Colombie

Claudia Lopez, écologiste et lesbienne, première femme élue maire de Bogota

L'équipe de rédaction , L'agence AFP
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Pour la première fois, une femme va prendre la tête de la mairie de Bogota. Candidate de centre-gauche, Claudia Lopez a remporté dimanche les élections. Ouvertement lesbienne, elle a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille.

C’est sous le regard de sa compagne, la sénatrice Angelica Lozano, que la nouvelle maire de Bogota a fêté sa victoire. Claudia Lopez, ouvertement lesbienne, est devenue dimanche 27 octobre la première femme qui occupera ce poste. Elle prendra ses fonctions le 1er janvier prochain.

Avec 35,21 % des voix, Claudia Lopez, candidate d’une alliance entre le Parti vert et le Pôle démocratique, s'est imposée avec moins de trois points d'avance sur son principal adversaire, le libéral Carlos Fernando Galan (32,48 %).

La droite conservatrice au pouvoir en Colombie depuis un peu plus d'un an a subi une sévère défaite lors de ce vote. Alors que le chef de l'État, Ivan Duque, pâtit d'une forte impopularité (64 % d'opinions défavorables en août), ces élections municipales se sont traduites par un cuisant revers pour son parti, le Centre démocratique (CD), notamment dans son fief Medellin, ainsi qu'à Cali, deuxième et troisième villes du pays.

"Aujourd'hui, Bogota a voté non seulement pour que la ville change dans les quatre années à venir, mais aussi pour que cette génération change notre société", s’est ainsi réjouie Claudia Lopez devant ses partisans après sa victoire. La capitale a voté pour que "nous nous libérions du machisme, du racisme, du classisme, de l'homophobie et de la xénophobie", a-t-elle ajouté.

Ce succès ouvre un nouveau chapitre dans une Colombie traditionnellement dirigée par des hommes des élites libérale et conservatrice. Claudia Lopez détonne dans le paysage politique. "Je suis une femme. Je suis candidate d'un parti de centre-gauche. Je suis lesbienne et cela ne devrait pas importer dans le débat public (...), mais en Colombie, ce n'est pas sans importance", avait-elle ainsi résumé quelques jours avant l’élection.

Menaces de mort et exil

Née en 1970 à Bogota, Claudia Lopez est issue d’un milieu modeste. Fille d'un agriculteur et d'une professeure, la future maire de la capitale grimpe les échelons de la politique à coups d'"éducation et [de] discipline". "Ma mère a été la première femme de sa famille à accéder à l'enseignement supérieur (...). Cela a changé sa vie et la mienne", a-t-elle raconté.

Comme l’indique sa biographie sur son site officiel, elle ne se prédestine pas au départ à la politique. "Mon rêve d’adolescente était d’étudier la médecine." Mais en 1990, elle rejoint un mouvement étudiant lors d’élections dans le pays : "Cela a été ma porte d’entrée pour travailler pour la démocratie colombienne. Depuis, je n’ai jamais abandonné."

Son nom retentit pour la première fois sur la scène politique colombienne lorsqu'après une enquête sur les élections législatives de 2002, elle met au jour les relations entre certains hommes politiques et les paramilitaires d'extrême droite. Cet engagement lui vaut des menaces de mort et elle doit s’exiler brièvement.

Durant sa carrière, cette diplômée en sciences politiques a également été consultante pour les Nations unies et a publié le résultat d'investigations sur la corruption dans le milieu politique colombien dans plusieurs médias. Lors de la présidentielle de 2018, elle s'était présentée pour le mandat de vice-présidente, aux côtés du centriste Sergio Fajardo.

De nombreux chantiers

La nouvelle maire s'est engagée à lutter contre l'insécurité dans la capitale et à mener à bien le projet de métro, dans cette ville de 7,2 millions d'habitants asphyxiée par les embouteillages et la pollution.

Sa victoire historique survient en pleine polarisation d'un pays dirigé par une droite hostile à l'accord de paix qui a permis le désarmement de la puissante guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), reconvertie depuis en parti politique.

Bien que distante de "l'agenda du passé" du président Duque, elle s'est dit prête à travailler avec le gouvernement national. "Si Bogota se paralyse, la Colombie se paralyse. Si Bogota se développe (...), elle fait avancer la Colombie. Et en ce moment, c'est la Colombie qui passe par un mauvais moment", a-t-elle expliqué.

Claudia Lopez a également fait de la lutte contre l’intolérance et la xénophobie sa priorité : "Je vais unir Bogota et gouverner pour tous."

Avec AFP