Le mercredi 9 octobre

Mashrou’ Leila en concert à Montréal

André-Constantin Passiour
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Ce groupe rock alternatif libanais dont le chanteur est ouvertement gai sera à Montréal après avoir passé par Toronto la veille et reprendra le chemin de New York le 11 octobre. Mashrou’ Leila («Projet d’une nuit», en arabe) sera en concert au Club Soda pour un soir seulement dans le cadre d’une tournée nord-américaine. 

Après être passé par Dublin, Amsterdam, Bruxelles, Paris, Glasgow, Manchester et Londres, voici que ce groupe (qui connaît une grande popularité auprès de la jeunesse libanaise et arabe en général) entreprend cette tournée pour présenter son plus récent album intitulé The Beirut School

Mashrou’ Leila arrive donc en terre plus clémente, loin des menaces qu’il suscite en raison de son ouverture envers les LGBTQ+, envers les femmes, envers la modernité.

Formé par Hamed Sinno (le chanteur et auteur des textes), Haig Papazian, Carl Gerges, Ibrahim Badr et Firas Abu-Fakhr, Mashrou’ Leila s’est vu interdire de jouer dans un festival de musique, l’été dernier, dans la ville portuaire de Byblos (au Liban) et ce, sous la pression de groupes conservateurs et d’organisations religieuses chrétiennes. Il faut dire que les chansons du groupe, si elles plaisent à cette jeunesse désirant plus de liberté, celles-ci bousculent les conventions et les traditions conservatrices du Moyen-Orient.

Créé en 2008 dans lors d’un atelier de musique de l’Université américaine de Beyrouth, Mashrou’ Leila compte maintenant cinq albums à son actif, dont «Ibn Al Leil» (fils de la soirée, en arabe) sorti en 2016. Mashrou’ Leila suscite donc plus qu’une révolution musicale au Moyen-Orient. 

Mais parlons d’abord de cet album et de cette tournée. Pour ce faire nous avons rejoint par téléphone, à New York, Hamed Sinno. 

«The Beirut School est un album désirant célébrer, en quelque sorte, nos dix ans, explique Hamed Sinno. Nous avons repris certaines chansons des albums précédents, nous les avons réarrangées, remixées et nous y avons ajoutés trois nouvelles chansons. Nous voulions montrer notre trajectoire, notre évolution à travers ces années. C’est un album «rétrospective» sur nos débuts jusqu’à présent. Il y a environ 14 chansons.» 

Et de quoi parle cet album ? «Des préoccupations que nous avons traitées dans les autres albums, de la vie en général de cette jeunesse libanaise [qui demande des changements sociaux]. Mais cet album est une manière aussi pour nous de faire une pause. Nous avions besoin d’un certain moment d’arrêt pour réfléchir à l’avenir, surtout après ce qui est arrivé dernièrement au Liban. C’était quelque chose à laquelle nous ne nous attendions pas vraiment…», commente Hamed Sinno. 

 

Pas de concerts en Jordanie ou en Égypte

Interdit de jouer en Jordanie, puis en Égypte, depuis 2018, Mashrou’ Leila ne s’attend pas à de telles réactions dans son pays alors que le groupe et ses membres avaient reçus des menaces assez sérieuses à leur sécurité. 

«Les choses se sont un peu calmées maintenant au Liban, poursuit Hamed Sinno d’une voix posée. Il y avait eu des critiques auparavant, oui, mais jamais cela était arrivé au point tel où il a fallu annulé un concert. Pas au Liban. Mais on a utilisé le groupe comme bouc émissaire pour des raisons politiques. […] Une partie des citoyens libanais veulent plus de liberté, ils ont une soif de liberté, mais au Liban comme ailleurs, la tendance est plutôt au conservatisme, c’est une tendance mondiale, on le voit bien un peu partout […]»

Lorsqu’on voit la formation du groupe, on comprend aisément pourquoi celui-ci dérange tellement le cadre socio-politico-religieux austère et ankylosé de ce pays. Hamed Sinno, chanteur et auteur des textes, est un musulman sunnite ; Carl Gerges, batteur, est chrétien maronite, Haig Papazian, violoniste, est d’origine arménienne et quant à Firas Abu Fakher, le guitariste, il est druze ! 

Pour l’occidental moyen, cela ne veut pas dire grand-chose, mais pour la société libanaise, ce sont des gens qui, à prime abord, n’ont pas tendance tant que ça à se mélanger ainsi. 

La remise en question des rôles masculins et féminins, l’ouverture envers la liberté sexuelle et l’identité de genre ou d’orientation sexuelle, des thèmes récurrents chez Mashrou’ Leila, ne plaît pas aux sociétés arabes ultra-conservatrices…

Après son passage en Égypte, en 2018, le gouvernement a entrepris une campagne de répression sans précédent envers la communauté LGBT, poursuivant même les jeunes qui, durant le concert au Caire, avaient simplement agités des drapeaux arc-en-ciel. 

L’Association des musiciens égyptiens ayant, par la suite, émis une note interdisant de concert en Égypte Mashrou’ Leila, ce qu’ont entérinés les autorités. «Cette décision était surprenante oui et non, rajoute Hamed Sinno. Nous aimons l’Égypte nous avons une affection particulière pour ce pays. Mais l’Égypte ne s’est pas nécessairement montrée du bon côté de l’histoire. On l’a vu après la révolution [de 2011], on aurait cru que les choses auraient changées, mais ce n’est pas le cas et la répression nous le prouve. On pourrait croire que le régime a appris des erreurs du passé pour évoluer, mais non. Donc, dans ce sens-là, malheureusement, cela ne nous a pas surpris. Par contre, c’était un coup dur pour nous que de ne plus pouvoir y jouer. Je ne sais pas comment ni quand, mais j’espère qu’un jour on pourra y retourner.»  

 

Incertitudes

S’ils ont déjà joué aux Émirats arabes unis (EAU) et au Qatar, par exemple, avec tout ce qui vient de se passer, cela jette une certaine dose d’incertitude sur la possibilité du groupe d’y rejouer.

«Jusqu’à présent, nous avions eu un bon accueil partout où nous avons été dans les pays du Golfe. Il n’y avait pas de problème. Je ne crois pas qu’il y aurait des difficultés, mais j’avoue que je ne sais pas quoi penser maintenant. Pour l’instant, il n’y a pas de concerts de prévus dans cette région-là. On verra bien», de s’interroger Hamed Sinno qui a déménagé à New York en avril dernier.

Il y a dans les cartons de produire un 6ealbum. «On travaille dessus pour l’instant, de confirmer le chanteur. On est en train de le préparer, mais il n’y a pas de date de sortie encore. Comme je l’ai dit plus tôt, on fait une pause en ce moment…» 

Chantant exclusivement en arabe libanais (que comprennent les Syriens et les Palestiniens, également), Mashrou’ Leila songe à s’adapter pour le marché international et chanter peut-être, du moins pour certaines chansons, en anglais. 

«Si on va sur YouTube, on verra que Cavalry, par exemple, a sa version anglaise, souligne Hamed Sinno. J’aime écrire en arabe, c’est l’essence du groupe. Mais je sais aussi que le groupe doit s’épanouir à l’international. On va essayer en tout cas. C’est important que Mashrou’ Leila puisse aller un peu partout et qu’il puisse connaître du succès. Surtout depuis que j’ai déménagé à New York, je contemple de plus en plus la possibilité d’écrire des textes en anglais.»

Mashrou’ Leila sera donc à Montréal le 9 octobre prochain au Club Soda. «Nous avons enregistré notre 3ealbum à Montréal (Raasuk, en 2013), nous aimons beaucoup cette ville. Les membres du groupes ont développé une affection particulière pour Montréal durant notre séjour à ce moment-là. Il y a quelque chose là de différent. Nous sommes bien excités de revenir y jouer après trois ans d’absence. On a hâte d’y être», indique-t-il.

À voir au Club Soda le 9 octobre prochain, 1225, boul. Saint-Laurent. Concert à 20h, ouverture des portes à 19h. Billets : 37,25$ en vente sur https://lepointdevente.com/billets/clb191006001