Journée de la sortie du placard - 11 octobre

Un policier retraité se souvient de sa sortie du placard professionnelle

Collaboration Spéciale
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Pour souligner la 30e Journée de la sortie du placard, le 11 octobre 2019, une vingtaine d'homosexuels, de bis et de trans ont répondu à notre appel et racontent le jour où ils sont sortis du placard. Voici le témoignage de Jean Morency, 69 ans.

Nous sommes en 1994 j’ai 44 ans et suis policier au SPCUM. Je viens de fonder, avec un ami pompier de ville Saint-Laurent, l’Association des policiers et pompiers gays du Québec. Nous sentions l’utilité de créer un regroupement de confrères et consoeurs vivant difficilement leur situation au sein de leur milieu de travail. En peu de temps nous recrutons une cinquantaine de membres élargissant notre offre aux agents correctionnels, douaniers et militaires.

Un journaliste du Voir de l’époque sollicite une entrevue avec des membres de notre association, j’accepte volontiers avec un confrère du SPCUM. L’entrevue a lieu dans un petit resto du Village. À la fin de l’entrevue le journaliste nous demande si nous acceptons de dévoiler notre identité, chose que j’accepte sachant que cela impliquerait inévitablement une sortie du placard publique.

Je travail au poste 55 à Pointe-aux-Trembles et au moment de l’entrevue je suis sur le quart de nuit, la prochaine sortie du Voir se fera le jeudi suivant au moment de partir en congé pour 6 jours. Inutile de vous dire que j’appréhende la sortie du prochain numéro et mon accueil au poste à mon retour de congé. Dans le Village je me procure le journal Voir et de mémoire nous figurons à la une, on m’identifie clairement signalant où je travail.

À ma rentrée au poste mes trois officiers m’accueillent dès que je mets les pieds dans l’édifice - Jean viens dans le bureau - je me doute bien de la raison de leur geste. Mon lieutenant me brandit l’édition du journal Voir - C’est vrai ? - Bien oui - que je réponds - Écoute ça n’a pas dérougi sur les ondes des auto-patrouilles depuis une semaine c’est aller jusqu’aux oreilles du grand boss Duchesneau, les gars veulent savoir si c’est vrai qu’est-ce qu’on fait ? - Bien on fait comme avant y a rien de changé - Veux-tu t’expliquer sur le rassemblement ? - ( ici je dois spécifier que toute mon équipe rentre de congé, personne de mon équipe n’est au courant ) - Non je n’ai pas l’habitude d’être au rassemblement puisque je travail dans le bureau alors annoncer leur la chose avec le journal Voir - Je les sens mal à l’aise ils se rendent dans la salle de conférence où a lieu les rassemblements en début de relève, les gars et filles sortent du rassemblement et comme d’habitude je leur remets les walkies-talkies et les clés des véhicules, certains ont un sourire inhabituel et tous sont respectueux je ne fais l’objet d’aucune remarque déplacée. Après ce début de journée un peu particulier, mon directeur m’invite à aller dans son bureau, c’est un homme que je respecte, très humain et faisant preuve de compréhension, me félicitant d’avoir eu ce courage et m’assure de sa collaboration. 

Quelques années plus tard, je suis promu sergent et suis affecté au poste 34 sur Rachel puis au PDQ 37 sur la rue Laurier avant de prendre ma retraite en janvier 1999.

Jean Morency, 69 ans

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