Entrevue avec le premier ministre Justin Trudeau

«Nous continuerons à travailler avec la communauté»

Yves Lafontaine , André-Constantin Passiour
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Justin Trudeau
Photo prise par © Michel Bazinet

Durant les festivités de la fierté, Fugues a pu s’entretenir avec le premier ministre du Canada au sujet de quelques enjeux sensibles pour les communautés LGBTQ+.

Le rendez-vous pour l’entrevue était coincé entre la conférence de presse de Fierté Montréal et le début du défilé en tant que tel, le 18 aout dernier... Malgré son horaire hyper serré, le premier ministre Justin Trudeau a pris le temps de répondre à nos questions.
 
Justin  TrudeauLe gouvernement a-t-il l’intention de déposer un projet de loi modifiant le Code criminel concernant l’interdiction des thérapies de conversion s’il était réélu ?
 
On va surement en parler plus en profondeur dans notre prochaine plateforme [électorale], mais je crois avoir été assez clair que ces pseudo thérapies de conversions sont inacceptables et injustifiables. On sait qu’il y a évidemment une responsabilité provinciale là-dessus, mais il y a des choses que le fédéral peut faire, particulièrement pour aider les jeunes de moins de 18 ans et nous avons l’intention d’agir.
 
Envisagez-vous des modifications au Code criminel?
 
On va surement le préciser plus dans les semaines à venir.
 
Au niveau du don de sang, le gouvernement ira-t-il rapidement dans la même direction que l’Espagne, le Portugal et l’Italie, où l’exclusion touche plutôt les pratiques à risque et où on ne fait plus de différence entre celui des hétérosexuels et celui des homosexuels?
 
C’est exactement dans cette direction que nous voulons aller. Le problème, c’est que lorsque nous sommes arrivés au pouvoir aucune collecte de données n’avait été faite à ce sujet pendant dix ans de gouvernement conservateur. Nous avons fait la promesse d’arrêter cette exclusion-là, mais les organismes indépendants qui s’occupent de la gestion des dons de sang nous ont répété «on n’a pas les données pour aller dans ce sens».
 
Mais ces données, on les a maintenant?
 
Nous avons financé des études qui ont permis de prouver qu’on pouvait réduire le délai de l’exclusion d’un an à 3 mois sans augmenter le risque. Et nous sommes optimistes que, compte tenu des nouvelles données, nous pourrons aller vers l’élimination totale de cette exclusion dans un avenir rapproché.
 
Donc il y a des discussions avec les organismes de gestion du don de sang en ce moment?
 
Oui et nous avons pu agir en faveur d’une réduction du délai parce que les données recueillies allaient en ce sens. D’autres données d’études en cours seront prochainement disponibles et nous permettrons de passer à une autre étape.
 
Hier matin (le 17 août dernier), au parc de l’Espoir plusieurs groupes communautaires de lutte contre le VIH vous ont interpellé concernant l’engagement du Canada concernant le Fonds Mondial de lute contre le paludisme et le sida. Le gouvernement du Canada va-t-il annoncer un engagement financier en ce sens avant le déclenchement des élections?  
 
On est très, très fier davoir été l’hôte de la reconstitution du Fonds Mondial il y a quelques années, ici à Montréal, où on a pris un engagement très généreux. Et on entend les inquiétudes du milieu communautaire et je peux vous assurer que nous allons faire une annonce à ce sujet.
 
Avant les élections?
 
Dans les prochaines semaines.
 
Depuis votre élection, le gouvernement a déposé et adopté un projet de protéger les droits des personnes transgenres et pour prévenir la discrimination fondée sur l’identité de genre et un autre visant à radier de façon définitive les dossiers de condamnations pour relations sexuelles consenties avec une personne du même sexe qui seraient légales si elles s'étaient produites aujourd'hui. Et vous avez présenté des excuses officielles au nom du gouvernement du Canada aux Canadiens LGBTQ2 qui ont été lésés par la législation, les politiques et les pratiques fédérales. Que considérez-vous qu’il vous reste à faire encore en lien avec les personnes LGBTQ2 au Canada.
 
On a fait un bout de chemin, mais il reste encore des choses à faire. Comme on l’a souligné un peu avant, la question des thérapies de conversion et la situation des jeunes itinérants des communautés LGBTQ2+. Mais pour moi, c’est une question de travailler avec la communauté. Ce n’est pas à nous de décider quelles devraient être les priorités des communautés. Après les grandes avancées du mariage dans les années 2000, il ne s’est pas fait grand-chose au cours des dix ans de gouvernement conservateur. À notre arrivée au pouvoir, nous avons mis les choses en marche. Certains dossiers sont allés plus vite que d’autres — entre autres ceux que vous avez mentionnés —, mais nous travaillons et continuerons à travailler avec la communauté sur les autres dossiers.
 
Votre gouvernement a annoncé un important soutien financier ponctuel sur trois ans, pour les comités des trois plus importantes Fiertés au pays, celles de Montréal, Vancouver et Toronto. Selon vous, y a-t-il un moyen de pérenniser un soutien à ce type d’organisme?
 
Oui... on est en train de regarder ça. C’est pour cette raison que nous avons créé un secrétariat au sein même du bureau du Premier ministre, pour être à l’écoute, voir ce qui est urgent [et] nécessaire de faire. D’abord, si on prend uniquement ce financement-là, c’est du jamais vu, c’est un soutien historique. Mais on comprend que ça serait bien que ça devienne une nouvelle base sur laquelle on pourrait assurer un soutien non seulement à ces trois organismes, mais à d’autres organismes de ce type, ailleurs au pays, afin qu’ils puissent continuer l’important travail qu’ils accomplissent dans leurs communautés respectives. Et on va continuer à nous adapter selon les besoins exprimés. On a qu’à penser à Fierté mondiale, la WorldPride, qui pourrait très bien se tenir à Montréal en 2023. Et, si c’est le cas, nous serons là pour aider, appuyer et faciliter la croissance des organismes.