10e Conférence sur la science du VIH

La PrEP de manière continue prochainement sur un an et la bithérapie aussi efficace que la Trithérapie

André-Constantin Passiour
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Réjean Thomas

Du 21 au 24 juillet, à Mexico, se tenait la 10e Conférence sur la science du VIH de la Société internationale du Sida (IAS). Environ 6000 chercheurs, médecins, universitaires, membres de groupes communautaires, représentants de fondations, etc., des quatre coins du globe s’y étaient donné rendez-vous. Plus de 1100 conférences, ateliers, présentations web, etc., étaient incluses.

Dans tout ce brouhaha de présentations, celle concernant un traitement appelé Islatravir a retenu l’attention. À l’aide d’un implant, l’Islatravir s’est montré très efficace en tant que traitement de prophylaxie pré-exposition sexuelle (PrEP). Très innovateur, ce traitement pourrait être ainsi administré durant un an grâce à un implant. Ainsi, plus besoin de prendre des capsules ou pilules à chaque jour ou selon le besoin. Présent à ce congrès, Le Dr Réjean Thomas, le président fondateur de la Clinique médicale l’Actuel, a bien voulu répondre à quelques questions concernant ce nouveau traitement.
 
On a eu de très bonnes nouvelles concernant l’implant de l’Islatravir, est-ce qu’on peut dire que c’est quelque chose de «révolutionnaire» comme traitement préventif (PrEP)?

La PrEP est incontestablement un des enjeux majeurs de la prévention du VIH à l’échelle de la planète. L’Islatravir (ISL) est un nouvel antirétroviral efficient pour plusieurs raisons: une efficacité à faible dose, un profil virologique très favorable, mais surtout une très longue demi-vie. Qu’est-ce que cela signifie? Il s’agit d’un implant à libération lente qui est conçu pour demeurer dans le corps (au moins un an), bien plus longtemps que les ARV (antirétroviraux) actuels. Cette technique des implants sous-cutanés est à l’image de ceux utilisés en contraception. Cet implant s’ajoute aux stratégies novatrices du VIH qui vise des options plus simples pour prévenir et pour traiter.
 
Le fait que l’étude de l’Istlatravir ait été menée seulement sur 16 personnes séronégatives, est-ce que cela peut nous permettre de conclure que cet implant pourrait être efficace pour une plus large population?

Cet essai clinique visait à évaluer l’efficacité à long terme de deux dosages différents. Des implants ont été placés sous la peau de personnes non infectées par le VIH et les dispositifs ont libéré le composé plus de 12 semaines avant d'être retiré. Quatre semaines plus tard, les chercheurs ont mesuré les taux dans le sang des participants. Chez les personnes ayant reçu la dose la plus élevée, les concentrations sont restées si élevées que les chercheurs ont estimé que l'implant pourrait combattre l'infection pendant 12 à 16 mois. Aucun pro-blème de sécurité n’a été rapporté. Si l'implant s'avère sécuritaire et efficace dans les études à grande échelle, cela pourrait être une avancée décisive.
 
Est-ce qu’on peut dire que l’Islatravir sous forme de comprimés est efficace, également, pour les personnes séropositives et pourrait être une nouvelle option aux traitements en vigueur à l’heure actuelle?

Effectivement, des résultats d’un essai ont été présentés qui visaient à évaluer l’efficacité virologique et la tolérance à la semaine 24 d’une trithérapie associant Islatravir, Doravirine et 3TC à celle réunissant TDF, 3TC et Doravirine en utilisant des dosages différents pour l’Islatravir. La première phase de cette étude s’est avérée rassurante au plan de l’efficacité et de la tolérance. Une seconde phase a été développée qui visait cette fois à évaluer l’efficacité d’une bithérapie Islatravir et Doravirine utilisant à nouveau des dosages différents d’ISL. Les résultats sont également prometteurs et suggèrent que la bithérapie peut maintenir la charge virale inférieure à 50 copies. Une troisième phase visera à montrer que cette bithérapie permet de contrôler la charge virale à plus long terme, après avoir choisi le dosage d’ISL le plus approprié.
 
D’après ce que j’ai lu, il n’y aura pas, pour l’instant, d’autres études d’implants avec l’Islatravir, est-ce que cela ne retarde pas une future mise en œuvre de ceux-ci?
Il ne semble pas que la mise en œuvre des implants, prévue d’ici cinq ans, soit retardée. D’autres recherches sont également menées à l’heure actuelle sur l’efficacité des ARV en injection à action longue aux plans préventif (PrEP) et thérapeutique (pour les personnes vivant avec le VIH). Il est question, par exemple, de Cabotégravir, à l’étude comme PrEP, à raison d’une injection toutes les 4 ou 8 semaines.
 
Y a-t-il eu d’autres bonnes nouvelles qui sont ressorties de cette conférence en lien avec les personnes séropositives cette fois-ci?

Au dernier jour de la conférence, de nombreuses données ont été présentées sur les bithérapies. On est heureux de constater qu’après tant d’années de trithérapie, des allègements de traitement sont envisageables et dont les essais présentent des résultats efficaces. Citons notamment l’essai de bithérapie Gemini associant Dolutégravir et 3TC (ViiV) qui a montré la non-infériorité de l’efficacité à long terme (96 semaines) par rapport à une trithérapie. Il faut toutefois demeurer vigilant et effectuer un génotypage (test de résistance aux médicaments) pour vérifier les mutations, comme dans tous les cas. Il s’agit là d’un changement de paradigme par rapport à la pratique actuelle.
 
Est-ce qu’on a toujours dans l’idée de trouver un vaccin efficace pour lutter contre le VIH autant chez ceux qui sont infectés que ceux qui ne le sont pas?

Voilà bientôt une trentaine d’années qu’il est question d’un vaccin. Les résultats actuels de recherche s’en rapprochent davantage. Ainsi, l’étude ASCENT en phase 2 a montré des résultats intéressants. Il s’agit d’un vaccin préventif effectué sur des volontaires sains, considérés à faible risque face au VIH. Le vaccin est sécuritaire, il a entraîné une réponse immune importante et une augmentation des cellules CD4. Les résultats encourageants vont conduire au développement d’une étude de phase III (MOSAICO). Il reste néanmoins du chemin à parcourir avant d’aboutir à un vaccin efficace.