Religion

Le Pape a-t-il sanctifiè un cardinal gai ?

Nicolas Lavallée
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Sacré saint ce dimanche 13 octobre par l’Église Catholique Romaine, John Henry Newman était un cardinal anglais du 19e siècle bien connu au Royaume-Uni. 

Une dizaine de milliers de personnes étaient rassemblées sur la Place Saint-Pierre à Rome le 13 octobre pour assister à la sanctification du cardinal John Henry Newman par le pape François. Mort en 1890 à Birmingham, Newman est la première personne anglaise sacralisée depuis plus de 50 ans. 

La cérémonie a réuni nombre de Britanniques ainsi que le prince Charles. Le cardinal, romancier, poète et philosophe était une personne particulièrement appréciée par le peuple britannique que beaucoup considèrent comme un modèle spirituel. Carol Parkinson, la secrétaire des " Friends of Newman " de Birmingham, présente à la cérémonie, a raconté pour la BBC que " son intégrité, son amitié, sa capacité à être loyal et son travail acharné constituent de très bons exemples pour tout le monde». 

Néanmoins, la question de l’orientation sexuelle de John Henry Newman revient depuis la snctification du Cardinal. Pourquoi? Parce qu’à sa mort, John Henry Newman a souhaité être enterré dans la même tombe que son «ami», Ambrose St John, un prêtre anglican mort en 1875. Les deux hommes auraient vécu ensemble pendant une trentaine d’années. 

Un souvenir apparemment occulté par le Vatican comme le rappelle le militant Peter Tatchell : «Le Vatican est coupable de révisionnisme historique. Il a effacé de la documentation officielle, toute reconnaissance de l’amour du cardinal Newman pour Ambrose St John, ainsi que son désir de rester enterré à ses côtés, a affirmé Tatchell. Newman et St John étaient mentalement et spirituellement amoureux. Ils étaient inséparables. Ils ont vécu ensemble pendant plus de 30 ans, comme s’ils étaient mariés».

Les deux hommes semblent s’être rencontrés en 1841. D’après Q Spirit, Newman se souvient de ses jeunes années en compagnie de St John avec ces mots : «Dès le début, il m’a aimé avec une intensité inexplicable. À Rome, il y a 28 ans, il travaillait toujours pour moi et me soulageait de tout problème, étant jeune et d’apparence saxonne, les Romains l’appelaient mon Ange Gardien ».

En 2008, le Vatican a pris la décision de récupérer la dépouille de Newman (et ainsi de le séparer de son «ami») en vue de le préparer pour sa sacralisation. Une décision grandement contestée dans la communauté religieuse. Elena Curti, la rédactrice en chef adjointe de The Tablet ( journal britannique catholique libéral ) déplorait ce choix dans le Telegraph : «Il est clairement précisé qu’il (John Henry Newman) voulait être enterré avec son ami proche et c’est dommage que sa dernière volonté ne soit pas respectée», a t-elle déclaré.

Peter Tatchell avait également déclaré à l’époque que «déterrer la tombe de Newman et séparer les deux hommes était un sacrilège, une trahison, un acte d’irrespect et d’homophobie. La profanation homophobe de la tombe de Newman et la négation de son homosexualité vont tout à fait dans le sens du Vatican qui dissimule depuis longtemps ses nombreux prêtres, évêques, cardinaux et papes gais, anciens et actuels».

Une information qui a, par la suite, été démentie par le prêtre et auteur de nombreux ouvrages sur John Henry Newman, Ian Ker. Dans une tribune pour la Catholic Truth Society, Ker précise que Ambrose St John était «comme un frère» pour Newman. «Dans une époque où le concept d’amitié affectueuse sans attirance sexuelle était perdu, une telle spéculation était sans aucun doute inévitable» , a t-il ajouté.

Certains pourtant continuent d’imaginer cette relation comme une romance. C’est le cas du prêtre américain pro LGBT+, James Martin. Il rappelle que même une personne homosexuelle peut être un saint. «Pourquoi la question est importante à considérer ? Même si on ne le sait pas de source sûre ? Car cela nous rappelle qu’une personne gay ( quelqu’un avec une orientation homosexuelle, si vous préférez ) peut être un saint. La sainteté habite aussi parmi l’humanité », a tweeté l’homme religieux. 

Sources : Peter Tatchell, Têtu, Queerty