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Tromper le virus pour le forcer à s’ouvrir

Une équipe internationale a réussi grâce à un « ouvre-boîte moléculaire » à pénétrer dans le virus du sida. Une approche originale qui révèle des vulnérabilités virales potentiellement accessibles à des traitements.

Ouvrir le virus du sida pour mieux le combattre, un peu comme une vulgaire boîte de conserve. Oui mais comment ?  Avec un « ouvre-boîte… moléculaire ». Telle est la stratégie suivie par des chercheurs internationaux, dont certains sont rattachés au centre de recherche du Centre Hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM). 

Pour la première fois, l'équipe d'Andrés Finzi, professeur à l'Université de Montréal, est ainsi parvenue à visualiser le VIH de l'intérieur, révélant ainsi des vulnérabilités jusqu'à présent insoupçonnées. Des travaux, récemment publiés qui ouvrent quant à eux de nouvelles perspectives dans la lutte contre le sida.

On le sait aujourd’hui, très tôt lors de l’infection, le VIH possède la capacité de se cacher et de s’endormir dans ses cellules cibles (lymphocytes, monocytes, macrophages) via un récepteur constitué par des molécules dites CD4 et CCR5. Et c’est cette mise en contact qui, en déclenchant des changements de forme de l’enveloppe virale, permet ensuite au virus d’infecter les cellules hôtes. Les chercheurs ont donc eu ici l’idée d’utiliser de petites molécules ressemblant aux CD4, conçues et synthétisées à l’Université de Pennsylvanie, afin de tromper le virus pour le forcer à s’ouvrir. Résultat, celui-ci a ainsi exposé des parties non seulement vulnérables de son enveloppe mais jusque-là inconnues. 

Ce mode d’ouverture, présenté comme un « ouvre-boîte » moléculaire par les chercheurs, est une technique complexe biophysique mise au point par des chercheurs de l’Université de Tufts (Massachussets). Appelée transfert d’énergie par résonance de type Förster à molécules uniques (single molecule Forster resonance energy transfer, smFRET), elle repose sur la fluorescence et a permis aux chercheurs de voir ici comment différents éléments de l’enveloppe virale se déplaçaient les uns par rapport aux autres. « L’enveloppe du VIH est une structure très dynamique, détaille le Pr Finzi, tous ses constituants sont en mouvement. Nous sommes parvenus à lui faire prendre une conformation particulière que nous ignorions car le virus ne la montre pas spontanément ».

Reste désormais à tirer avantage de ces vulnérabilités dévoilées du VIH : ouvrir pour agir puis démontrer que le virus peut être détruit in vivo.