Journée de la sortie du placard - 11 octobre

Aujourd'hui, je ne cache plus mon homosexualité»

Collaboration Spéciale
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Pour souligner la 30e Journée de la sortie du placard, le 11 octobre 2019, une vingtaine d'homosexuels, de bis et de trans ont répondu à notre appel et racontent le jour où ils sont sortis du placard. Voici le témoignage d'Aaron, 25 ans, biologiste...

J'ai fait mon coming out il y a maintenant quasiment deux ans. J'avais 23 ans à l'époque. Avant, il y a eu un long chemin. J'ai ressenti mes premières émotions, envies, voire pulsions homosexuelles à l'âge de 12-13 ans. Ces premiers signes ne m'ont pas inquiété, car ils ont été très progressifs durant ma jeunesse. Et ils ont d'abord été masqués par mes envies de découvrir les filles. Le plus déstabilisant pour moi c’était justement ça : pas cette homosexualité naissante, mais plutôt le fait qu'elle puisse se développer alors que dans le même temps, je sortais avec des filles, prenais du plaisir. 

Je pratiquais des sports d’équipe, comme le soccer, le hockey et le football où l'on ne cesse de montrer sa virilité. Mon homosexualité était donc extrêmement bien cachée, je n'en montrais aucun signe, je l’ai enfouie. Mais ça a été trop fort pour moi. Vers mes 17 ans, mon désir des gars a commencé à s'accentuer. Il m'a poussé à mettre fin à une très belle relation avec la plus formidable des filles que je connaisse aujourd'hui, fille avec qui j'avais perdu ma virginité et qui est aujourd'hui ma meilleure amie. À 17 ans et demi, j'ai eu ma première expérience homosexuelle durant les vacances d’été en voyage avec un gars de 19 ans. J'ai apprécié. J’ai voulu recommencer et recommencer. Durant le CÉGEP et le début de mon université, je me suis alors construit une double vie. D'un côté j'étais le jeune athlète qui était à l'aise avec les filles, qui buvait, qui sortait avec tous ses amis de gars. Et de l'autre un jeune homme plus caché, sensible et très stressé à l'idée d’être démasqué.

Je ne peux pas dire que j'étais malheureux parce que finalement, j'appréciais mes deux personnalités diamétralement opposées. Le vrai problème était que par refus de mon homosexualité, je n'arrivais pas à trouver un juste milieu. La construction de mon identité à été compliquée. J'ai enchaîné filles et gars, souvent plusieurs par semaines jusqu'à mes 23 ans. Avec les filles je ne cherchais plus que du sexe, j’étais incapable de nouer de vraies relations, sentant que je ne pouvais pas être un «bon parti» pour elles à long terme. Et celles avec les gars étaient entravées par ma prudence et mon incapacité à assumer vraiment.

Je tenais à faire partager mon expérience, car je pense que de nombreux hommes sont ou ont été dans mon cas. À un moment, quand la pression devient trop forte, il faut faire un choix. Soit tout refouler, trouver une femme, lui faire des enfants, et quelque part détruire une partie de son identité en sachant que le bonheur et le plaisir ne seront jamais intenses. Soit prendre son courage à deux mains, s'assumer, faire son coming out et sauter dans l'inconnu. J'ai fini par choisir la deuxième option. Il faut dire que j'ai la chance d'avoir un environnement familial très ouvert sur la question de l'homosexualité. Je viens d'une famille avec deux oncles gais. Cela m'a facilité la tâche, certes, mais ce n'est quand même pas si simple, car on n’anticipe jamais réellement la réaction d'un père ou d'une mère. Et puis outre l'aspect familial, il y avait tous mes amis qui n'avaient aucune idée de mon secret.

Je l'ai donc jouée progressivement. J’ai fait mon premier coming out (j'étais assez alcoolisé) à mon meilleur ami. Sa réaction à été un déclencheur pour moi. Il l'a bien pris, m'a soutenu dans ma démarche. Les jours qui ont suivi ont été impressionnants. J'ai ressenti une grande confiance en moi, comme si finalement une conciliation était possible. Pour la première fois, je me suis inscrit sur des sites de rencontres gaies. Deux mois plus tard, juste après mes 24 ans, j'ai rencontré l'homme que j'aime aujourd'hui et qui, je l'espère, partagera ma vie très longtemps. À partir du moment où je l'ai rencontré, j'ai eu la force de continuer sur ma démarche de coming out. Ma mère et mon beau-père, frère et sœur, amis proches. Mon père et ma belle-mère… L’un après l’autre pendant environ six mois. À aucun moment je n'ai eu ou ressenti de rejet de leur part. Tous ont accepté mon homosexualité et acceptent mon chum. Bien sûr, il y a eu de nombreuses questions et beaucoup de curiosité, mais jamais d'animosité.

Seule ma mère a démontré de l'incompréhension au départ. Elle ne comprenait pas comment je pouvais avoir fait tant de conquêtes féminines et être finalement gai. Mais elle l'a très vite accepté. Elle est aujourd’hui très proche de mon petit ami.

Aujourd'hui, je ne cache plus mon homosexualité, mais je ne cherche pas à la mettre en avant non plus. Si on me pose la question, je dis la vérité, sinon ce n’est pas un sujet que j’aborde moi-même. Je refuse de me cacher, mais je ne me vois pas devenir un porte-étendard.

Faire mon coming out, accepter qui je suis, accepter qu'il y a mille et une façons d'être gais et que la mienne en est une, tout cela m'a rendu extrêmement fier de moi, confiant et heureux. J’ai envie que cela soit possible pour d’autres. Je tenais aussi à préciser que contrairement à de nombreuses personnes LBGTQ, je n’ai pas subi de discrimination ou de violence. Ou j’ai eu de la chance ou le Québec est bien ouvert ou les deux… 

Aaron, 25 ans, biologiste

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