Jusqu'au 28 septembre au Never Apart

Notre mémoire à flanc de murs

Michel Joanny-Furtin
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 Véronique Boilard et Virginie Jourdain

Le centre culturel Never Apart propose cet été trois expositions qui se complètent et nous interpellent autour de notre mémoire culturelle et, de fait, identitaire: La Présence de l’Absence, After hours chez Madame Arthur et Queer as German Folk. À découvrir, chacune et ensemble, pour ne pas s’oublier entre nous…

Proposition de Véronique Boilard et Virginie Jourdain, La présence de l’absence est une collaboration entre artistes, archivistes et militant.es qui s’ins-pirent d’items issus des Archives gaies du Québec (AGQ). Sous-titrée Mémoires affectives LGBTQI2+, il s’agit d’une exposition d’art contemporain où des artistes, puisant dans les cartons des AGQ, ont créé des œuvres faisant ressortir des histoires négligées voire oubliées de notre histoire commune et qui pourtant, à leur époque, ont compté, marqué nos esprits, bousculé les certitudes: faits divers, jugements, opérations policières, réactions politiques positions moralistes, etc.; bref une histoire souvent imprimée en négatif, que l’art d’aujourd’hui transcende en beauté réfléchie et réflexive… Ces silences, ces oublis constituent eux aussi nos histoires LGBTQI2+. Certains ont eu des impacts socio-politiques. «S’en inspirer pour créer onze nouvelles œuvres à partir des AGQ permet de les inscrire dans notre actualité et notre culture», insiste Virgine Jourdain, une des commissaires. Les œuvres évoquent le manque de moyens de nos organisations, la difficile pérennité de nos actions, la trace affective laissée aux jeunes LGBTQ+ pour reprendre le flambeau. «L’expo propose un temps de réflexion commune sur nos années de luttes, mais aussi de fêtes et d’amours contre la violence institutionnelle…»
 
Dans le même ordre d’idée, alors que les bars lesbiens ont quasiment disparu du paysage LGBTQ+, l’exposition After hours chez Madame Arthur illustre «la poésie, la séduction, les politiques et la férocité des bars lesbiens de Montréal des années 1970 et 1980», affirme-t-on. Grâce à une installation qui évoque ce bar légendaire, des capsules audios et vidéo d’anciennes clientes témoignent de cette histoire lesbienne qui connut ses heures de gloire et ses différents quartiers à chaque décennie. Une installation d’importance car il existe peu d’archives de ces bars, en raison de la discrétion des femmes homosexuelles: «seuls les policiers et leurs informateurs les ont prises à l’époque», rappelle Line Chamberland qui a contribué à ces recherches. Face à cette rareté, les photos de Suzanne Girard dans les années 1980 s’avèrent particulièrement judicieuses.
 
À l’occasion du 50e anniversaire de Stonewall, le Goethe-Institut, le Musée gai de Berlin et le Centre fédéral allemand pour l’éducation politique, présente une expo itinérante sur le mouvement queer depuis les années 1960 en RFA, en RDA et dans l’Allemagne réunifiée, et traite des multiples liens avec les courants présents aux États-Unis. «L’exposition questionne les dynamiques de pouvoir qui jouent aussi un rôle dans les politiques de mémoire queer autour de l’héritage de Stonewall», affirme les organisateurs. «Cette "discussion" démontre que la résistance de la société civile est toujours nécessaire au 21e siècle et qu’elle doit toujours être réinventée…»
 
 
La présence de l’absence / "After-hours” chez Madame Arthur / Queer as German Folk, jusqu’au 28 septembre à Never Apart, 7049 Saint-Urbain à Montréal Ouvert les vendredis (15h-18h) et samedis (12h-17h), ou sur 
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