Où sont les lesbiennes ?

Entre chiens et chats

Julie Vaillancourt
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Julie Vaillancourt

En ce mois de novembre, j’avais envie de faire l’apologie de nos animaux de compagnie. Certaines d’entre vous ont peut-être un lézard, un perroquet ou même une tarentule (don ’t call me!), mais j’irai avec les plus communs. La bonne vieille guéguerre entre chien et chat…

On dit que toutes les lesbiennes ont un (ou des) chat(s). Mythe ou réalité? Who knows? Déjà, ça prendrait une étude statistique (qui s’avère inexistante), après quelques recherches peu exhaustives et nécessairement non concluantes. Disons que Statistique Canada ne s’y intéresse pas (déjà qu’ils ne s’intéressent pas vraiment aux lesbiennes). Et si vous tapez «lesbienne + chat» dans Google, on s’entend que vous n’aurez pas vraiment d’article sur le sujet (mais juste de la porno). Le seul article «de fond» que j’ai trouvé est celui de Judith Lussier, publié sur Urbania en 2010: «Toutes les lesbiennes ont des chats», écrivait-elle. 
 
Hypothèse confirmée, il y a quelques années, lors de la Journée de visibilité lesbienne qui abordait les «mythes et les réalités»… Je me souviens que la question du chat a refait surface… On était loin du mythe!
 
Derrière cette chronique au sujet en apparence anodin, je dois dire à quel point, chaque fois que j’ai eu un animal, il a comblé un vide. En fait non, il a pris sa place. La sienne. Ou celle de la blonde que je n’ai pas? Celle de l’anxiété qui me ronge? En fait non, il prend surtout sa place. Le 17 mai dernier, ça m’a frappée comme «un orage en plein cœur»: une petite boule d’amour me regardait drette dans les yeux. BAM! Je n’ai pas pu résister… Je m’étais pourtant dit que je n’aurais jamais de chien! (Il ne faut jamais dire jamais.) Voilà qu’en cette Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, j’ai amené la petite Jazz chez elle, à Montréal.
 
Depuis, elle est là, donne tout son amour, sans rien exiger en retour (O.K. sauf peut-être la p’tite gâterie du type os à mâcher). Sinon, elle n’est guère exigeante. En fait, c’est moi qui deviens gaga quand je l’habille en lady. Je m’étais promis de ne pas être la Paris Hilton de mon chihuahua…
 
Il ne faut jamais dire jamais…
 
Là, je vous vois venir… Si toutes les lesbiennes ont des chats, celles qui ont des chiens ne sont pas vraiment lesbiennes? Suivant la logique absurde de cette chronique, je dois donc admettre que j’ai eu un passé de vraie lesbienne. J’ai eu un chat pendant 17 ans. Quand il est mort, j’ai eu l’impression de perdre le frère que je n’ai jamais eu. Au contraire du frère, il avait ses propres jouets, mais comme tout mâle, il connaissait ses privilèges... Ce chat fut le meilleur compagnon, mon meilleur ami: toujours à mes côtés (un chat de 20 lb, c’est toujours à vos côtés, prêt à bouffer). Si je comblais son estomac, il venait combler ma solitude, sans jugement.
 
Je crois que c’est ce qu’il y a de plus beau à propos des animaux. Il n’y a pas de jugement. Nous, humains, sommes constamment dans le jugement. Au moment d’écrire ces lignes, je me juge et vous êtes probablement en train d’en faire autant quant à votre lecture. Et voilà que Jazz se met au clavierrrrrrrrrrrrrrr (elle adore mordiller les doigts). Elle me fait rire, m’apaise et calme mon anxiété. Son moment présent, elle le vit, exempt de tout jugement. C’est pur.
 
Le 17 mai dernier, lorsque je suis allée la chercher chez sa meute native, la télé était allumée: on parlait de la situation de l’homophobie au Québec qui «n’est pas toujours rose» (vous l’aurez devinée). J’avoue qu’entre cette actualité (qui n’en est pas une) et des chiots-full-cute-du-genre-on-repartirait-avec-toute-la-famille, mon attention fut instinctivement portée sur les chiots. À ce moment précis, le reste de l’humanité m’a paru vain (Je sais, le titre n’annonçait pas une telle profondeur…). Le monde de Jazz est exempt d’homophobie. Elle n’en a rien à cirer de mon orientation sexuelle. Elle ne me juge pas. Je ne sais pas si toutes les lesbiennes ont des chats, mais j’en connais plusieurs. J’en connais autant qui ont des chiens. Cela dit, je connais aussi beaucoup de gens qui jugent et qui devraient soit avoir un chat, un chien, un perroquet, une tarentule, un lézard ou un serpent, pour faire taire leur langue de vipère. Le monde animal a beaucoup à nous apprendre. Entre chiens et chats, faites vos jeux!