Brésil

La justice accuse un ministre de Bolsonaro de censure anti-LGBT

Yannick LeClerc
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Une cour fédérale brésilienne a réclamé mercredi, pour la première fois, l'ouverture d'un procès pour «improbité administrative» contre un ministre du gouvernement Bolsonaro, accusé de «censurer» des projets audiovisuels à thématique LGBT.

Pour la cour fédérale de Rio de Janeiro, la décision prise par le ministre de la Citoyenneté Osmar Terra de suspendre une sélection de séries documentaires pour la télévision publique a été «motivée par de la discrimination contre des projets liés à des thèmes LGBT».

Un juge doit à présent décider de la tenue ou non d'un procès lors duquel le ministre - qui chapeaute la Culture, dont le ministère a disparu sous le président Jair Bolsonaro - encourt la destitution. Le 15 août, lors d'une retransmission en direct sur Facebook, le président d'extrême droite Jair Bolsonaro lui-même avait énuméré chacun des quatre projets audiovisuels qui iraient «à la poubelle».

«Celui-ci raconte l'histoire d'une ex-nonne lesbienne (...) Franchement, chacun fait ce qu'il veut avec son corps, mais dépenser de l'argent public pour ça...’, a-t-il lancé, avant de jeter la feuille de papier. Cette citation est présente dans le document officiel du tribunalde Rio auquel.

«Comme les productions sélectionnées auraient été diffusées sur des télévisions publiques, il s'agit clairement d'un acte de censure de la part du ministre de la Citoyenneté», peut-on lire dans ce document. Une des séries concernées se nomme Religare Queer et porte sur la présence d'homosexuels parmi les fidèles de grandes religions «traditionnellement homophobes». «C'est une décision complètement arbitraire, on a été censurés", avait affirmé son scénariste Kiko Goifman.

Le parquet souligne par ailleurs que la suspension de cette sélection a «porté atteinte aux finances publiques dans la mesure où le gouvernement avait déjà dépensé 1,8 million de réais (environ 400.000 euros) pour analyser les 613 projets inscrits». Outre le fait de recommander l'ouverture d'un procès qui pourrait coûter son poste au ministre, les procureurs ont demandé qu'il revienne sur sa décision, que le processus de sélection aille à son terme et qu'il compense lui-même les préjudices financiers.

Depuis l'arrivée au gouvernement de Jair Bolsonaro, coutumier des dérapages homophobes, de nombreux projets sur des thèmes LGBT ont vu leurs financements publics menacés ou tout bonnement supprimés.

Rédaction avec AFP