JOURNÉE DE LA SORTIE DU PLACARD - 11 octobre

«Aujourd’hui, je pense que les choses sont plus simples, bien que tout est loin d’être réglé»

Collaboration Spéciale
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Pour souligner la 30e Journée de la sortie du placard, le 11 octobre 2019, une vingtaine d'homosexuels, de bis et de trans ont répondu à notre appel et racontent le jour où ils sont sortis du placard. Voici le témoignage de Bernard.

J’ai pris conscience de mon attirance pour les hommes sur le tard. Ou plus probablement, il a fallu que de nombreuses barrières tombent avant que je ne reconnaisse cette réalité, et je ne pense pas être le seul dans ce cas. Je me suis marié avec une femme à 22 ans. Nous avons eu un fils et sommes restés ensemble une vingtaine d’années avant de nous séparer. Je dirais classiquement, comme beaucoup de couples. Avant cette séparation, j’ai accueilli un jour dans mon bureau un stagiaire. Là, ça a été un choc, une attraction intense, mais il ne s’est rien passé. Je refusais ce qui pouvait se profiler. J’ai fait un rejet complet de ce désir homosexuel. Et à nouveau je me suis mis en couple avec une femme. Elle vivait à Paris pour exercer son métier. Après plusieurs années, j’ai craqué. J’ai commencé à me tourner vers les hommes. Au bout de quatre années, j’ai rencontré mon compagnon. Le même depuis quinze ans ans. A 50 ans, j’ai donc franchi le pas. Je l’ai annoncé à ma deuxième compagne, je supportais mal la vie double, même si j’avais du mal à choisir. 

Ce genre d’annonce remet en cause bien des choses. Ensuite j’ai eu un cancer. Je craignais de ne pas survivre, alors j’ai fait mon coming out auprès de mon fils aîné. Il ne m’a pas rejeté. J’ai attendu que mes deux autres enfants grandissent pour leur annoncer. Eux non plus ne m’ont pas rejeté. J’ai donc pu maintenir un lien avec eux tous, bien qu’ils ont vécus avec leur mère.

Cela fait quand même le vide autour de soi d’annoncer son homosexualité. On part dans un autre monde. Et puis quand on a déjà vécu toute une partie de sa vie en hétéro, cela suscite bien de l’incompréhension et des questions. Parfois je me demande comme se serait déroulée ma vie si j’avais vécu en homosexuel dans ma jeunesse, dans les années 70-80. 

Peut-être serais-je mort du sida. Mon chum aussi a été marié, cela a sans doute créer un lien fort entre nous le même type d’expériences passées. Il a perdu son père assez tôt, et il pense que cette disparition lui a permis de franchir le pas. En outre, il s’est confié à sa mère. Ce n’est pas mon cas. J’ai été élevé ar des parents hyper religieux, ce qui n’a pas simplifié les choses.

Aujourd’hui, je pense que les choses sont plus simples pour les jeunes, bien que tout est loin d’être réglé. 

Si le politiquement correct impose de ne pas être homophobe, ce n’est pas «naturel» pour tous je crois d’accepter la différence. Cela passe par toute une éducation. Et là, on n’y est pas complètement encore selon moi.

Il m’a fallu beaucoup de temps pour réaliser qu’il y avait une forme de bonheur, d’épanouissement que je n’avais pas trouvé, et que je connais désormais.

Bernard, 66 ans.

 

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