie. «Chaque fois que je reviens, je retourne voir mon monde à CTV et je vais prendre un verre au Renard. Montréal est la ville où j’ai fait mon coming-out à 22 ans. Elle a une place très spéciale dans mon cœur.»